Love not s'Cam

Marie Tavernier · Chapitre 38 sur 51

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Love not s'Cam

Chapitre 37

 

Théo

 

"Et la magie opère,

Je douille sa mère,

J'ai mal aux seins et chuis crevée,

J'ai mal aux reins et de l'acné"

Laurie Peret - Mon cycle menstruel

 

Les hormones, le retour ! Que du bonheur ! Comment dire que Camille n'est pas à prendre avec des pincettes depuis deux jours ? Mercredi soir, elle a pété un câble après une de ses copies, c'était à voir. Le pauvre gosse en a sûrement encore des acouphènes. Qu'avait-il fait ? J'aimerais le savoir, mais je n'ai rien compris. Hier matin, elle a renversé son café deux fois pour finalement ne pas boire le troisième, (celui que j'ai acheminé à bon port sur la table pour elle). Hier soir, elle s'est mise à pleurer devant le miroir parce qu'elle avait un bouton sur le menton… Bref, madame a ses règles en chemin.

Ceci étant, en ce vendredi, j'ai pris les devants dès le réveil. Pas de sonnerie tonitruante. Camille à été tirée du sommeil de la plus douce manière qu'il soit. Bisous, tendresse, en évitant les zones litigieuses, tout a été soigneusement prémédité. Le petit déjeuner a été servi par mes soins. Beaucoup de sucre, pour adoucir l'humeur et rien à transporter. Je suis allé jusqu'à lui suggérer une robe très jolie, suffisamment ample et pas trop courte pour éviter de l'entendre hurler qu'elle était boudinée dans son pantalon. J'y ai également eu droit la veille. En plus d'être archi faux, c'est très agaçant. 

Vu les messages que j'ai reçus aujourd'hui, je n'ai aucun mal à imaginer que les Anglais ont débarqué en bonne et due forme au cours de la journée. Mon pif est formel, j'ai eu droit à la première salve, me voilà parti pour une semaine haute en couleur, au sens propre comme au figuré. Mes souvenirs à ce sujet sont intacts. Je ne voudrais sa place pour rien au monde. Disons que c'est l'un des avantages de ma constitution, je ne me permettrai jamais de me moquer de ses petites faiblesses ou de me plaindre de ses comportements parfois disproportionnés. Au contraire, j'ai l'intention de tout mettre en œuvre pour que les jours à venir se passent dans les meilleures conditions pour elle. 

Pour le moment, je l'attends sagement devant le lycée. J'ai hâte de la récupérer pour la ramener chez elle. Depuis que nous avons joué cartes sur table, notre relation a énormément évolué. Nous ne nous sommes pas séparés ne serait-ce qu'une nuit. Sous aucun prétexte je ne pourrais me passer de son corps chaud dans mes bras sous la couette. La vision de ses yeux endormis le matin m'est essentielle. J'avoue que là, l'état de nerfs dans lequel elle se trouve me fait redouter qu'elle ne m'expédie pour se terrer sous un plaid. Hors de question que je me retrouve privé d'elle. Ni ce soir ni jamais.

Après la soirée mouvementée avec ses copines, nous avons passé un nouveau cap. Camille a ajouté ma clé à son trousseau tout comme la sienne trône au milieu du mien. Jusque-là, nous n'en avions pas vraiment eu besoin, pourtant la symbolique est énorme pour moi. Il m'arrive de sourire comme un débile juste en regardant ce petit bout de métal pendouiller sur mon porte-clés. Je le vois comme la promesse qu'un jour, que je n'espère pas trop lointain, il n'y en aura plus qu'un. Il n'ouvrira pas mon, ni son, mais notre cocon. À nous. 

En attendant, comme je le disais, j'ai usé de ce sésame pour la première fois dans l'unique but de préparer un nid douillet spécial week-end chill. Tout ce que je demande, c'est qu'elle soit bien pour traverser cette étape menstruelle, ainsi que toutes celles qui suivront. 

Son mini bout de nez renfrogné passe le portail. Les cernes qui dansent sous ses yeux témoignent de sa fatigue. Sans un mot, elle ne perd pas une seconde pour venir se nicher au creux de mes bras. Recroquevillée, le visage blotti dans mon cou, je la sens respirer profondément. Rien au monde n'est plus cher à mon cœur que ce sentiment d'être son ancre. Celui sur qui elle peut se reposer, qu'elle se languit de retrouver après une journée épuisante. Mon seul vœu est que cela dure toujours. Si elle savait à quel point je chéris ce moment où son parfum revient envahir mes synapses. 

Je la serre longuement contre ma poitrine avant de la ramener. Inutile de lui demander si tout s'est bien déroulé en cours, je ne voudrais pas la mettre en rogne. J'imagine d'avance sa réponse, ça me suffit. 

Délestée de ses chaussures et de sa veste, je la couve d'un regard compatissant lorsqu'elle s'échoue sans grâce sur le canapé. Armé de la couverture en pilou-pilou que je suis allé lui choisir plus tôt dans l'après-midi, je la couvre en m'asseyant près d'elle. Son regard amoureux en dépit de son état physique me happe. Même avec les hormones déglinguées, elle me dévore. Sa main se pose sur ma joue alors qu'elle se tend dans ma direction. Je comble le faible espace qui nous sépare, soutenant sa nuque de la mienne pour l'embrasser. Un faible gémissement s'envole entre nous, le sien. — Tu as mal au ventre, Ti Chou ?

Ma question est bête, évidemment qu'elle a mal. Les plis autour de ses paupières, la ride du lion… on est loin d’un rictus d'extase pour le coup. D'ailleurs, elle se contente de hocher faiblement la tête en guise de réponse. Je plante une nuée de baisers sur son front. Ça ne fera pas passer la douleur, on est bien d'accord. Le soupire qu'elle pousse montre qu'elle en avait autant besoin que moi. Je m'éloigne à contrecœur de son corps pour me relever. 

— Ne bouge pas, je reviens. 

Dans la cuisine, je mets en action mon plan mûrement réfléchi. Je m'active afin de ne pas la laisser seule trop longtemps. 

Mon plateau en main, j'arbore mon plus beau sourire en revenant près d'elle. 

— C'était quoi tous ces bruits ?

Sa curiosité piquée, elle inspecte la table basse. Avant toute chose, je récupère la bouillotte préalablement chauffée au micro-ondes. Je soulève le plaid, pour la déposer sur le bas de son ventre. La chaleur semble faire effet tout de suite. Ma Camille ferme les yeux, les traits de son visage s'apaisent. 

Je la laisse se reposer un moment, tranquillement calée au bout du canapé. Ses pieds et mon pc sur les jambes, je ne risque pas de me sauver. Je n'en ai pas envie, non plus. De temps en temps, je joue avec ses orteils pour l'embêter un peu. Elle rit, visiblement plus détendue qu'en rentrant tout à l'heure. 

— Dis, ce sont bien des chips qui me narguent depuis tout à l’heure ?

Elle en bave presque en avisant le plateau. Dans le doute, j'avais prévu du salé et du sucré. Visiblement, Mademoiselle est d'humeur salée ce soir. Va pour les chips. Je m'empare du paquet et l'ouvre pendant qu'elle se redresse. Il ne lui faut pas plus de dix secondes pour plonger la main dans le sachet avant de s'enfourner une énorme poignée dans le cornet. 

— Eh ben… je vais investir des actions auprès de cette marque de chips…

Je me marre de la voir affamée de la sorte. C'est tout ou rien avec Camille. Un instant, elle est la délicatesse incarnée, le suivant, elle devient un mini bourrin. Parfois, elle me fait penser à un gremlins. On la nourrit, elle se transforme en petit machin vorace. J'adore la voir comme ça, naturelle. 

Les biscuits apéro y passent tous. Dans son immense bonté, elle m’a laissé les crudités, ne suis-je pas chanceux ? En ce qui concerne le sucré, en revanche, j'avoue avoir légèrement joué des coudes pour grappiller un chocolat par-ci, un bonbon par-là. Je suis humain, moi aussi j'ai un talon d'Achille ! Les cochonneries pleines de sucre et de gras en font partie. 

La razzia faite, Camille s'affale contre le dossier du canapé en se tenant le ventre. Le regard vague sur l'écran de télé, je la sens prête à piquer du nez. 

— Tu veux que je réchauffe la bouillotte ?

Mes doigts se glissent sous ses paumes pendant que je pose la question. Elle les écarte pour me laisser le champ libre. Sa tête repose sur mon épaule alors que je commence à la masser lentement. Je peux sentir quelques-uns de ses spasmes. Cette sensation me serre l'estomac. Je ne supporte pas de la savoir mal. Et ça recommencera… tous les mois. Si certaines femmes le vivent bien, je constate que Camille fait partie de la team "malade à crever" pendant cette période. Les souvenirs ne sont pas assez loin dans mon esprit pour que je me souvienne de cet effet. Il a été la cause de bon nombre de mes crises de dysphorie. Bref, la nature est mal faite et comme un con, je me sens impuissant avec mon pauvre massage. 

— Je t'ai déjà dit que tu es l'homme parfait, mon choupinou ?

Je m'étrangle presque en l'entendant. Pas habitué à ce genre de compliment, j'opte pour la diversion. 

— Je dois prendre cette jolie déclaration pour un "oui, mon chéri, je veux bien que tu réchauffes la bouillotte" ?

Camille lève les yeux au ciel avant de les braquer sur les miens. Sa main fait pression sur la mienne. Elle ne me ment pas, ne feint pas l'amour qu'elle me porte. Je comprends que ma tentative, en plus d'être vaine, n'est pas ce dont elle a besoin. Quand elle m'ouvre son cœur, elle n'attend pas que je le fasse en retour, elle veut seulement s'assurer que je l'ai entendu. Face à son besoin de réconfort, je lutte contre ma nature pour lui offrir ce qu'elle mérite. Ma transparence.

— Alors, non, tu ne me l'avais jamais dit. Cependant, je ne peux pas approuver. Je ne suis pas parfait. En revanche, je suis très… très… très… amoureux de toi ! Ça compense non ?

La ponctuation de mes phrases, marquée par une multitude de bisous sur sa bouille, ne lui laisse pas le temps de me répondre. À la place, elle glousse, se blottissant un peu plus contre mon torse. Une idée me vient. Je la repousse légèrement pour me lever. Je l'assomme encore de bisous avant de me presser d’aller et venir de la salle de bains. J'en reviens muni d'une huile de massage adaptée à son état. 

Camille me fait les yeux ronds quand je lui indique de se bouger pour me laisser m'asseoir dans son dos. Elle obéit tout de même. À peine suis-je installé que je l'attire contre moi. Mes doigts remontent sa robe pour découvrir son abdomen légèrement gonflé. J'ouvre le flacon pour verser un peu d'huile au creux de ma paume avant de bien fractionner pour la chauffer. J'applique doucement mes mains sur sa peau qui réagit instantanément à ce contact. Son souffle ralentit, sa tête tombe en arrière sur mon épaule. Ses muscles se détendent petit à petit. Elle gémit même de soulagement par moments. Quand son ventre a retrouvé un peu de sa souplesse habituelle, que plus aucun spasme ne la torture, je reste là, les mains poisseuses couvrant son épiderme. Aucune idée du temps que je passe à la bercer en suivant distraitement le film. 

Avant d'aller nous coucher, je lui sers une tisane, accompagnée

de deux comprimés d'Antadys 25 Ⓡ, vestige de mon ancienne vie, qui trônait au fond de mon armoire à pharmacie. Ces minuscules pilules bleues m'ont sauvé la mise plus d'une fois par le passé. Le cachet bleu, maintenant la pompe… Toujours est-il que l'important pour le moment est qu'elle lui permette de passer une bonne nuit. Ce soir, c’est câlin, dodo et rien d'autre.

 

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