Les voix intimes: Premières Poésies

J. B. Caouette · Chapitre 14 sur 88

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Les voix intimes: Premières Poésies

Le Faubourg Saint-Roch

Abandonné de tous;

Il lui prodiguera les plus grandes tendresses, Et ce pauvre, touché, contera ses faiblesses

En tombant à genoux!

Puis, lorsque les méchants, le coeur rempli de rage Maudiront, saliront de leur ignoble outrage

L'apôtre du Seigneur,

Alors cet homme saint sentira dans son âme Un amour plus ardent, une plus vive flamme

Pour le faible pécheur?

Il est consacré prêtre! Et vous, sa bonne mère, Vous goûtez ardemment sa parole sincère,

Pleine d'émotion.

Vous assistez tremblante, à la première messe De ce fils qui vous donne--ô sublime caresse!--

Sa bénédiction...

Femme, allez maintenant à vos oeuvres pieuses, Et lorsque sonneront les heures douloureuses,

Pensez à votre enfant;

Pensez aux doux bienfaits qu'il sème sur la terre: Ce souvenir sera le baume salutaire

De votre coeur souffrant

Juin 1879.

 

LE FAUBOURG SAINT-ROCH

Le vieux faubourg Saint-Roch s'incline sur le bord De l'anse sablonneuse où le Saint-Charles endort

Son flot bleu qui palpite;

C'est là que la vertu romaine vit toujours

Et que sa mâle voix--sa voix des anciens jours--

Parle à des coeurs d'élite!

C'est là que Cartier vint, pour la première fois, Ennoblir notre sol en y plantant la croix

Sous l'ombrage des hêtres;

C'est là que sont empreints les pas des découvreurs, C'est là qu'ont abordé nos vaillants laboureurs

Avec nos premiers prêtres!

C'est là d'où sont partis ces humbles conquérants Qui portaient à travers forêts, monts et torrents

La parole bénie

A l'enfant des déserts que la foi réclamait... C'est enfin le berceau grandiose où germait

La noble colonie!

J'aime ce vieux faubourg coquet et florissant, Où le riche à sa table accueille le passant

Qui demande une obole;

Car c'est là que s'exerce avec simplicité

La bienfaisante loi de l'hospitalité

Qui ravit et console!

Oui, je t'aime, ô Saint-Roch! A ton passé rêvant, Parfois je crois ouïr un poème émouvant

Dans la rumeur de l'onde

Où se mirent les toits de la fière cité

Dont l'immortel Champlain devina la beauté

Qui charme le Vieux-Monde!

Je t'aime! car je sais qu'à l'ombre de la croix Vaillamment tu luttas pour défendre nos droits