Love not s'Cam
Chapitre 12
Théo
“Je m'inventerai reine, pour que tu me retiennes
Je me ferai nouvelle, pour que le feu reprenne
Je deviendrai ces autres, qui te donnent du plaisir
Vos jeux seront les nôtres, si tel est ton désir
Plus brillante, plus belle pour une autre étincelle
Je me changerai en or pour que tu m'aimes encore”
Céline Dion - Pour que tu m’aimes encore
Mais quel con ! Je m'en veux d'avoir refusé l'invitation de Camille pour ce soir. Quant à mon mensonge, il est loin d'être éhonté. Je n'ai rien de prévu. Je suis juste là, comme un abruti sur mon canap' à zapper de chaîne en chaîne alors que j'aurais aimé la rejoindre. Pour ce qui est de rencontrer ses copines, je ne sais pas. J'ai paniqué ! Ça arrive, non ? Pour l’instant Camille ne se rend pas compte que les relations sociales ne sont pas naturelles pour moi. Entre nous, ça l'a été, elle ne voit pas que c'est un cas à part, que ce n’est arrivé que parce qu'elle est… elle. Tout est facile quand je me trouve en sa présence. Pour ce qui est des autres… on repassera. Mon passé compliqué explique ce comportement, seulement je ne peux pas encore le lui dévoiler. C'est trop tôt, ou trop tard, je ne sais pas.
D'après ce qu'elle m'a raconté sur ses deux amies, je ne me suis pas senti à même de les affronter. J'ai l'impression qu'elles sont à l'exact opposé du calme de ma belle. Une soirée avec des tornades de leur genre me semble être une épreuve à laquelle je ne suis pas sûr de survivre et je déteste devoir me montrer faux.
Soyons réalistes, elles auraient agi comme n'importe quelles BFF, elles m'auraient cuisiné, passé sur le grill, décortiqué sous toutes les coutures. Il y a trop d'éléments dans ma vie que Camille ignore encore, je ne peux pas prendre le risque de me retrouver au pied du mur. Le pire que je pourrais lui faire serait de mentir ouvertement. Quant à lâcher la vérité… ce n'est pas envisageable. Pas comme ça. Elle ne le supporterait pas, se sentirait trahie. Elle ne mérite pas que je la blesse et, égoïstement, j'ai trop peur de la perdre.
Il faut voir les choses telles qu'elles sont, je me suis mis dans la merde en m'autorisant à exprimer mes sentiments. Seulement, tout me pousse vers elle. Mon cerveau a beau gueuler que ça va mal finir, je ne peux me résoudre à me tenir loin de Camille. Je suis attiré comme un aimant, mon cœur est seul décisionnaire quand il s'agit d'elle. C'est elle. Mon phare dans ce brouillard qu'est ma vie depuis si longtemps. Je sais que tôt ou tard, je retrouverai l'obscurité à jouer au con de la sorte, toutefois, je me sens tel un insecte attiré par la lampe qui finira par le griller sur place.
Cela dit, c’est peut-être déjà en cours. Il n'y a qu'à voir la déception qui a pris possession de son magnifique regard quand j'ai refusé. L'ambiance est retombée plus vite qu'un soufflé. La distance qui s'est immiscée entre nous m'a tordu les tripes. Bien sûr elle ne m'a pas repoussé. Pour autant, notre baiser n'avait pas cette magie qui opère habituellement dès que mes lèvres rencontrent les siennes. Après ça, elle ne m’a plus touché comme elle le fait instinctivement depuis le début. J'ai bien compris que Camille n'est pas du genre capricieuse. C'était autre chose. Elle a pris ma réponse comme un frein. C'est moi qui ai mis cette distance, celle dont je souffre maintenant.
Il fût un temps où je me serais roulé un joint pour me détendre et oublier. Mais pas ce soir. C’est fini cette merde. Aujourd'hui, je suis un homme, plus un gamin. J'assume mes actes, même ceux dont je ne suis pas fier. La weed ne fera pas partie de mon réconfort sur ce coup. D'ailleurs, je ne saurais peut-être même plus où m'en procurer. Auprès des petits merdeux qui traînent devant le lycée ? Cette idée me fait sourire. Ce serait tellement pitoyable d'aller leur taper un gramme de beuh contre un billet alors que tout ce dont je rêve est de leur éclater la face sur le trottoir.
Pauvre type… tu en as des conneries dans ta sale caboche.
Encore un programme décevant à la télé. Je switche sur Netflix, pas mieux. Je n'ai envie de rien. Sortir la moto ? Mauvaise idée. Je serais trop tenté d'accélérer jusqu'à ce que la bécane me stoppe d'elle-même. On va éviter les bêtises. On a dit qu'on avait grandi !
Et ma Camille ? Je me demande ce qu'elle fabrique. Il est vingt et une heures. Elle est sûrement déjà là-bas. Ça me fait penser que je ne lui ai même pas demandé dans quel bar elle sortait. Le seul moyen de le savoir à présent serait de lui envoyer un message, mais je doute que ce soit un bon plan. Elle me demanderait en retour ce que je fais et elle comprendrait que je lui ai menti. Il ne me reste plus qu'une option, la console. Tuer des personnages fictifs sur le nouveau Call of duty m'aidera à passer mes nerfs. D'accord, je vais la jouer ado geek dans toute sa splendeur ! Mais merde ! Ils gèrent comment les vrais adultes ? Ah oui, ils ne déconnent pas ! Bon, ben force est de constater que ce soir je régresse.
Bien que puérile, ma tactique ne fonctionne pas trop mal. Je défonce tout sur mon passage. Ma manette chauffe entre mes doigts tant je m'y agrippe. Ils sont possédés. Le volume au max me renvoie les sons des coups de feu que je tire à tout-va. C'est jouissif de fracasser du monde sans risquer la taule. On se défoule comme on peut. Quelques gars en ligne tentent de me taper la discute, je ne réponds pas. Je ne suis pas là pour me faire des potes, je cherche juste à exorciser ce poids logé dans ma poitrine.
Mon portable sonne et me sort de ma transe. Un message. C'est Camille. En temps normal, je saute au plafond en voyant son nom briller sur mon écran, mais pas là. Là j'angoisse.
Fébrilement, j'augmente le son pour écouter son vocal.
"Théo Ooooo ! T'es oùùùù ? Ah ben non, t'es pas là ! Tu voulais pas sortir avec moi !"
Sa voix traîne et monte dans les aiguës. Pas besoin d'en entendre plus pour savoir qu'elle est raide. Je n'aime pas ça du tout. Je m'apprête à l'appeler quand un nouveau message apparaît.
"— Mais qu'est-ce que tu fous, Cam ?
— Rhô ! Tu me pourris mon vocal Ju' ! J'essaie de communiquer avec… euh… avec le pluuuuus beau mec de la terre qui n’veut plus de moi ! "
Merde, elle a lâché le bouton, je n'ai pas entendu la suite. Ce qui est sûr, c’est qu’elle est torchée et en plein délire. Je n'ai jamais dit que je ne voulais plus d'elle ! Est-ce que c'est de cette manière qu'elle a interprété mon refus ? Ne tenant plus, je lance l'appel. J'ai besoin de savoir où elle se trouve. J'espère qu'elle ne court aucun danger.
La tonalité retentit. Une fois. Deux fois. Réponds putain ! C'est pas possible ! Elle avait son téléphone en main il n'y a pas trois secondes ! Elle ne va pas me ghoster maintenant !
— Aaaaallllooooo !
— Camille ? Tu vas bien ? Tu es où ?
— Hein ? Là ? Sous la table… enfin, dessus… enfin… j'étais dessus et j'ai essayé de me relever et je suis tombée dessous… hihihihi…
Je rêve ou elle est en train de m'expliquer qu'elle a littéralement roulé sous une table ? À quelle heure on lui explique que c'est censé être une expression ? Elle n'avait pas besoin de le prendre au pied de la lettre !
— Camille ? C'est quoi le bar ?
— Euh… du bois et du zinc je crois. Pourquoi ?
Elle se fout de moi ?!
— Le nom du bar !
— Ahhh ! Fallait le dire ! C'est le… Boomerang ! Oh mince ! Tu crois que je vais le prendre dans la figure ? J'ai jamais été douée pour rattraper des trucs…
Et voilà qu’elle glousse encore ! Elle en tient une bonne, il n'y a pas à dire. Un coup d'œil à ma montre m'indique qu'elle n'a pas chômé. Il est à peine vingt-trois heures. Je cherche le fameux Boomerang sur mon moteur de recherche, puis lance l'itinéraire. Elle se trouve à moins de dix minutes.
— Ne bouge pas, j'arrive.
Je raccroche sans tenir compte de ses protestations. Mon cœur bat à toute vitesse. Espérons qu'elle ne fasse pas de connerie le temps que je me rende sur place. Vu son état, qui sait ce qui pourrait lui arriver.
Mes pompes pas attachées, ma veste ouverte, je m'élance dans la rue. Dix minutes mon cul, il ne m'en faut que cinq avant de voir la devanture. Essoufflé, je me penche en avant pour me ressaisir, appuyant sur mes flancs pour faire passer mon point de côté. Dans un autre contexte, ça pourrait être risible. Le pauvre gars qui crache ses poumons pour un petit sprint de rien du tout.
C'est donc rouge comme un coquelicot, le palpitant prêt à me péter les côtes, que je pousse la porte du bar. Mes yeux scannent la salle à la recherche de Camille. Je dois chercher où au fait ? Sur ou sous les tables ? Bon sang, elle m'épuise !
Dans le coin, au fond à droite, je vois un gars relever une nana. Elle porte une robe bleue et… une culotte de la même couleur ! Putain, elle a coincé son dessous dans sa robe ! Elle va toutes me les faire, c'est pas vrai !
Toutefois, plus que sa culotte en dentelle, ce qui me fout les boules, c'est le trou du cul qui semble vouloir plus que simplement lui permettre de tenir sur ses deux jambes. Je me rue sur eux sans faire cas de l'agitation ambiante. Une fois à leur hauteur, je plaque le dos de la miss j'ai-bu-un-coup-de-trop contre mon torse et dégage les sales pattes du grand zguègue.
— Elle est avec moi, je m'en occupe.
Mon ton est sans appel, il fout le camp ou je lui rentre dedans, c'est au choix. Camille tourne enfin les yeux vers moi. Son maquillage se barre en cacahuète, ses yeux transpirent l'alcool. Pas que ses yeux d’ailleurs. Je peux affirmer, en une respiration, que la demoiselle a tourné au mojito et qu'il était loin d'être virgin. Elle empeste la menthe, mais surtout le rhum.
Quand elle me reconnaît enfin, elle se tourne pour enrouler ses bras autour de mon cou. Vu la situation, je ne devrais pas, mais mes hormones se mettent à s'emballer. Même ronde comme une queue de pelle, elle est contente de me voir.
— Théo ! Qu'est-ce que tu fais là ?
— Je t'ai dit que je venais te chercher, tu te souviens ?
Elle m’affiche une moue boudeuse digne d'une enfant. J'en profite pour tirer sur sa robe et ainsi éviter que sa dentelle ne continue à affoler tous les mâles présents. J'ai mon compte.
— Mais t'avais dit que tu avais des plans… et ils ne m'incluaient pas…
Son air enfantin me fait fondre comme neige au soleil.
— C'était avant qu'une certaine demoiselle m'appelle complètement bourrée… j'en connais une qui aime un peu trop le mojito.
Mon clin d'œil lui arrache un sourire honteux. Je ne peux pas résister à la serrer contre moi. Elle se laisse aller de tout son poids contre mon épaule. À cet instant, je ne voudrais me trouver nulle part ailleurs. Je suis là où est ma place. Avec elle. Ses mains raffermissent leur prise, je la sens expirer d'aise.
— J'étais malheureuse sans toi. J'ai cru que tu ne voulais plus de moi.
Elle ne le sait pas, mais c'est la seconde fois de la soirée que je l'entends dire cette bêtise. Il est plus que temps de rétablir la vérité.
— Ce n'est pas vrai. Je veux toujours de toi. Même toute saoule et maquillée comme un panda.
J'embrasse son front longuement pour profiter de cette étreinte.
Forcément, le calme ne pouvait pas durer. Une espèce de dingue me fonce dessus en secouant Camille par le bras.
— Eh, oh ! Mais t'es qui toi ? Tu lâches ma copine !
La grande blonde s'excite toute seule. Elle va finir par faire dégobiller Camille à l'agiter comme une poupée de chiffon.
— Je suis son mec ! Je la laisse une soirée avec vous et je la retrouve dans cet état. Sympa la copine ! T’étais où jusqu'à maintenant ?
C'est un peu violent comme présentation, j'en conviens. Pour autant, elle n'a pas vraiment veillé sur sa pote et ça me fout les boules. Au moins, elle le sait.
Il lui faut quelques secondes, secondes durant lesquelles elle ouvre et ferme la bouche à plusieurs reprises avant de parvenir à s'exprimer à nouveau.
— Cam, t'as un mec ?
Ma petite ivrogne agite énergiquement la tête de haut en bas avec un sourire niais. La blonde reprend son interrogatoire.
— C’est lui ? T'es sûre ?
Encore un hochement de tête acharné en guise d’approbation du côté de Camille.
— Moi, c'est Astrid. Et je ne te ferai pas de courbettes car je comprends mieux son comportement ! C'est ta faute si elle a bu comme un trou !
OK… Voilà que je me fais engueuler… c'est ma fête.
— Elle est toujours comme ça ta copine ? demandé-je à la seule qui m'intéresse au milieu de ce foutoir.
— Vous allez pas vous mettre sur la tronche ! Astrid, Théo ! Théo, Astrid ! Voilà, les présentations sont faites ! On peut boire un coup maintenant ?
Un coup d'œil à la copine. On s'est compris. Elle a son compte pour ce soir, hors de question de la resservir.
— Et si je t'emmenais au dodo plutôt ? Tu en as assez mis à l'ombre pour la soirée.
— Il a raison, Cam, avec son expression de campagnard, t’as suffisamment de grammes dans chaque bras. Va te coucher et accessoirement te doucher aussi ! Tu pues !
Sur ce coup, malgré le manque de délicatesse, je ne peux pas lui donner tort.
Je pensais m'en être bien sorti, je m’apprêtais même à la guider vers la sortie quand le titre Shivers de Ed Sheeran a retenti dans le bar. Camille s'est redressée et a plaqué ses mains sur mon torse.
— Je veux bien que tu me ramènes, mais d'abord, tu danses avec moi. Cette chanson me fait toujours penser à toi.
Waou, une phrase sans bégayer ? En plus de lui faire penser à moi, cette chanson la fait dessouler ?
Ses lèvres se collent aux miennes pour marquer le caractère irrévocable de sa requête. Après tout, qui suis-je pour lui refuser une danse ? Sans compter que moi aussi, je vois ma belle à chaque fois que j'entends ce titre. Reste plus qu'à espérer qu'elle ne s'étale pas en gesticulant.
Je la suis sur la petite piste improvisée au milieu de la salle. Étonnamment, Camille tient très bien sur ses guibolles tout à coup. Elle prend mes mains pour les placer sur ses hanches tout en commençant à onduler telle une déesse. Il me faut une fraction de secondes seulement pour me mettre à danser en rythme. Nos corps se meuvent de concert. Sur le refrain, je la fais tourner, la rattrape, rapproche son bassin du mien. Elle me frôle du bout des doigts jusqu’à me rendre fou. C'est clair, il a raison le Ed, je les sens bien les frissons. Du haut de mon crâne jusqu'à mes orteils, je ne suis plus qu'électricité.
Camille tourne autour de ma silhouette, laissant ses phalanges me foudroyer au moindre contact. Un peu avant la fin de la chanson, je la ramène à moi, stoppant sa course en la lovant contre mon torse. Ses ongles glissent de mes pectoraux à mon ventre alors que sa jambe remonte le long de la mienne. J'accompagne son dos quand elle se cambre en arrière. Sa souplesse me coupe le souffle. Ma main libre saisit sa gorge, descend jusqu'à la naissance de son décolleté. Je remarque que ses seins pointent, elle a envie de moi autant que je rêve de m'allonger sur son corps. Quand elle se redresse, elle se presse contre moi sans cesser de se cambrer en rythme jusqu'à la dernière note.
Mes lèvres happent les siennes. Je lui transmets toute mon envie, toute la passion qu'elle m'inspire, les paumes bien ancrées au bas de ses reins. Elle répond à mon baiser avec fougue en fourrageant mes cheveux. Je suis à deux doigts de perdre la tête tant elle me pousse dans mes retranchements.
Qu'est-ce qui m'a pris d'accepter cette danse ? Ça revenait presque à lui faire l'amour au milieu de tout ce monde. La moindre parcelle de mon épiderme s'en trouve brûlante.
— On peut rentrer maintenant ? minaude-t-elle.
Elle me tue ! Sans un mot, je plante un dernier bisou tout doux sur son nez en acquiesçant.
Avant de sortir du bar, Camille fait signe à sa copine qui réplique en lui montrant qu'elle l'appelle demain. Je profite de cet échange entre les deux filles pour vérifier que la robe de la demoiselle est bien en place et ne découvre plus la fameuse culotte en dentelle. Celle que je rêve de lui retirer. Raaah, quand je pense que tous les clients de l'établissement l'ont vue, ça me fout en rogne. Pas besoin que les passants en profitent aussi.
L'air frais agit tel un coup de massue sur son humeur. L'alcool qui coule dans ses veines reprend ses droits. Son corps titube, ses jambes flageolent tellement que je dois la tenir fermement pour nous éviter de prendre une gamelle à chaque pas.
Une fois en bas de chez elle, j'hésite sur la marche à suivre. Est-ce que je la laisse ici au risque qu'elle galère à rejoindre son appartement ? Ou est-ce que je la raccompagne jusqu'au bout, sachant que je vais au-devant d'autres soucis ? C'est tout vu, je ne la laisse pas ici.
En douceur, je lui demande ses clés. Pas sûr qu'elle trouve la serrure vu comme elle se marre. C’est souvent à ça qu’on reconnait la porte de quelqu’un qui force trop souvent sur la bouteille, les rayures autour de la serrure. Pour obtenir l'étage quand nous pénétrons dans l'ascenseur, c'est la même galère. Mademoiselle est d'humeur joueuse, me forçant à deviner dans quel appart elle vit.
— Allez, Camille, on va pas passer la nuit ici ! Quel étage ?
Entre deux gloussements, elle me lâche l'info, avec énormément d'élégance !
— Le 7ème… comme là où je veux que tu m'emmènes…
Autant dire qu’à l’instant présent, je suis super mal à l'aise ! Elle ne passera pas à la casserole avec quatre grammes dans chaque bras. Je me mords l'intérieur des joues en appuyant sur le foutu chiffre qui me fout tout à coup une pression d'enfer. Elle est passée où la Camille qui n'ose pas exprimer ses désirs ? Parce que là, tout de suite, ça m'arrangerait de la retrouver. Non que je ne sois pas flatté, mais tout de même, je ne brille pas.
Sortis de la cage de fer qui commençait à m'oppresser, elle m'épargne le suspens de la fameuse porte à ouvrir. Au contraire, elle m'intime de me, je cite, "bouger le train ! Tchoutchou !". Vivement que la marmotte retrouve sa couette, elle ne contrôle plus rien de ce qui s'extirpe de sa bouche. Ses filtres sont restés au Boomerang.
J'assiste ensuite à une espèce de strip-tease maladroit et fort heureusement, incomplet. Encore une fois, j'aurais aimé qu'elle m'octroie au moins le temps de fermer la porte. Le couple tout endimanché qui vient de passer aurait sûrement apprécié aussi… me voilà dans de beaux draps, sans mauvais jeu de mots.
En parlant de draps, il serait assez opportun de trouver ses toilettes avant de la mettre au lit. Attaquée comme elle est, elle pourrait bien pousser le vice jusqu'à pisser dedans ! La cuisine risque aussi de s'avérer utile, une bassine ne sera peut-être pas de trop.
— Allez, Mademoiselle la fêtarde, un pipi, on se démaquille et dodo !
— Tu n'aimes pas mon maquillage ? J'avais fait un effort pourtant…
Comment lui annoncer qu'il était sûrement plus vendeur en début de soirée ? J’ai bien fait référence à son air de panda plus tôt, mais elle ne semble pas s’en rappeler. Ne sachant pas comment elle pourrait réagir, je préfère éviter mon humour de merde. La situation est déjà bien assez gênante. Miss Catastrophe fait carrément sa petite goutte devant moi. Assise sur le chiotte, le mascara au milieu des joues, les mains coincées entre ses genoux, les chevilles formant un angle improbable… je ne suis pas près d'oublier ce tableau. Elle a du bol que je sois déjà raide dingue d'elle parce que certains, même beaucoup, se seraient déjà sauvés.
Silencieusement, je réitère ma prière : on peut me rendre la vraie Camille ? Quoique, celle qui se marre en regardant ses doigts de pieds gigoter est assez fun en fait.
Je prends alors conscience que je suis encore plus foutu que ce que j’imaginais. Il n'y a qu'à me voir attendri par sa frimousse qu'elle frotte maintenant frénétiquement avec sa lingette démaquillante. J'aime tout chez elle, même ses défauts, ses faiblesses, sans parler de son incapacité à tenir l'alcool.
Je l'aide à passer une culotte propre et une espèce de vieille chemise de nuit avant de la soutenir en direction de sa chambre. Putain que c’est dur d’être un gentleman parfois !
Note à moi-même : lui trouver mieux qu'un haillon estampillé Titi et Rominet pour dormir.
Une image de Camille dans un de mes tee-shirt se met à clignoter dans mon esprit. J'aimerais tellement vivre ce genre de moments avec elle. Cette intimité que j'ai toujours fuie depuis mon ex m'apparaît comme la plus belle des ambitions alors que nous atteignons son lit. Il est impeccablement fait, sent le frais, le propre. Sa housse de couette en flanelle, dans les tons de beige avec de grosses coutures marron, donne envie de se rouler dedans. J'ouvre un pan avant de la laisser se glisser mollement sur le matelas. Je le rabats sur elle avant de m'asseoir près de son corps à présent détendu. Elle me regarde sans prononcer un mot. Une part de moi donnerait cher pour savoir ce qui se passe dans sa tête. Une autre en revanche en a très peur.
— Tu ne viens pas avec moi ?
Encore cette voix de petite fille qui pourrait bien me faire craquer. Dégageant une mèche de cheveux de son visage angélique, je me répète de tenir bon. Je ne dois pas. Je ne peux pas. Pas comme ça. Les conséquences seraient irréversibles.
Je préfère lui répondre en déposant un baiser tendre sur son front.
— Pas ce soir, Ti Chou. Tu as besoin de sommeil.
Alors que je m'apprête à me lever, elle s'agrippe fort à mon poignet.
— Pourquoi tu es venu me chercher ?
— Parce que tu m'as envoyé des messages et que je me suis inquiété. Tu aurais préféré que je ne vienne pas ?
Ma réponse semble être la bonne. Camille rapproche mon bras pour s'y enrouler. Je n'ai d'autre choix que de m'allonger contre elle pour la serrer fort. Je ne sais pas qui de nous deux je cherche à réconforter dans cette position. En tout cas, ça fonctionne aussi bien pour elle que pour moi. Du moins, avant qu'elle n'ouvre à nouveau la bouche.
— Un jour, toi aussi tu te lasseras de moi. Je suis frigide… mon ex est allé voir ailleurs. Il a dit que l'autre, au moins, elle jouissait…
En entendant ça, ma réaction est immédiate, mes doigts se crispent dans ses cheveux. Je meurs d'envie de lui dire que son ex est un sombre connard égoïste. Je serais capable de la faire jouir, avec seulement deux phalanges et un baiser. Je ne suis pas le plus impressionnant des hommes, mais j'ai l'avantage de très bien connaître l'anatomie féminine. Il n'y a pas de femme insensible, il n'y a que des hommes trop pressés de cracher la purée et ce n'est pas mon cas. Étant sorti avec une égoïste exigeante, j'ai passé plus de temps à donner du plaisir qu'à en recevoir, et c'est de toute façon dans ma nature.
Évidemment, je me garde bien de lui partager mes pensées. Je me contente de lui dire que j'espère avoir l'occasion de lui prouver un jour qu'elle est tout sauf frigide.
Quand elle s'endort enfin, je retire doucement mes bras pour ne pas la réveiller et l'embrasse une dernière fois avant de me diriger vers la sortie. En atteignant la porte, je manque d'éclater de rire. La voilà qui ronfle maintenant ! Elle m'a vraiment tout fait ce soir ! Je m'arrête un instant pour la contempler, puis rejoins la porte que je claque sur mon passage. Je m’assure qu’elle soit bien enfermée avant de rentrer chez moi.
OceanofPDF.com