Les dynamiques de l’évolution culturelle.

Bronislaw Malinowski · Chapitre 16 sur 24

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Les dynamiques de l’évolution culturelle.

Chapitre X

1. Autres causes des variétés dans les capacités et les talents. 2. La différence des esprits vient de la différence des passions. 3. De la sensualité et de la stupidité. 4. Ce qui constitue le jugement. 5. De la légèreté d'esprit. 6. De la gravité ou fermeté. 7. De la stolidité. 8. De l'indocibilité. 9. De l'extravagance ou folie. 10. et 11. Différentes espèces de folies.

 

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1. Après avoir montré dans les chapitres précédents que la sensation est due à l'action des objets extérieurs sur le cerveau ou sur une substance renfermée dans la tête, et que les passions viennent du changement qui s'y fait et qui est transmis jusqu'au cœur, en voyant que la diversité des degrés de connaissance ou de science qui se trouvent dans les hommes est trop grande pour pouvoir être attribuée aux différentes constitutions de leurs cerveaux, il convient de faire connaître ici quelles peuvent être les autres causes qui produisent tant de variétés dans les capacités et les talents par lesquels nous remarquons tous les jours qu'un homme en surpasse un autre. Quant à la différence que produisent la maladie et les infirmités accidentelles, je n'en parle point comme étant étrangère à mon sujet, et je ne considère que l'homme en santé, ou dont les organes sont bien disposés. Si la différence dans les facultés était due au tempérament naturel du cerveau, je n'imagine point de raison pourquoi cette différence ne se mani-festerait pas d'abord et de la façon la plus marquée dans tous les sens, qui, étant les mêmes dans les plus sages que dans les moins sages, indiquent une même nature dans le cerveau, qui est l'organe commun de tous les sens.

2. L'expérience nous montre que les mêmes causes ne produisent pas la joie et la tristesse dans tous les hommes, et qu'ils diffèrent considérable-ment les uns des autres dans la constitution de leurs corps ; d'où il arrive que ce qui soutient et favorise la constitution vitale dans l'un, et par consé-quent lui plaît, nuit à celle d'un autre et lui cause du déplaisir. Ainsi la différence des esprits tire son origine de la différence des passions et des fins différentes auxquelles l'appétence les conduit.

3. En premier lieu les hommes dont le but est d'obtenir les plaisirs des sens et qui communément cherchent leurs aises, les mets délicats, à charger et à décharger leur corps, doivent trouver beaucoup moins de plaisir dans les imaginations qui ne conduisent point à ces fins, telles que sont les idées de l'honneur, de la gloire, etc., qui, comme je l'ai dit ci-de-vant, sont relatives au futur. En effet, la sensualité consiste dans les plai-sirs des sens, qu'on n'éprouve que dans le moment ; ils ôtent l'inclination d'observer les choses qui procurent de l'honneur, et par conséquent font que les hommes sont moins curieux ou moins ambitieux, ce qui les rend moins attentifs à la route qui conduit à la science, fruit de la curiosité, ou à tout autre pouvoir issu de l'ambition: car c'est dans ces deux choses que consiste l'excellence du pouvoir de connaître; et c'est le défaut absolu de ce pouvoir qui produit ce qu'on nomme stupidité ; c'est la suite de l'appétit des plaisirs sensuels, et l'on pourrait conjecturer que cette passion a sa source dans la grossièreté des esprits et dans la difficulté du mouvement du cœur.

4. La disposition contraire est ce mouvement rapide de l'esprit (décrit au chapitre IV, paragraphe 3) qui est accompagné de la curiosité de com-parer les uns avec les autres les objets qui se présentent à nous ; comparai-son dans laquelle l'homme se plait à découvrir une ressemblance inatten-due entre des choses qui semblaient disparates, en quoi l'on fait consister l'excellence de l'imagination qui produit ces agréables similitudes, ces mé-taphores, ces figures à l'aide desquelles les orateurs et les poètes ont le pouvoir de rendre les objets agréables ou désagréables, et de les montrer bien ou mal aux autres de la façon qu'il leur plait: ou bien l'homme décou-vre promptement de la dissimilitude entre les objets qui semblaient être les mêmes : c'est au moyen de cette qualité de l'esprit qu'il s'avance à une con-naissance exacte et parfaite des choses ; le plaisir qui en résulte consiste dans une instruction continuelle, dans la juste distinction des temps, des lieux, des personnes, ce qui constitue le jugement. Juger n'est autre chose que distinguer ou discerner ; l'imagination et le jugement sont compris communément sous le nom d'esprit, qui paraît consister dans une agilité ou ténuité des liqueurs subtiles, opposée à la langueur de ceux que l'on traite de stupides.