Les voix intimes: Premières Poésies
A Mon Père
Puis quand le morne hiver, cet hôte impitoyable, Déroule sur nos prés son tapis de frimas;
Quand le nid des amours devient inhabitable, Elle prend son essor, vers de plus chauds climats.
Poussant son vol altier à travers les empires, Les fleuves, les déserts, les pics vertigineux, Elle berce en volant, sur l'aile des zéphires Ses suaves accords qui montent vers les cieux.
Mais vienne le printemps avec ses nids de mousse, Son radieux soleil, ses bosquets enchantés, On la voit aussitôt, comme une amante douce, Joyeuse, revenir aux lieux qu'elle a quittés.
Puissé-je encor longtemps, ô gentille hirondelle, Écouter ta romance et tes cris de bonheur! Ah! reviens sous nos cieux, messagère fidèle, Mettre un rayon d'espoir dans notre pauvre coeur!
Juin 1878.
A MON PÈRE
Quand la première fleur au champ des morts rayonne, J'aime à te visiter, ô modeste colonne,
Qui rappelles le nom de mon père chéri;
Devant toi je m'incline en fermant les paupières, Et mon âme redit de ferventes prières
Pour le chrétien qui dort sous ce gazon fleuri.
Méprisant les honneurs que l'orgueilleux envie, Sans fiel il traversa le sentier de la vie
En pratiquant toujours la foi de ses aïeux. Il n'aura pas sa place aux pages de l'histoire, Mais son nom restera gravé dans la mémoire Des plus pauvres que lui qu'il aida de son mieux.
Il est là, maintenant, sous quelques pieds de sable, Cet honnête vieillard, doux, généreux, affable, Qui ne faillit jamais aux règles de l'honneur. Chrétiens, qui visitez ce sombre coin de terre, Où l'oiseau, plein d'émoi, gazouille avec mystère, Ah! daignez pour mon père implorer le Seigneur!
12 juillet 1883.