Les voix intimes: Premières Poésies
Qu'est-Ce que la Vie?
Le monde quelquefois repousse avec malice L'enfant qui, tout en pleurs, lui tend sa maigre main; «Quoi! te faire l'aumône? encourager le vice «De ton père, un ivrogne?.... Éloigne-toi, gamin...»
Ce langage est cruel, déraisonnable, impie--Faire expier au fils le crime des parents!--Rappelons-nous ces mots du maître de la vie: «Laissez venir à tous les petits enfants!»
Ah! ne laissons jamais à leur sort misérable, Ces enfants dont le père est parfois un bandit; Mais faisons-les plutôt asseoir à notre table En leur donnant le pain du corps et de l'esprit.
Nos bienfaits trouveront mille échos dans leur âme--Leur âme si sensible aux élans généreux--Et, plus tard, la vertu--cette céleste flamme--Réchauffera leurs coeurs en les rendant heureux.
Du mauvais artisan et de ses habitudes
Il ne leur restera qu'un pâle souvenir.
Joyeux, ils rempliront les tâches les plus rudes, Sous le regard de Dieu, sans craindre l'avenir!
1er octobre 1889
QU'EST-CE QUE LA VIE?
Pièce traduite de «What is Life?» de Samuel Moore. Je demandais un jour à l'un de ces vieillards, Dont la pâle figure et les sombres regards Accusent la souffrance et l'amère ironie,
S'il pouvait m'expliquer ce simple mot: la vie? Courbant sa tête blanche, il dit en soupirant: «La vie est une scène où le pauvre et le grand Luttent pour obtenir l'honneur et la richesse; Quelques rayons d'amour, de joie et de tristesse; Des efforts pour saisir un brillant lendemain; Une flamme qui luit et disparaît soudain;
Un flot que le torrent caresse, agite, emporte; Une rose qui naît et bientôt sera morte;
La vie est ce chemin qui commence au berceau, Et qu'on a parcouru lorsqu'on touche au tombeau! L'homme croit au bonheur, et depuis son enfance, Pour l'atteindre, il travaille, use son existence; Mais au lieu du bonheur il trouve le trépas, Et devient ce limon qu'on foule sous nos pas...»
Si le néant était le terme de la vie,
Dieu, lui, dis-je, serait un infâme génie.
Comment! nous serions tous destinés à souffrir, A vivre sans espoir et sans espoir mourir?... Votre vie est affreuse: elle est la mort de l'âme; Car l'âme juste espère en Dieu qui la réclame.
Plus ému que content des paroles du vieux--Paroles qui blessaient mes sentiments pieux--J'abordai sur la route un homme au doux visage, Un homme dont l'esprit me parut droit et sage, Et je lui demandai, d'un ton respectueux,
De résoudre pour moi le problème épineux.
Une lueur d'espoir éclaira sa figure,
Et, s'inclinant, il dit d'une voix mâle et pure: «La vie est pour connaître et servir le Seigneur, Recevoir sa doctrine avec joie et douceur, Imiter les vertus du Christ--divin modèle--