Les dynamiques de l’évolution culturelle.

Bronislaw Malinowski · Chapitre 23 sur 24

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Les dynamiques de l’évolution culturelle.

Unnamed

5. L'expression et des conceptions qui nous procurent l'expérience du bien pendant que nous délibérons, et de celles qui font naître en nous l'attente du mal, est ce que nous appelons conseil ; c'est une délibération intérieure de l'esprit concernant ce que nous devons faire ou ne pas faire. Les conséquences de nos actions sont nos conseillers par leur succession alternative dans l'esprit. Dans les conseils qu'un homme prend des autres, ses conseillers ne font que lui montrer alternativement les conséquences d'une action: aucun d'eux ne délibère, mais tous ensemble fournissent à celui qui les consulte des objets sur lesquels il puisse délibérer avec lui-même.

 

6. Un autre usage du langage est d'exprimer le désir, l'intention, la vo-lonté. C'est ainsi que l'interrogation exprime le désir de savoir ; la prière annonce le désir d'engager un autre à faire une chose ; la promesse, qui est l'affirmation ou la négation d'une action qui doit se faire par la suite, indi-que le dessein ou l'intention ; la menace est la promesse d'un mal ; un commandement est un discours par lequel nous faisons savoir à un autre le désir que nous avons qu'une chose se fasse ou ne se fasse pas pour les raisons contenues dans la volonté même ; car ce n'est pas parler propre-

ment que de dire Sic volo, Sic jubeo *, si l'on n'y ajoute l'autre clause Stet

pro ratione voluntas **. Et lorsque le commandement est une raison suffi-sante pour nous faire agir, ce commandement est nommé loi.

7. Le langage sert encore à exciter ou apaiser, à échauffer ou éteindre les passions dans les autres ; c'est la même chose que la persuasion ; il n'y a point de différence réelle, car inspirer des opinions ou faire naître des passions est la même chose : mais comme dans la persuasion nous nous proposons de faire naître l'opinion par l'entremise de la passion, dans le cas dont il s'agit on se propose d'exciter la passion à l'aide de l'opinion. Or, comme pour faire naître l'opinion de la passion il est nécessaire de faire adopter une conclusion de tels principes qu'on veut, de même en excitant la passion à l'aide de l'opinion, il n'importe que l'opinion soit vraie ou fausse, que le récit qu'on fait soit historique ou fabuleux ; car ce n'est pas la vérité, c'est l'image qui excite la passion : une tragédie bien jouée affecte autant que la vue d'un assassinat.

* Ainsi je veux, ainsi je commande.

* * Que la volonté se subordonne à la raison.

8. Quoique les mots soient les signes que nous avons des opinions et des intentions, comme ils sont si souvent équivoques suivant la diversité de la texture du discours et celle des personnes en la compagnie desquelles ces mots se débitent, et comme pour nous en faire démêler le vrai sens il faut voir celui qui parle, être témoin de ses actions et conjecturer ses intentions, il s'ensuit qu'il doit être extrêmement difficile de découvrir les opinions et le vrai sens de ceux qui ont vécu longtemps avant nous, et qui ne nous ont laissé que leurs ouvrages pour nous en instruire, vu que nous ne pouvons les entendre qu'à l'aide de l'histoire, par le moyen de laquelle nous suppléerons, peut-être, au défaut des circonstances passées, mais non sans beaucoup de sagacité.

9. Lorsqu'il arrive qu'un homme nous annonce deux opinions contra-dictoires dont l'une est exprimée clairement et directement, et dont l'autre ou a été tirée de la première par induction ou lui a été associée faute d'en avoir senti la contradiction, alors, quand l'homme n'est pas présent pour s'expliquer lui-même, nous devons prendre la première proposition pour son opinion, car c'est celle qu'il a exprimée clairement et directement comme la sienne, tandis que l'autre peut venir de quelque erreur dans la déduction ou de l'ignorance où il était de la contradiction qu'elle renfer-mait. Il faut en user de même et pour la même raison lorsqu'un homme exprime son intention de deux manières contradictoires.

10. Tout homme qui s'adresse à un autre se proposant de lui faire entendre ce qu'il lui dit, s'il lui parle dans un langage qu'il ne puisse com-prendre, ou s'il emploie des mots dans un sens autre que celui qu'il croit y devoir être attaché par l'homme qui l'écoute, on doit présumer qu'il n'a pas dessein d'en être entendu et en cela il se contredit lui-même. Il faut donc toujours supposer qu'un homme qui n'a pas l'intention de tromper permet une interprétation particulière de son discours à celui a qui ce discours est adressé.

11. Le silence dans celui qui croit qu'il sera pris pour un signe de son intention en est réellement le signe ; car s'il n'y consentait pas, la peine d'en dire assez pour faire connaître son intention est si petite qu'il est à présumer qu'il aurait bien voulu la prendre.