Les funambules

Antoine Bello · Annexe

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Les funambules

Dédicace

Antoine Bello

 

Les funambules

 

Gallimard

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© Éditions Gallimard, 1996.

© Antoine Bello pour l’édition numérique, 2012.

ISBN : 9782072409028

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À Marie

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MANIKIN 100

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Les premiers mannequins remontent à la Renaissance. Taillés dans le bois, ils faisaient alors partie du mobilier des courtisanes qui leur passaient les toilettes dont elles souhaitaient se parer. Ils avaient deux bras, un tronc, un visage lisse et inexpressif. Les jambes manquaient encore, condamnées qu’elles étaient à disparaître sous l’étoffe des robes. Les proportions du corps tireraient des cris à tout dessinateur. Le bois était malmené à grands coups de ciseau et de burin, le vernis se décollait, les chevilles étaient apparentes, les finitions inexistantes.

Les quatre siècles qui s’écoulèrent ensuite firent assez peu pour la réhabilitation des mannequins. De bois ou de cire, ils servaient aux peintres et aux sculpteurs à disposer les draperies de leurs ouvrages. Les chirurgiens les utilisaient pour exercer leurs élèves. Le nombre d’exemplaires en circulation augmenta considérablement. Les méthodes de distribution modernes, et notamment les grands magasins, développèrent insensiblement l’aspect mercantile du mannequin, au détriment de la fonction esthétique qui se fit encore plus secondaire. Pour accompagner la mode du pantalon et de la jupe, on dota le tronc de cuisses et de jambes. Les producteurs n’eurent de cesse d’avoir totalement stylisé les formes afin de les rapprocher toujours plus près de la taille et de la corpulence idéales. L’objectif avoué n’était plus la réalisation d’une silhouette particulière mais bien d’une silhouette parfaite, dénuée de caractère au point d’en devenir totalement impersonnelle. Le visage restait lisse, ultime signe d’une arrogante prétention à l’universalité. Les années vingt portèrent le coup de grâce à une profession que n’épargnaient déjà pas les déboires de toutes sortes : la production fut automatisée. De moules en fonte inusables sortaient chaque jour des dizaines de mannequins, tous semblables et promis aux mêmes vicissitudes.

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