Love not s'Cam

Marie Tavernier · Chapitre 24 sur 51

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Love not s'Cam

Chapitre 23

 

 

Camille

 

“On prend des boîtes, on y range les gens qu’au fond

Jamais, jamais l’on ne comprend

Comme l’Homme est fait de mille boîtes, ces boîtes

Que l’on prend ne sont jamais assez grandes”

Maître Gims et Vianney - La même

Les vacances scolaires touchent à leur fin. Ce matin, on y retourne et finalement je me rends compte que je suis assez contente de reprendre un rythme normal. Je me suis assez morfondue, terrée au fond de mon appart’. Théo a donné quelques signes de vie, sans forcer, sans attendre de retour de ma part. Je ne saurais dire combien mon silence m’a coûté. J’ai souvent eu envie de lui répondre, de lui demander comment il allait, ce qu’il faisait… Puis je me suis rappelée que je savais avec QUI il était. Il va bien, en compagnie de Madame Valet, dans son appartement impeccablement bien rangé. Voilà, rien d’autre à ajouter, je suis la seule pauvre nouille de l’histoire à avoir frôlé la mort par déshydratation à force de pleurer ces dernières semaines. Alors on arrête les conneries, on camoufle les valises noires qui ont élu domicile sous mes yeux à moitié fermés et on retourne en cours. 

Quand je pense que mes vingt-neuf premiers anniversaires étaient merdiques, cette année, on peut dire que j’ai tiré le gros lot en matière de poisse. Le prochain, je me prévois une retraite dans le fin fond du trou du cul du monde, là où personne ne pourra venir me pourrir la vie. J’en avais déjà bien assez avec ma mère égocentrique. Il a fallu que l’homme parfait s’avère finalement être le pire des crève-cœur. Bienvenue dans ma vie désastreuse. 

Depuis quelques jours, j’envisage même de prendre un chat, voire deux. Ce qui m’arrête, c’est l’idée qu’ils finissent, eux aussi, par me bouffer un jour. En plus, j’ai déjà du mal à garder une plante verte en vie, un animal… ça ne pourrait qu’être pire ! J’aime trop les bêbêtes pour leur infliger pareil supplice. 

La matinée se passe sans trop d’encombres. Les élèves ont, pour la plupart, bien bossé pendant les vacances. À moins qu’ils ne fassent très bien illusion. Dans tous les cas, ça me convient. Tant que je n’ai à réprimander personne, je prends. Aucune envie de me prendre la tête un jour de rentrée. 

À la fin du dernier cours avant la pause méridienne, le jeune Mattéo demande s’il peut me parler. L’angoisse qu’il ne soit encore victime de harcèlement de la part de ses camarades fait monter l’angoisse en moi... Je n’ai vraiment pas la tête à faire dans le diplomate en ce moment. Si un de ces petits cons lui a encore fait du mal, je sens qu’il va prendre pour tout le monde. Les émotions à fleur de peau, je ne suis en mesure de réfréner ma colère. Elle transpire par tous mes pores alors qu’il n’a encore rien dit. Son air mal dans ses godasses suffit à me faire monter en pression. 

— Je t’écoute, Mattéo, que puis-je pour toi ?

Il triture ses doigts, fixe ses pompes… ça ne me dit rien qui vaille.

— Madame, euh… je… vous étiez absente avant les vacances et…

Qu’est-ce qu’ils ont foutu pendant que je me lamentais sur mon sort ? J’ai envie de le secouer pour qu’il accélère la cadence. D’un moulinet du poignet, je l’invite silencieusement à poursuivre. 

— Ne le prenez pas mal, mais vous n’avez pas l’air en meilleure forme aujourd’hui. Est-ce que vous allez bien, Madame ?

Je ne devrais pas, je n’ai pas le droit, mais je fonds en larmes. Comme une petite fille, me laissant retomber contre le coin de mon bureau sans lequel je me serais étalée sur le sol. Ce gamin est d’une bonté rare. En une question maladroite, il vient d’abattre mes dernières défenses. Entre deux sanglots, je mens effrontément, lui jurant mordicus que tout va bien. Un léger coup de mou. Tu parles, je ne berne personne, pas même un gosse de dix-sept ans. Son sac entre en collision avec le parquet de ma salle. Il l'a lâché pour poser timidement ses mains sur mes épaules. 

— C’est un mec qui vous a fait du mal, Madame ?

Je hoche la tête. La douleur insoutenable qui m’oppresse la poitrine ne demande qu’à sortir. 

— Alors il n’a rien compris. Si j’aimais les filles, j’en voudrais une comme vous. 

Sa remarque me réchauffe le cœur. Il dit sûrement ça pour me remonter le moral et écourter le moment de “gênance” comme disent les jeunes, néanmoins, ça fonctionne un peu. 

— Promets-moi de ne jamais perdre ta bonté, Mattéo. Quoi qu’il t’arrive dans la vie, tu es plus fort que ce qui pourra te tomber dessus. D’accord ?

Je renifle en balayant mes joues de ces marques de ma faiblesse. Mattéo presse mon bras gentiment, une gentillesse pure dansant dans ses yeux.

— Vous l’êtes tout autant, Madame. Je n’oublierai jamais ce que vous avez fait pour moi l’autre fois. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, je serai là aussi. Même si je ne suis qu’un gamin, je vous aime bien. Je ne veux pas vous voir triste.

Un échange de sourires sincères, puis il quitte la pièce. Ce môme vient de me mettre un coup de fouet pour le reste de la journée. Il a raison, je suis forte. Je n’ai pas besoin de Théo dans ma vie pour être heureuse. Je le serai un jour, du moins je l’espère. 

 

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