Love not s'Cam

Marie Tavernier · Chapitre 43 sur 51

Pages du PDF

Love not s'Cam

Chapitre 42

 

Camille

 

“Tu es de ma famille

De mon ordre et de mon rang

Celle que j’ai choisie

Celle que je ressens

Dans cette armée de simples gens

Tu es de ma famille

Bien plus que celle du sang”

Jean-Jacques Goldman - Famille

 

C'est la catastrophe ! Je cours partout. Je sue, j'angoisse, je brique, je frotte. Cette journée va me mettre sur les rotules. Pourquoi ? Eh ben peut-être parce que la mère de Théo sera là dans quelques heures. Ce couillon m'a prévenue hier soir, à la cool, entre la poire et le fromage. Inutile de préciser que je n'ai pas fermé l'œil de la nuit. Je me suis levée aux aurores pour ranger le peu de bazar qui traînait et pour tout nettoyer. Quand je vois comme le fils est maniaque, j'imagine que le fruit n'est probablement pas tombé loin de l'arbre. 

Des bruits de pas m'indiquent qu'il est levé. Je me tourne pour le voir tituber, les yeux embués de sommeil. Impossible de ne pas me mordiller la lèvre devant cette vision sexy à mort. Pieds nus, un caleçon pour seul vêtement, j'en baverais presque. Je regrette d'être tombée du lit à présent. Dire que j'aurais pu commencer ma matinée sur ce corps magnifique… ou dessous, les deux me conviennent. 

Arrivé à ma hauteur, ses bras s'écroulent autour de moi. Je respire son odeur, caresse son dos, les lèvres collées à son cou. Son menton calé sur mon épaule, il semble finir sa nuit debout.

— T'es chiante, je me suis réveillé tout seul. J'ai horreur de ne pas te trouver dans le lit.

Ses doigts se resserrent pour appuyer ses propos. Je glisse mes ongles dans sa nuque, je sais qu'il adore ça.

— Je ne pouvais plus dormir et je ne voulais pas te réveiller. 

— Pourtant, à une heure du matin, ça ne t'a pas dérangé…

Son insinuation coquine me tire un sourire mutin. Effectivement, il est probable que je l'ai légèrement secoué durant mon insomnie, à la recherche de réconfort. 

— Justement, tu as tellement bien donné de ta personne que je me suis dit qu'un peu de dodo en plus te ferait du bien.

Ma langue attire le lobe de son oreille entre mes lèvres. L'effet est immédiat. Il siffle entre ses dents. Frissons, contraction de ses muscles, il réagit au quart de tour. 

— Je suis tout disposé à recommencer… et pas seulement pour t'éviter de t'attaquer à l'évier à la brosse à dents ! Tu penses que je ne t’ai pas entendue ?

OK, mon anxiété est palpable à ce point. J'honorerais volontiers sa proposition, seulement, nous manquons de temps et ça n'a pas l'air de le perturber, le pépère.

— Tu sais comme moi que j'aimerais ça par-dessus tout, mais je ne tiens pas à ce que ta mère nous surprenne en pleine action. J'ai déjà peur qu'elle ne m'aime pas, on ne va pas en rajouter !

Les traits de Théo se font tout à coup très solennels. 

— Bébé, si tu veux éviter que je ne me fâche après toi, ne dis plus de telles sottises. Elle t'aime déjà et elle t'aimera encore plus après t'avoir rencontrée. Tu rends son fils plus heureux qu'il ne l'a jamais été. C'est tout ce qu'elle demande.

J'imagine que cet aveu devrait me rassurer, mais non, j'ai la trouille. On a trop fait de mal à Théo par le passé. Je pourrais comprendre qu'elle se méfie. C'est sûrement ainsi que je réagirais en tant que mère à sa place. Il me l'a tellement dépeinte comme une femme exceptionnelle que je me sens toute petite à côté, même si je ne l'ai jamais vue qu'en photo. 

Afin de faire diversion, je propose à mon amoureux de prendre son petit déjeuner pendant que je prévois de vider le sèche-linge. Loupé, je termine assise sur ses genoux, forcée à m'alimenter en sa compagnie. Il ne veut que je ne touche à rien, promettant de gérer lui-même la machine. Je me laisse aller contre son corps, heureuse du soutien qu'il m'offre. 

La mère de Théo est pile à l'heure. Carole est une très belle femme. Naturelle, sans artifice, exactement comme je l'imaginais. Son regard est identique à celui de son fils. Bienveillant, doux, mais à la fois fort et inébranlable. Ce petit bout de femme à peine plus rond et grand que moi est resplendissant. 

Dès qu'elle passe la porte, elle se rue littéralement sur Théo pour le serrer dans ses bras. L'amour qu'elle lui porte envahit la pièce. Elle lui chuchote quelque chose à l'oreille que je suis trop loin pour entendre, tout comme la réponse de mon homme. Leur bref échange terminé, elle le lâche pour avancer rapidement dans ma direction. 

— Alors, c'est toi, la jolie Camille ? Théo n'a pas menti, tu es vraiment très belle. Approche, que je te fasse un câlin. 

Elle me tend les bras avec une aisance déconcertante. Plus étonnant encore, moi qui n'ai jamais connu cela avec ma propre génitrice, je l'étreins avec grand plaisir. Un souvenir de ma première rencontre avec Théo me revient en mémoire. Je ressens le même bien-être en sa présence qu'en celle de son fils. Comme si toute cette situation était naturelle, écrite. Sa voix maternelle s'invite discrètement à mon oreille.

— Merci, ma jolie. Merci de rendre mon garçon heureux. Je sens qu'on va bien s'entendre toutes les deux. 

Les larmes me montent presque aux yeux quand elle me libère de ses bras. D'autres mains glissent autour de ma taille. Un torse ferme, que mon cœur reconnaîtra toujours au moindre contact, me soutient.

— M'man ! Si tu commences à me la faire pleurer maintenant, on est mal ! Le week-end promet d'être long !

Nous rions tous en chœur en nous dirigeant vers la cuisine. Nous avons préparé un repas rapide sans prétention, mais avec de bons produits. 

Tous les sujets possibles et imaginables y passent pendant que nous mangeons. Carole s'intéresse à tout, c'est une mine de savoir. Elle m'avoue, sur le ton de la confidence, avoir une passion pour la lecture. D'après Théo, elle lit tout ce qui lui passe sous la main, même les notices barbantes. Il récolte un taquet derrière le crâne pour sa boutade alors que je lui lance un morceau de pain au visage. En bonne prof que je suis, je ne peux pas cautionner sa blague. Il n'empêche que l'hilarité est de mise. 

— Hey ! Vous voilà deux à me martyriser maintenant !

J'éclate de rire, à l'instar de Carole. 

— Oh oui ! On y croit ! J'irai me coucher ce soir pour te plaindre !

Je comprends d'où vient son répondant, il a de qui tenir. Les vannes fusent de toute part avant que la mère de Théo ne change de sujet. 

— Au fait, Camille, mon petit doigt m'a raconté que tu te recyclais en infirmière ces derniers temps ?

Je rougis au souvenir de mon coup de chaud, la seringue en main. 

— Oh non ! Je ferais une bien piètre soignante. Toutefois, pour Théo, je recommencerai les yeux fermés. 

— Ah non ! Si tu fermes les yeux, ça ne va pas le faire…

Nouvelle claque sur la tête.

— Tais-toi ! Tu as très bien compris ce qu'elle a dit, couillon. 

La conversation part de nouveau dans tous les sens. Théo aborde même le sujet de mon roman, qui d'ailleurs, avance plutôt bien. Enfin, selon lui. Personnellement, je ne suis toujours pas convaincue. Carole, en revanche, insiste pour découvrir mon manuscrit. Face à leur insistance, je finis par céder.

Pas le temps de profiter de leur réaction que mon portable se met à sonner. Visiblement, une mère en amène une autre. Le nom de la mienne flotte sur mon écran. Comme toujours, j'angoisse à l'idée de décrocher. Le coup de coude de Théo m'incite pourtant à répondre. Sa voix m'agresse immédiatement. 

— Camille ! Ce n'est pas trop tôt ! Qu'as-tu de si important à faire pour mettre un temps pareil à répondre ?

— Euh… bonjour…

J'enrage de devoir lui rappeler le principe élémentaire qu’est la politesse.

— Bonjour ! C'est vrai. Maintenant que j'ai ton attention, je te prie de faire l'effort de noter. Tu es attendue demain pour le dîner. Tu as déjà eu le culot de ne pas te présenter pour ton anniversaire, la moindre des choses est de l'être pour celui de ton beau-frère !

Qu'est-ce que c'est que cette invention encore ? Depuis quand doit-on se mettre en grande pompe pour l'anniversaire du mari de ma sœur ? Je suis prête à parier qu'une promotion et un coup de pub pour le groupe de mon père n'y sont pas étrangers. 

— Maman… c'est-à-dire que nous recevons la mère de Théo ce week-end… tu comprends, nous ne pouvons pas la laisser seule alors qu'elle a fait le déplacement. Je vais devoir…

— Tu vas devoir faire un choix ! Ou tu te présentes seule, ou avec eux deux, mais tu seras là. Ce point n'est pas négociable. Et puisque tu sembles en être aux présentations avec la famille de ta nouvelle connaissance, autant que nous ne soyons pas mis sur la touche. Évidemment, Jordan sera des nôtres et n'appréciera sûrement pas cet affront. Que veux-tu que je te dise ? Tu t'évertues à nous mettre dans l'embarras, je m'en accommoderai, tant pis.

Tout dans sa dernière tirade me hérisse les poils. "Nouvelle connaissance" pour désigner l'amour de ma vie. La présence de Jordan et que ma mère se préoccupe de la manière dont il accueillera la nouvelle. Qu’est-ce que j'en ai à foutre ! 

— Je vais voir avec Théo et Carole. Je te redis plus tard, nous étions occupés. 

— C’est tout vu, nous servons l'apéritif à midi pétantes. À demain. 

Elle raccroche sans me laisser le choix. J'ai envie de trépigner comme une gosse mal élevée. En même temps, vu ma mère, on ne pourrait pas m'en vouloir. Pour une fois, elle et moi serions raccord. 

— Un problème, Ti Chou ? Tu tires une drôle de tête.

La voix de Théo me sort de mes idées de merde. Je soupire avant de lui expliquer la situation. Carole est toujours absorbée par sa lecture. Il me soutient qu'ils viendront avec moi demain, usant de toutes les paroles réconfortantes pour me rassurer. Mon homme a assisté à plusieurs de nos échanges, assez pour avoir saisi la nature de notre relation conflictuelle. 

Quand elle nous rejoint, émue à en pleurer, sa mère me serre contre son cœur. 

— Ta plume est addictive, ma jolie. Quant à ton histoire… je n'ai pas les mots, si ce n’est que j'attends la suite avec impatience.

Elle marque une pause avant de reprendre alors que je lutte pour ne pas pleurer. Elle sait comme moi que cette histoire n'est pas un simple roman. C'est l'histoire de ma rencontre avec l'Amour, celui avec un A indélébile. 

— Quant à ta mère, je ferai mon possible pour ne pas lui dire ce que je pense de la manière dont elle te traite. Eh oui… elle a encore une bonne ouïe la vieille. 

Est-ce possible de rire et pleurer en même temps ? Eh bien oui. Sa blague me fait autant rire que son soutien me touche. Finalement, accompagnée d'eux, je ne crains rien. 

 

OceanofPDF.com