Lettre ouverte à Jacques Chirac
À propos d’un revenant
Si on lit cette lettre dans un an ou deux, sans doute s’étonnera-t-on de voir surgir ici ce Jean Kanapa, qui fit naguère les beaux jours de la polémique mauriacienne et que l’on avait probablement oublié. Rendons hommage au parti communiste : il faut un bel orgueil pour ressusciter Kanapa en pleine période pré-électorale ! Oui, de l’orgueil, plus encore que de l’habileté. L’habileté, elle eût consisté à laisser oublier les vieux staliniens mal repentis, à jeter le manteau de Noé sur leurs propos d’autrefois, leurs errements, leurs violences verbales. Au lieu de quoi, puisque ses adoucissements ne lui ont pas apporté les bienfaits escomptés, le P.C. depuis un moment s’est ressaisi, autrement dit s’est crispé. L’opération « portes ouvertes » n’a pas été payante ? Qu’à cela ne tienne, on referme les portes, on baisse la herse et l’on fait remonter aux créneaux les guerriers chevronnés, rompus à toutes les acrobaties dialectiques. Histoire de voir si par hasard la dureté doctrinale, même enrobée de chocolat printanier, ne serait pas plus profitable au Parti que cette émolliente alliance avec le lecteur de Lamartine, que ce perpétuel et jaune sourire que les maîtres du P.C. se sont accroché au visage depuis quelques années. Nouvelle ruse ? Habile retour aux sources ? Il y a de cela, mais l’on ne peut s’empêcher de saluer assez gaiement le retour sur le devant de la scène de vieux comédiens accablés par tant de changements de rôle. Ils risquent de nous servir un texte au lieu d’un autre, Staline au lieu de Brejnev, Daix ou Hervé au lieu d’Andrieu, Garaudy au lieu de Leroy. Ils ne vont plus s’y retrouver ! Vont-ils bafouiller, hésiter ? Ce serait mal les connaître. Ils « enchaînent » avec un stupéfiant naturel, satisfaits, au fond, d’être restés les mêmes et de symboliser aujourd’hui cette vertu de leur Parti qu’ils n’ont jamais mise en doute : sa permanence. Ils vont même plastronner, on peut compter sur eux. Quant au pauvre François Mitterrand, qui se croyait l’allié d’un P.C. new look, blanchi, rénové, dédouané, le voilà qui se retrouve l’ami de M. Kanapa, cauchemar qu’il n’avait jamais osé faire dans ses plus sombres nuits…
Le sort, qui est joueur, et cette espèce de vieille increvable « honnêteté » du P.C. (finir par montrer son vrai visage), vous offrent là, Monsieur le député de la Corrèze, une arme inattendue que vous seriez bien inutilement généreux de raccrocher au râtelier. J’ai beau ne pas vous encourager à la polémique, il me semble qu’il faut savoir tirer quand l’adversaire vous désigne une cible avec autant d’innocente obligeance.
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