Love not s'Cam

Marie Tavernier · Chapitre 42 sur 51

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Love not s'Cam

Chapitre 41

 

Théo

 

“Because maybe

You’re gonna be the one that saves me

And after all

You’re my wonderwall”

Oasis - Wonderwall29

Je suis un homme faible, un véritable canard avec ma nana. À croire que j'aime me foutre dans la merde, ce n’est pas possible autrement. 

La demoiselle a lu sur internet qu'elle pouvait apprendre à faire les injections avec une formation dispensée par l'infirmière. Jusqu'où l'a menée cette information à votre avis ? Exactement ! Elle veut essayer maintenant. Depuis le réveil, elle me bassine avec ça. Et moi, glandu que je suis, j'ai accepté. Je n'ai pas toujours la lumière à

tous les étages ! Avec un peu de bol, Valérie, l’IDE30, refusera. Elle est ma seule planche de salut sur ce coup. Le pire, c’est quand je pense à ses côtés miss catastrophe et bourrins ! Mon cul va finir aussi troué qu'une passoire avec elle. Si ce n’est pas la preuve de mon amour de mettre les deux pieds dans une mouise pareille. Ma Camille, elle, est toute contente. Son enthousiasme à la perspective de me percer le cuir est presque flippante. En parlant de flippe, vu comme elle a tendance à paniquer pour un oui et un non, je suis prêt à parier qu'elle est foutue de fermer les yeux. 

Il faut la voir toute câline et mielleuse. Elle ne m'a pas lâché de la matinée. Va savoir qui elle tente de rassurer. Je m’en fiche après tout. Je prends chacune de ses attentions. La main au cul pendant que je préparais le café, le bisou dans le cou quand elle s'est levée pour prendre le beurre dans le frigo, sa tête sur mon épaule maintenant alors que je bosse. Elle n'est jamais assez près de moi, quoi que j’entreprenne.

Quand Valérie sonne à l'interphone, mon stress augmente. Je me repasse en boucle tous les risques si Camille se loupe tout en essayant de garder mon sourire confiant. Pas simple et surtout, pas discret. En attendant que Valérie nous rejoigne à l'appartement, ma chérie m'attire pour un câlin. Elle dépose quelques baisers sur ma joue avant de se blottir contre moi. J'adore qu'elle se fasse toute petite dans mes bras. Je ne suis peut-être pas très grand, mais je sais que nos silhouettes sont conçues l'une pour l'autre.

— Si tu ne le sens pas, mon Choupinou, laisse tomber. Je veux seulement que tu sois bien.

Qu'est-ce que je disais ? Mon subterfuge était vain. Elle a senti mon angoisse. Ce qu'elle n'avait pas prévu en revanche, c'est que je suis tout de même prêt à tenter le coup. Camille a raison sur un point, si elle sait me piquer, nous gagnerons en facilité d'organisation. Je compte bien l'emmener en vacances cet été, je n'aurai pas besoin de me creuser l'esprit pour que mes injections collent à notre planning. 

On frappe à la porte. Je vais ouvrir alors que Camille se met en retrait. Elle salue timidement la soignante qui investit les lieux en habituée. Cette dernière me suit depuis le début. Avec le temps, nous avons appris à nous connaître. 

— Salut, tu dois être Camille. Je suis Valérie, la tortionnaire. Enchantée ! dit-elle en toisant ma copine d'un air ravi

Sa boutade a le mérite de détendre ma jolie flipette. 

— Oui, c'est bien moi, enchantée également. 

Val part se laver les mains avant de préparer tout son matériel. En bon élève, je m'installe, sur le canapé, allongé sur le ventre, le jogging baissé juste ce qu'il faut. Il ne s'agit pas de faire briller la lune en plein jour non plus, un peu de tenue ! 

Perdu dans ma routine, je ne remarque pas tout de suite que ma jolie timide est recroquevillée sur une chaise. Elle n'osera pas demander. Je me redresse sur mes coudes pour l'interpeller. 

— Ti Chou, tu n'avais rien à demander à Valérie ?

Mon infirmière se tourne vers elle, avenante, comme toujours. 

— N'hésite pas, je ne mords pas, tu sais ?

Oula, grattage de poignet, tremblement dans le genou… elle n'est pas bien, ma belle. Je ris pour tenter de la détendre.

— Elle aimerait apprendre à me piquer, si tu veux bien.

Valérie sautille presque sur place. L'idée semble lui plaire. 

— C’est génial ! Théo, c'est cette femme-là qu'il te faut ! Si elle est prête à faire ça, c'est que c'est la bonne, tu peux me croire !

Elle invite Camille à s'approcher. 

— Viens par ici, n'aie pas peur. Je vais tout t'expliquer.

La femme de ma vie s'avance, semblant reprendre du poil de la bête. S'ensuit un cours théorique très approfondi. Valérie donne des cours dans une école d'infirmières en plus de son cabinet. Entre enseignantes, elles se comprennent. C'est d'ailleurs très touchant de les voir toutes les deux. 

Camille pose beaucoup de questions, tant sur les différentes étapes que sur les raisons de chacune d'elles. Je reste coi devant sa capacité d'assimilation. Calme, elle ne panique pas, s'applique en bonne élève. C'est elle qui prépare l'ampoule sous la directive de Val. Je ne perds pas une miette de leur échange. Étrangement, quand vient le moment de passer le coton d'alcool, je n'ai pas peur. L'ambiance générale sereine m'apaise. J'en viens même à faire de l'humour. 

— Aïe ! Oh putain, c'est gelé !

Camille se fige en apposant sa main libre sur le bas de mon dos. 

— Pardon, mon Choupinou !

Eh merde, je lui ai foutu la trouille. Quel con quand je m'y mets. Un air affolé plane dans ses iris.

— Je rigole, bébé, tout va bien !

Je ris, Val aussi, mais ma demoiselle beaucoup moins. Elle me claque l'arrière de la tête. 

— T'es con ! Tu m'as foutu la trouille !

— Tu vois, Val ? Je suis un homme battu.

Cette dernière lève les yeux au ciel. Camille se détend enfin en rigolant.

L'avantage, c'est que le taquet que je viens de me manger semble lui avoir rendu son calme. Valérie lui pointe l'endroit exact et l'angle à suivre pour percer mon cul avec l'énorme aiguille. Oui, énorme ! L'injection est intramusculaire, il faut suffisamment de longueurs pour traverser les tissus et atteindre mon muscle fessier hyper contracté pour l'instant. La trouille ? Absolument ! Si bien que je me fais engueuler par Valérie. 

— Eh, oh, chochotte ! Tu nous laisses bosser, oui ? Comment veux-tu qu'elle y arrive si tu serres les miches comme ça ?

Camille perd de sa superbe.

— On n'est pas obligés, chéri. Je peux très bien rendre la seringue à Valérie.

— Non ! Si tu te sens capable, j’ai confiance en toi. Vas-y, je ne bougerai pas, promis. 

Je tente de la rassurer. Si je continue mes conneries, jamais elle n'aura le courage d'aller au bout.

Val lui répète les instructions sur un ton apaisant. Camille inspire profondément, par mimétisme, j'en fais de même. Puis soudain, elle pique ! Ça y est, elle y est. Lentement, je sens le liquide préalablement réchauffé dans ses mains s'insinuer dans mon muscle. Je souffle doucement, au même rythme qu'elle. J'appréhende le retrait de l'aiguille, si elle part de travers, je vais le sentir passer. Mais je ne dis rien cette fois, concentré à mon maximum. Tellement concentré que je réalise que c'est fini quand le coton mouillé d'alcool vient lécher ma peau. Je n'ai pas eu mal. Elle a agi comme une pro. Elle masse la zone pour permettre au produit une meilleure diffusion, comme indiqué par l'infirmière. Tout de suite après, oubliant certainement que nous avons une spectatrice, elle colle ses lèvres sur le bas de mon dos dénudé avant de remonter mon pantalon pour couvrir mes fesses. Cette marque de tendresse est la bienvenue, aussi nécessaire pour elle que pour moi. 

Je suis ému de ce qu'elle vient d'accomplir. Pour nous, pour notre avenir ensemble. Ce geste est à lui seul la promesse de notre vie future, le symbole de notre couple. Si je n’ai pas prévu de me passer des services de Valérie tout de suite, Camille le refera, un nombre incalculable de fois, j'en suis persuadé. Si j'ai balisé jusqu'au bout, maintenant, je suis soulagé. Comme toujours, son cœur a su taire son côté peureux et maladroit. Quand il s'agit de nous, elle est juste parfaite. 

Je me retourne pour m'asseoir. Nos yeux s'accrochent. Un instant de flottement où les mots ne sont pas utiles. Les trois mots qui bousculent nos cœurs flottent dans nos yeux cristallins. Si nous n'étions pas seuls, je l'aurais déjà basculée sur le canapé et pris ses lèvres pulpeuses d'assaut. 

Percevant l'électricité entre nous, Valérie se racle la gorge.

— Bon, les amoureux, je vais vous laisser tranquilles. Beau travail, Camille. Tu peux être fière de toi.

— Moi je le suis.

Mes paroles sont sorties toutes seules de ma bouche. Je reporte ensuite mon attention sur mon infirmière.

— Tu ne veux pas boire un café avant d'y aller ?

C'est notre tradition. En général, elle commence par me torturer et je la remercie ensuite en lui offrant une tasse fumante. Étrange compromis, non ?

— C’est gentil, mais pas aujourd'hui, Théo. Vous avez besoin de vous retrouver, c'est une étape importante pour vous, me répond-elle en nous souriant à tout de rôle

Je la remercie silencieusement en la raccompagnant à la porte. Camille la remercie pour tout avant de disparaître dans la cuisine. Avant de sortir, Val pose sa main sur mon avant-bras. 

— Soyez heureux, tous les deux. Je suis tellement contente pour toi, Théo, tu le mérites.

Je ne réponds rien, mon regard parle pour moi. Elle ne perd pas de temps pour appeler l'ascenseur et voler vers un autre patient.

Mes pas me ramènent au salon où je retrouve mon amour, les jambes ramenées sous son menton, qui m'attend. Elle est magnifique. Je prends le temps de la contempler avant que mon corps ne tienne plus d'être aussi loin d'elle. Je me dépêche de l'attirer à moi pour l'envelopper de mes bras. 

— Ça va, toi ?

Elle hoche la tête, cognant ma mâchoire avec le haut de son crâne. Son couinement immédiat provoque mon hilarité. 

— T'as tout donné niveau self-control, hein ?

Ma moquerie me vaut une tape sur le torse. Décidément, elle passe sa vie à me taper dessus aujourd'hui ! Enfin… je cherche aussi et ce n’est que le début. J’en fais la promesse !

 

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