Love not s'Cam
(Sans titre)
Chapitre 20
Théo
“Nothing's fine, I'm torn I'm all out of faith
This is how I feel I'm cold and I am shamed
Lying naked on the floor
Illusion never changed into something real
I'm wide awake and I can see
The perfect sky is torn
You're a little late I'm already torn”
Natalie Imbroglia - Torn15
Cette soirée est au-delà de mes attentes. Je tords du cul dans une danse incertaine sans aucun doute au comble du ridicule, tandis que je dresse mon dessert. Le cadeau de Camille fait office de décoration, posé sur le bord de l’assiette. Ce n’est pas grand-chose, une petite babiole, mais j’espère qu’elle lui plaira. Quand je suis tombé sur ce marque page en argent avec ses petites breloques personnalisables, j’ai tout de suite pensé à elle. Je lui ai mis un minuscule pinceau pour rappeler le vernis qu’elle arbore souvent sur ses ongles toujours impeccables, un stylo en rappel à son travail et un livre. Classique, efficace.
En levant le nez sur l’horloge, je me rends compte qu’elle est partie aux toilettes depuis un bon moment déjà. Espérons que ma Miss catastrophe ne soit pas tombée dans le trou, ce serait le pompon. En même temps, ça m’arrange qu’elle prenne son temps, ainsi je peux peaufiner mon œuvre d’art culinaire.
Une poignée de secondes plus tard, alors que j’appose la touche finale, j’entends une porte claquer. Elle n’y est pas allée de main morte ! Ça m’amuse en vérité, tellement typique d'elle. Elle est la douceur incarnée et parfois, allez savoir pourquoi, son petit côté brut ressort. Ma mini Hulk à moi.
Bien que j’aie pu entendre qu’elle était sortie de ma salle d’eau, je ne la vois toujours pas arriver. Elle ne serait tout de même pas perdue dans l’appartement ? Quatre-vingts mètres carrés, il ne faut pas déconner non plus. Mon dressage terminé, je l’appelle tout en la cherchant.
— Ça va, Ti Chou ? Tu as besoin de quelque chose ?
Pas de réponse. Je me permets de frapper à la porte… qui s’ouvre sous le premier coup. Elle n’est pas là, ce n’est donc pas cette porte que j’ai entendue calquer. Tout à coup, j’angoisse. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais un mauvais pressentiment m’oppresse. En avisant le couloir, je vois mon courrier à moitié renversé sous la console. Je le ramasse machinalement, le repose puis retourne en arrière pour constater que son sac n’est plus là. Elle… Putain ! Camille s’est barrée ? Comme ça ? Ce n’est pas possible ! Tout allait bien avant qu’elle n’ait envie de pisser.
Sa mère lui a peut-être piqué une crise. Mais dans ce cas, elle m’aurait prévenu, non ? C’est plus fort que moi, je refais le tour de mon appartement en l’appelant encore et encore complètement déboussolé. Je ne néglige aucun recoin mais force est de constater qu'elle n’est nulle part. Envolée. Je tourne en rond sans rien piger. Toute la soirée repasse dans ma tête. Que dalle ! Pas un seul instant je ne vois ce qui a pu merder.
Ma poitrine est si serrée que je peine à respirer, mes mains ne tiennent pas en place. Je m’arrache les cheveux pour chercher une explication qui ne vient pas. Me remettant en mouvement après être resté prostré dans ce putain de couloir, je récupère mon téléphone sur la table basse.
Pas un message, pas un coup de fil. Le néant. Elle s'est bel et bien taillée sans explications. Je me laisse choir sur le canapé comme un pantin désarticulé. Mon cœur cogne, mes méninges moulinent à plein tube. Je clique sur son nom dans mon répertoire. Ça sonne. Répondeur. Putain fait chier ! À la quatrième tentative, elle m'envoie carrément sur messagerie. J'aurais besoin de l'avoir de vive voix mais je ne peux pas me taire. Je me mets donc à déblatérer sur sa boîte vocale.
— Camille, où es-tu ? Je ne comprends pas. Tu as filé sans un mot. Tellement vite que ta veste est encore là en plus. Viens la récupérer. S’il te plaît. Il faut qu’on se parle. Peu importe ce qui s’est passé. Je ne t’en veux pas, j’ai…
Ma voix se casse, parler à sa boîte vocale ne me suffit pas, mais je ne veux pas la perdre. Surtout sans savoir pourquoi. Je lui ai caché trop de choses, par conséquent je ne suis pas serein.
— J’ai juste peur, reprends-je abattu, rappelle-moi.
Je raccroche, incapable d’en dire plus. Là, tout de suite, j’aimerais pleurer un bon coup mais ça ne vient pas. Des années que ces foutues larmes sont tapies au plus profond de mon être sans vouloir sortir. Je me sens lourd, j’aurais besoin de me décharger. Si seulement je savais encore comment m’y prendre.
Démuni, désemparé, il m’est impossible de rester ici à attendre. Je chope mes clés à l’arrache, puis sors en courant. Par automatisme, je vais jusque chez elle. En bas de son immeuble, je sonne frénétiquement à l’interphone. Je n’obtiens aucune réponse et pourtant, je continue de marteler ce putain de bouton. Si elle est là, Camille finira peut-être par céder. Je me fais l’effet d’un fou, d’un harceleur à m’exciter de la sorte, mais je ne peux pas me résoudre à lâcher l’affaire. Je veux, j’ai besoin d’une discussion, de m’assurer que ce n’est pas moi qu’elle fuit comme ça. Au bout de plusieurs minutes, c’est l’inquiétude qui prend le dessus et m’assaille. Lui est-il arrivé quelque chose ? Si elle avait eu un gros problème ? Elle a peut-être besoin d’aide.
Je finis par traverser la rue dans le but de prendre du recul pour aviser ses fenêtres. Pas de lumière. Pas âme qui vive au septième étage. Bordel elle est où ??
Je m’acharne à nouveau sur son portable sans plus de succès. Je vais devenir dingue.
Me voilà à arpenter la ville à sa recherche. Je balaie tous les endroits qu’on a pu fréquenter ensemble. Je fouille le bar dans lequel je l’ai retrouvée complètement torchée il n’y a pas si longtemps. Elle s’est carrément évaporée. Je ne peux pas faire plus, si j'insiste encore je vais finir amener de force avec une jolie chemise blanche dont les bras s'attachent dans le dos. Je reprends donc, impuissant, le chemin de mon appartement. Camille n'est nulle part et mon imagination invente tout un tas d’histoires plus ahurissantes les unes que les autres jusqu’à ce que je me heurte à ce constat qui m’achève : elle m’a quitté.
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