Lettre ouverte à Jacques Chirac

François Nourissier · Chapitre 27 sur 28

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Lettre ouverte à Jacques Chirac

Formules de politesse

 

Les jours ont passé. Nous voilà au milieu de cette terrible « semaine des fêtes » pendant laquelle tout s’affadit, choses et gens. Est-ce la raison de la désaffection que je sens autour de moi monter, et même m’envahir à votre endroit ? Vous aussi subissez, dirait-on, la trêve des confiseurs. Comme tous les hommes pressés, vous ne devriez jamais vous arrêter. Déjà l’on parle moins de vous, ou bien l’on dit des banalités : que vous avez dû déménager vos bureaux du dernier étage à un autre, moins prestigieux, de cette belle tour Maine-Montparnasse que les gens chagrins ne vous pardonneront pas d’avoir choisie pour quartier général. Il paraît que les adhésions marchent fort. Est-ce vrai ? Ce ne sont pas des statistiques de cet ordre qui nous feront illusion. Après tout, M. Jobert aussi avait commencé par faire provision d’adhérents…

Vous subissez aujourd’hui, déjà, le contrecoup de la grisaille hivernale et de la campagne de chuchotements assassins lancée contre vous par vos amis. D’ici à la publication de cette lettre vous aurez contre-attaqué, inventé une parade, reconquis l’attention. Vous devez être jubilant, combatif, entraînant si vous ne voulez pas voir en quelques mois se diluer ce mouvement qui s’est formé derrière vous. Vous êtes increvable mais votre pouvoir est fragile : usez-en vite ! Vos chances de l’emporter, nous l’avons vu et nous le déplorons, sont assez minces. Si victoire il y a, il est à craindre qu’elle ne soit à long terme, et plus dramatique que vous ne le prévoyez. En tout cas, quoi qu’il arrive, il restera de votre plongeon de 1976 un honneur et un exemple : vous avez parlé de bataille dans le moment où une moitié de la France ne pensait plus qu’à administrer habilement sa déconfiture.

C’est que vous possédez une vertu dont, à dessein, je n’ai pas encore écrit le nom, le réservant pour les dernières lignes de cette lettre : le courage. Dans votre situation et dans celle, en France, des idées que nous aimons, le courage vaut à lui seul toutes les autres qualités que vous possédez ou non (voir plus haut)… C’est donc à la lumière de son opiniâtre petite flamme que je vous salue, Monsieur le député de la Corrèze, et vous exprime ici, comme il sied, tous mes sentiments de sympathie et d’attention.

Eygalières – Paris – Englesqueville.

5-30 décembre 1976.

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