Mémoires de Aimée de Coigny

Aimée de Coigny · Chapitre 18 sur 19

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Mémoires de Aimée de Coigny

La Branche Cadette

importantes et rédigées avec l'exactitude qu'il apporte dans toutes

ses études d'histoire.

 

Le duc Gustave, qui mourut le 2 mai 1865, légua son titre à celui

de ses petits-neveux, enfants de sa sœur, la maréchale Sebastiani,

qui relèverait son nom.

 

LA BRANCHE CADETTE

 

Le comte Augustin-Gabriel de Coigny, chevalier d'honneur de

madame Élisabeth, avait par son mariage avec Josèphe de Boissy

arrondi sa fortune. Il avait hôtel à Paris, rue Saint-Nicaise, et en Brie

la terre de Mareuil achetée, le 13 juillet 1771, du marquis de

Chazeron. Le domaine était considérable et le château avait été bâti

au temps de la Renaissance par la duchesse d'Alençon.

Le comte de Coigny eut pour principale occupation de dessiner

des jardins. Il fut un des premiers qui aux tracés géométriques où

l'on enfermait et contraignait la nature, préférèrent les lignes et les

plantations où l'on s'efforçait de la comprendre et de la respecter. Le

comte s'ingénia à embellir son domaine en le transformant. Son goût

devint célèbre et ses travaux à Mareuil passaient pour une merveille,

que le chevalier de l'Isle a décrite en vers enthousiastes.

La fortune réunie du comte et de Josèphe de Boissy était

destinée à Aimée de Coigny, leur fille unique, et même lui appartint

pour partie dès 1775, à la mort de sa mère. Il ne sera pas superflu

de donner ici un extrait de l'inventaire dressé alors et où se trouvent

d'intéressants détails sur les parures, les vêtements, le mobilier et la

décoration des pièces au e XVIII siècle.

 

INVENTAIRE DE MADAME LA COMTESSE DE

 

COIGNY

dressé par M e Piquais, notaire à Paris, et M e

 

Guillaumont.

 

L'an mil sept cent soixante-quinze, le lundi trente octobre, trois

heures de relevée, à la requête de très haut et très puissant

seigneur Augustin-Gabriel de Franquetot, comte de Coigny, brigadier

des armées du Roy, gouverneur des ville et château de Fougères,

en Bretagne, tant en son nom à cause de la communauté de biens

qui a existé entre lui et feue très haute et très puissante dame

Josèphe-Michel de Boissy, comtesse de Coigny, son épouse, qu'au

nom et comme tuteur honoraire de très haute et très puissante

demoiselle Anne-Françoise-Aymée de Franquetot de Coigny, sa fille

mineure et de ladite feue son épouse.

Et en la présence de Louis-Vincent-Benoiston de Châteauneuf,

au nom et comme tuteur honoraire de mad. demoiselle de Coigny, et

d'Antoine-Denis Goblain, écuyer, au nom et comme subrogé-tuteur

de ladite Mad. demoiselle de Coigny.

Mad. demoiselle de Coigny habile à se dire et porter seulle

héritière de madame veuve comtesse de Coigny, sa mère.

A la conservation des droits desdites parties et de tous autres

qu'il appartiendra, il va être procédé par les consers notaires du Roy

et pour les soussignés, être fait inventaire et description de tous les

biens, meubles meublants, titres papiers et autres effets

généralement quelconques dépendant de la communauté de biens

d'entre ledit seigneur comte de Coigny et ladite dame son épouse et

de la succession de ladite dame, trouvés et étant dans l'appartement

qu'occupe ledit comte de Coigny et où ladite dame son épouse est

décédée le 23 du présent mois d'octobre, appartement dépendant

de l'hôtel situé à Paris, rue Saint-Nicaise, paroisse de Saint-

Germain-l'Auxerrois.

 

Dans un salon de compagnie ayant vue sur la rue: une

grille de feu en deux parties, pelle, pincettes et tenailles de fer poly partie garnie en cuivre; une paire de bras de cheminée à

deux branches en cuivre doré; une paire de flambeaux à la

grecque, aussi en cuivre doré, prisé le tout

Livres 60

Un pot à l'eau et sa cuvette de porcelaine blanche de

Sèvres à bords dorés; deux grands vases à l'ancienne

porcelaine de Chine, montés sur leurs socs de cuivre doré

d'or moulu; deux cocqs aussi d'ancienne porcelaine aussi

montés sur leurs socs et cinq figures de Chine toutes

mutilées, prisé le tout

Livres 160

Un secrétaire en armoire en bois peint façon de laque

garny de bronze et carderon de cuivre d'or moulu et à dessus

de marbre sanguin; une petite table à secrétaire en bois de

rose; un écran à tablette, prisé le tout

Livres 120

Six fauteuils à bois dorés foncés en crin, couverts de

damas cramoisy; une chaise longue en deux parties foncée

en crin, garnie de matelas et coussins, le tout couvert de

velours cizelé de trois couleurs; une tenture (paravent) en

cinq parties de papier velouté, collé sur toille, deux rideaux en

quatre parties de deux leys chacun, sur trois aunes et un

quart de haut en taffetas en carreaux cramoisy et blanc, prisé

le tout

Livres 240

Dans une chambre à coucher ensuite ayant même vue,

une grille de feu à deux parties, pelle, pincette et tenailles de

fer poly avec ornements de cuivre doré, une paire de bras de

cheminée à deux branches de cuivre en couleur, prisé le tout

Livres 80

Une bergère et quatre fauteuils à bois rechampy, foncés

de crin et couverts de velours d'Utrech verd; une couchette à

deux dossiers à fond sangle, la housse du lit en baldaquin de

damas verd, avec rideaux de serge de pareille couleur, deux rideaux en quatre parties de taffetas de Florence verd et bleu;

huits leys de tenture sur deux aunes un quart de haut en

damas à palmes verd, prisé le tout

Livres 400

A l'égard de six tableaux, tant pastels que peints à l'huile,

portraits d'hommes et femmes, il n'en a été fait aucune

prisée, comme portraits de famille.

Une lanterne de veille garnie de cuivre doré, prisée

Livres 20

Dans une garde-robe, à côté, ayant vue sur la rue: une

table de nuit en noyer et à dessus de marbre, un bidet et son

vase, une chaise de commodité en canne et son vase avec

coussins de peau rouge, prisé le tout

Livres 14

Dans une autre garde-robe, ayant aussi vue sur la rue:

une table de nuit de trois pieds de long, à dessus de marbre,

garnie de ses vases, une autre plus petite en placage et

garnye de deux marbres brèche d'Alep; un bidet en noyer à

dessus de maroquin, prisé le tout

Livres 50

Une tablette en encoignure, prisée

Livres 12

Chambre à coucher de madame, ayant vue sur la cour:

une grille de feu à deux parties, pelle, pincettes et tenailles de

fer poli avec ornements à recouvrements en cuivre doré d'or

moulu; une paire de bras de cheminée à trois branches aussi

de cuivre doré d'or moulu, prisé, avec une paire de flambeaux

en cuivre doré

Livres 160

Une commode en bois de Rapont et satinée et à dessus

de marbre rouge; une table en chesne; un fauteuil foncé de

crin couvert de panne cramoisye, prisé le tout

Livres 80

Deux fauteuils en cabriolets, six autres à coussins; deux

bergères et un canapé à deux places en bois peint en gris,

foncés de crin et couverts en damas de trois couleurs, six

pantières de trois lez chacune; six leys de tenture en quatre

morceaux sur deux aunes trois quarts de haut; un lit à

colonnes à la turque, composé de sa couchette sanglée à

bois doré de cinq pieds et demy de large, garny en dehors et

en dedans de quatre rideaux en quatre parties de deux lez

chacun sur trois aunes moins un quart de haut, de taffetas à

carreaux cramoisy et blanc; un tabouret bout de pieds couvert

de damas de trois couleurs et trois écrans de taffetas à

carreaux, prisé le tout

Livres 2.400

Une tasse à chocolat et sa soucoupe en porcelaine de

Sèvres, bords dorés; une tasse et sa soucoupe aussi en

porcelaine de Sèvres, fond blanc à fleurs; une autre couverte

de sa soucoupe en pareille porcelaine peinte en mosaïque;

une autre tasse couverte de sa soucoupe en porcelaine de

Saxe blanche dorée et à fleur, prisé le tout

Livres 80

Dans un cabinet de toilette ensuite: un chiffonnier à trois

tiroirs, en bois de placage et satiné, garny d'entrées de

serrures, carderons et sabots de cuivre doré; une commode à

la Régence à deux tiroirs en bois peint façon de laque garny

de carderon et sabots de cuivre doré et à dessus de marbre

brèche d'Alep; une petite table à écrins en bois de placage et

satiné; un guéridon en noyer et acajou, garny de deux

balustrades de cuivre doré se mouvant à crans; un petit

secrétaire à ravalement en bois de placage et au dessus un

marbre blanc; le tout prisé

Livres 144

Deux rideaux en quatre parties de deux lez et demy de

damas cramoisi, prisés

Livres 150

Dix estampes ponts de mer de Vernet sous verre et

bordure dorée et dix-sept autres estampes dont l'Accordée de

village, prisés

Livres 200

A l'égard de deux tableaux peints à l'huile représentant M.

et madame de Boissy dans leur bordure de bois doré, il n'en

a été fait aucune prisée comme portraits de famille.

Sous les remises, une diligence de campagne montée sur

un train à quatre roues, peinte en gris, à panneaux armoriés,

doublée en velours d'Utrecht gris à trois glaces, montée sur

des supentes en corne de cerf, prisée avec une paire de

harnais

Livres 480

Une chaise à porteur à panneaux gris aventurinés,

doublée en velours d'Utrecht bleu à trois glaces, prisée

Livres 120

Dans une des armoires cy-devant inventoriée suit la garde-

robe de madame la comtesse de Coigny:

Effets d'habillements divers estimés

Livres 6.000

Une garniture de robe composée de ses deux étolles,

grand volant chicorée, tour de robe, devants de corps,

manchettes à trois rangs, fichus, bavolets et deux barbes, le

tout de dentelles d'Angleterre; une paire de manchettes à

trois rangs de Valenciennes, une garniture et bavolet pareille

dentelle, fond entoillage, une paire de manchettes à trois

rangs fichus, devants de corps barbe, bavolet et fond, le tout

en point d'Argentan; deux paires de manchettes à trois rangs

d'Angleterre montées sur entoillage, deux coiffes de dentelle,

deux paires d'amadis garnyes de dentelles, deux fichus de

dentelles montés sur entoillage; onze bonnets ronds à deux

rangs garnis de différentes dentelles; un drap de lit de taffetas

couleur de soye, couverte de linon brodé, un drap de lit de

repos en taffetas couleur de soye garni de dentelle, un manteau de lit et un mantelet de dentelle doublé de taffetas

rose, deux taies d'oreiller garnies en dentelles, prisé le tout

ensemble

Livres 4.000

Bijoux à l'usage de madame la comtesse:

Une montre d'or, médaillon émaillé, fond azur, chiffre en or

avec un cordon de cheveux, prisé

Livres 240

Une toilette composée de son pot à l'eau, sa cuvette,

tasse à bouillon, deux boîtes à poudre, deux pots de

pommade, coffre à racine, deux flambeaux et leurs bobèches,

un plateau et deux gobelets couverts, le tout de l'argent,

poinçon de Paris, le tout pesant ensemble vingt-trois marcs,

prisé

Livres 1.177

Suivent les diamants dont la prisée va être faite par le

sieur Guilliaumont, maître orfèvre-joaillier, demeurant à Paris,

Cour-Neuve du Palais.

Un diamant brillant monté en bouton de col, prisé

Livres 1.000

Soixante-douze diamants montés en chaton, prisés

ensemble

Livres 3.000

Un collier de diamants brillants à trois rangs de chaton au

nombre de quatre-vingt trois, une chaîne de quatre diamants,

un petit nœud et une pendeloque, prisé le tout ensemble

Livres 8.000

Une paire de girandoles de diamants brillants, les boucles

et les pendeloques à simple entourage, prisé

Livres 8.000

Une paire d'anneaux d'oreilles et une épingle de diamants

brillants, prisées

Livres 400

Un médaillon et sa chaîne monté en or avec des diamants

rouges, prisé

Livres 120

Du dit jour, 8 novembre 1775:

Une corbeille garnie de soucis et fleurs en rubans, trois

sacs à ouvrage en taffetas, cannelés, brodés en soye or,

paillettes et paillons; six éventails en yvoir, partie incrustée, le

tout garny de papier et linon; deux toques et bonnets garnis

de fleurs et vabouk

Livres 40

Quatre croites de couche, trois linges de ventre et une

chemise de couche

Livres 8

Suit la garde-robe de M. le comte de Coigny:

Quarante-deux chemises tant de jour que de nuit, la

plupart à garniture, les autres garnies de batiste; six

pantalons tant en basin que mousseline brochés et rayés;

dix-huit tant vestes que gilets en toille de cachou et basin,

deux culottes de basin, trois pantalons en fil tricoté, prisé le

tout

Livres 280

Seize paires de bas de soie tant blancs que gris

Livres 90

Une veste de lanquin brodée en perse soye et or, deux

vestes de mousseline brodées en or, une veste de

gourgouran blanc brodée en soye de Coulteurs et vingt-

quatre paires de soye blanche

Livres 182

Un habit veste et culotte de petit velours de trois couleurs;

un autre habit veste et culotte de velours de quatre couleurs,

doublés en satin; un habit veste et culotte de drap fond or

ornés d'une broderie à paillettes et paillon, la veste fond

argent; un habit veste et deux culottes de drap fond argent à petites fleurs, l'habit doublé d'agneau et d'astrakan noir; un

habit veste et culotte de camelot noir; un habit et veste de

velours à la Reyne noir; un autre habit de velours de soye

noir; un habit veste et culotte de ratine brune doublée de

satin; un habit veste et culotte de drap d'Holande gris doublé

de satin bleu; un surtout de drap de chamois à brandebourgs,

boutonnières et boutons en or; un habit petit carrelé rayé

rouge et blanc, un fraque de camelot de soye, un habit veste

et culotte de prussienne; un surtout uniforme du petit

équipage de la chasse du Roy; un autre surtout de grand

équipage de la chasse du Roy; un autre surtout de grand

équipage et un surtout de la chasse du duc d'Orléans; un

domino de taffetas brun, prisés ensemble

Livres 2.200

Huit paires de manchettes de point d'Argentan, trois

paires de manchettes de toile d'Angleterre et six paires de

manchettes de filets garnies d'éfilés, prisées le tout

Livres 720

Suivent les bijoux à l'usage de M. le comte de Coigny:

Une épée à garde et poignée d'argent

Livres 30

Une autre épée à garde et poignée d'argent doré

Livres 30

Un couteau de chasse en bayonnette à manche d'ébène

garny en argent, prisé avec son ceinturon

Livres 12

Une paire de boucles de souliers et une à jarretière à

tours en or, chappes d'acier

Livres 192

Du lundi 20 novembre, an 1775.—Au château de Mareuil-en-

Brie.—Dans une chambre au pavillon rouge et en bas.

Une grille de feu en deux parties, pelle, pincette et tenaille

et un fauteuil en confessionnal foncé de crin, couvert de vieux damas cramoisi, six fauteuils à bras foncés de crin, avec

housse de damas cramoisy à galons de soie; un grand

fauteuil couvert de tapisserie de point à l'aiguille; quatre

pièces de tapisserie verdure servant de tenture; un lit,

traversins, couverture d'indienne piquée, la housse du lit à

l'impériale composé de son ciel, pente de dehors et de

dedans, fond, dossier, bonnes grâces, courte pointe, le tout à

pente de damas cramoisy orné d'un galon de soye jaune, le

surtout du lit en serge de pareille couleur, prisé le tout

Livres 544

Dans la chambre ensuite dite chambre rouge:

Un grand canapé à trois places, quatre chaises et huit

fauteuils couverts de serge cramoisye; dix-huit aulnes et

demy de court de camelot de laine, deux portières de camelot

moiré; un lit avec courtepointe de toile d'orange piquée, la

housse dudit lit en dedans de satin blanc; les tentes, bonnes

grâces et surtout en serge cramoisye, le tout orné d'un galon

d'or faux, prisé

Livres 540

Dans une garde-robe à côté:

Trois pièces de tapisserie de verdure, deux chaises, un

bidet, une chaise à commodité et une table de nuit, prisé

Livres 90

Dans un cabinet de toilette ayant vue sur les cascades:

Un canapé à trois places, quatre fauteuils à bras couverts

de tapisseries de point à l'aiguille, deux pièces de tapisseries

de verdure, un rideau en deux parties en toile damassée

encadrée d'indienne; une table de toilette garnie de son

miroir, carré, tapis et descente de toilette, prisé ensemble

Livres 12

Dans une salle de billard:

Quatre banquettes couvertes de tapisseries de point à

l'aiguille, un canapé et quatre fauteuils couverts de moquette,

quatre portières de moquette, huit morceaux de papier tontine servant de tenture, une table à pied rechampi et dessus de

marbre rame, un reverbère à huit mèches, un petit jeu de trou

madame, un billard de douze pieds de long sur cinq pieds

huit poulces de large garni de ses billes, masses, queues et

bistoquets, prisé

Livres 360

Dans un salon de compagnie ayant vue sur le jardin:

Un lustre à huit branches en cuivre doré d'or moulu, une

table de marbre sur son pied en bois rechampi et sculpté, un

miroir d'une seule glace hors de tain de quarante-huit poulces

de haut sur six de large dans sa bordure et chapiteau de

glace avec ornements de bois sculpté doré, prisé

Livres 360

Une niche à chien couverte de damas de trois couleurs,

un écran à tablette garni de papier de la Chine, un petit écran

de cheminée à quatre feuilles garni de taffetas de Florence

bleu, une table à écrire à bois de placage, une table de

brelan, quatre canapés à trois places, quatre bergères à

coussins et rondins, six chaises, douze fauteuils, le tout à

bois rechampi bleu et blanc, couverts tant en velours

d'Utrecht que damas bleu; huit portières de deux layes et

demi chacune damas bleu, douze parties de rideaux de deux

layes et demi chacune sur trois aulnes et demie de haut,

prisé

Livres 1.025

Une pendule dans sa boiste, sur son pied et surmontée de

son trophée, mousqueterie d'émail, à cadran de cuivre or,

prisé

Livres 96

Une paire de branches de cheminée à trois branches en

fer-blanc peint et à fleurs d'émail

Livres 8

Dans les caves sous le château:

Une pièce de vin rouge cru de basse Champagne contenant deux cent quarante bouteilles; une autre pièce de

vin rouge même cru; une pièce de vin blanc même cru et

même jauge, prisé

Livres 160

Mille vingt bouteilles en différents vins tant blancs que

rouges en vins d'Épernay, du Rhin, Mulsan, Auxerre, Rhums,

Ay, Langon et Malaga, ensemble

Livres 1.200

Quarante et une bouteilles d'eau-de-vie, prisé

Livres 20

 

Mais les malheurs publics et les fautes privées s'unissent pour

dissiper cette richesse. Pour Aimée, le désordre de la fortune alla de

pair avec celui des mœurs. La première atteinte fut, il est vrai,

l'œuvre de l'époux légitime. Le duc de Fleury gaspilla les ressources

mobilières de la communauté, jusqu'à vendre les diamants de sa

femme. L'hôtel de la rue Saint-Nicaise semble n'appartenir plus à la

famille dès 1793; c'est chez sa belle-mère, la duchesse douairière

de Fleury, rue Notre-Dame-des-Champs, qu'Aimée habite, même

quand elle a demandé le divorce contre son mari.

Du moins celui-ci avait-il laissé intactes à sa femme la terre de

Mareuil et ses bonnes fermes. Montrond coûta à Aimée les fermes,

qui disparurent dans des pertes de jeu. Restaient le château et le

parc; Aimée dut les vendre dès l'an X pour subvenir aux frais de son

existence commune avec Garat. Dès lors, elle fut, comme elle le dit,

une «pauvre citoyenne», d'abord logée, quand elle quitta Garat, par

la princesse de Vaudemont, puis installée place Beauvau, 88, dans

un appartement dont elle payait le loyer dix-huit cent francs. Dans

cette demeure étroite, quelques beaux meubles de famille et

quelques objets d'art restaient les témoins de l'ancienne opulence; le

contraste, image de sa vie, ne changea rien à son humeur, et, soit

orgueil, soit détachement, ces restes de splendeur, dans sa

médiocrité nouvelle, lui étaient des souvenirs et pas des regrets.

C'est là qu'elle recueillit, en fille toute dévouée et tendre, son père revenu d'émigration. Le placement de quelques capitaux, prix des

dernières ventes faites à Mareuil en l'an X, les secours accordés au

comte et peut-être à Aimée elle-même par le duc de Coigny,

deviennent les uniques ressources du père et de la fille [56] .

 

[56] Dans son testament Aimée a écrit: «Pour les petites

dettes de marchands ou autres qui resteraient à acquitter, je

désire que ma famille y fasse honneur sur une somme qu'elle

assignerait elle-même, supposant, par exemple, que j'eusse vécu

quatre ans, ce qui vraiment était dans les choses non seulement

probables, mais presque indiquées par mon âge et ma santé.»

Cela peut signifier également: ou que la famille est priée de

réserver pendant quatre ans, pour cette liquidation de comptes,

les revenus laissés par la testatrice; ou que la famille est priée de

verser encore pendant quatre ans la pension qu'elle servait à

Aimée de Coigny et d'éteindre ainsi les dettes.

 

Le comte mourut au retour des Bourbons, trop tôt pour qu'il fût

restitué en quelques-uns de ses biens et les transmît à sa fille. Pas

davantage elle ne put prendre sa part des faveurs accordées alors à

son ancien époux, le duc de Fleury, qui, fidèle compagnon de l'exil,

se trouva, dès la Restauration, premier gentilhomme de la chambre.

Si Aimée, en dépit de ses griefs et de ses torts, était demeurée,

même de loin et de nom seul, l'épouse de ce mari, si elle n'avait pas

contracté d'autres liens, elle eût été de moitié dans les avantages de

fortune et de rang restitués au duc, et elle les aurait payés d'un court

sacrifice, puisque le duc de Fleury mourut en 1816. Mais entre elle

et lui, comme entre elle et la Cour, le mariage de la duchesse de

Fleury avec Montrond avait mis de l'irréparable. Au lendemain du

jour où elle a, plus activement que la plupart des royalistes, travaillé

à la restauration de la monarchie, à l'heure où les Bourbons

dédommagent les plus inutiles de leurs partisans, Aimée de Coigny

reste ignorée de ceux qui reviennent.

Le sort ne s'occupe plus d'elle que pour la dépouiller une fois

encore. Un incendie dans l'appartement de la place Beauvau détruit

ou endommage ces restes de luxe et d'art, qui défendaient, de leur

élégant et frêle rempart, la grande dame contre les vulgarités de la

vie pauvre, fait disparaître les quelques titres de créances d'où elle tirait ses revenus, la chasse elle-même de sa demeure. Elle subit

cette humiliation d'être recueillie, rue de la Ville-l'Évêque, par cette

marquise de Coigny à qui autrefois elle a voulu enlever Lauzun. La

marquise, oubliant qu'elles avaient été rivales, pour se souvenir

qu'elles étaient parentes, lui ouvre sa maison.

C'est là qu'Aimée malade écrivit de sa main le testament que

voici:

 

«Aujourd'hui neuf janvier mil huit cent vingt, demeurant chez

ma cousine rue Ville-l'Évêque no 7, quartier du Roule, je

confirme la donation du billet de trois mille francs que j'ai fait à

Marie, ma femme de chambre, lui laissant le droit de réclamer

cette somme de trois mille francs six mois après ma mort. Plus

je reconnais la donation que je lui ai faite de meubles dont elle

jouissait place Beauvau et dont je n'ai pu revêtir l'inventaire de

ma signature. J'y ajoute un billet de mille francs qu'on lui

donnera quinze jours après ma mort.

»Mes dispositions précédentes étant consignées dans un

écrit, je les annule parce que plusieurs sont déjà remplies.

»Voici ce que je désire qu'il subsiste:

»1o Un diamant de cent louis au bon M. de Châteauneuf

auquel je lègue cette faible marque d'une reconnaissance qui

m'a suivie jusqu'au dernier moment;

»2o Tous mes livres, papiers, albâtres, porcelaines, à M. de

Boisgelin, auquel je lègue surtout, j'espère, la reconnaissance et

l'amitié de toute ma famille;

»3o Tout ce qui est argenterie à ma cousine. Elle retrouvera

dans ce petit fatras dépareillé des souvenirs sensibles de tous

les nôtres, depuis le maréchal de Coigny qui a secouru la noble

misère de son frère jusqu'aux attentions délicates de Gaston.

»J'aurais voulu léguer à mon oncle l'image de son excellent

frère; l'incendie nous en a privés.

»Que le maréchal de Coigny trouve ici l'expression d'une

reconnaissance qui ne peut être suspecte.

»Que Gaston et le général Sébastiani y trouvent aussi celle

d'un sentiment dont, j'espère, ils n'ont pas douté pendant ma vie

et que Gaston surtout acquierre bien la conviction que jamais,

jamais, et je le répète en ce moment solennel, aucun vil

commérage n'a pu me porter à dire du mal de lui à mon

respectable père.

»Je souhaite aussi que ma cousine apprenne ici ou se

confirme dans la pensée que, depuis que je suis née, je l'ai

aimée et que ce sentiment n'a jamais cessé d'exister jusqu'à ma

mort.

»Pour les petites dettes de marchands ou autres qui

resteraient à acquitter, je désire que ma famille y fasse honneur

sur une somme qu'elle assignerait elle-même, supposant, par

exemple, que j'eusse encore vécu quatre ans, ce qui vraiment

était dans les choses non seulement probables, mais presque

indiquées par mon âge et ma santé.

»Que M. le prince de Talleyrand, qui a la bonté de se

charger de remettre ce papier à M. le maréchal de Coigny, ce

papier qui sera lu devant lui par toute ma famille, reçoive par

elle et avec elle l'assurance des sentiments d'amitié dont il a

rempli mon cœur depuis qu'il m'a permis de le connaître tout à

fait et qu'il a bien voulu m'admettre dans son intimité.

 

»AIMÉE DE COIGNY.»

 

L'essentiel manque à ces dernières pensées, puisque l'approche

de la mort n'inspire à cette femme aucune sollicitude de l'au delà.

Mais du moins le calme de sa fin sans espérances a-t-il la gravité

décente de vertus tout humaines. Les liens du sang, qu'elle a

respectés par son amour filial, mais que, cette affection exceptée,

elle a tenu pour nuls, lui deviennent réels et chers. Dans la suite des

aventures où s'égarait son cœur, elle n'a trouvé stables que ces

affections maintenues par la solidarité de la race. Si calmes, si

tièdes qu'elles aient été pour ses malheurs, du moins ne lui sont-

elles pas restées étrangères et, grâce à elles, ses derniers jours ne connaissent pas la cruauté du complet abandon. Cette tardive

douceur apprend à cette femme plus de justice pour la famille dont

elle a si longtemps fui les servitudes et méconnu l'utilité. Dans cette

demeure où les siens l'ont amenée, dans ce lit où ils la soignent, elle

se sent associée à un nom, à un rang, à des souvenirs, à des

intérêts qui n'appartiennent pas à elle seule. Et il lui paraît juste que

les débris de sa fortune héréditaire restent après elle aux gardiens

de ce passé et de cet avenir.

Cette justice lui inspire, avec la générosité des dons, celle des

regrets. Ce n'est pas assez d'offrir les pauvres restes de ses biens,

elle voudrait reprendre toutes les paroles que dans les temps

d'indifférence elle a pu dire sur ses proches, alors si lointains. Elle

songe à son autre richesse qu'elle a aussi prodiguée et qu'elle

n'épuisa jamais, à son redoutable esprit. Elle se repent de tout ce

que sa verve accoutumée contre tout le monde, et à certains

moments sa jalousie contre la marquise, ont pu se permettre. Elle

reconnaît malfaisantes ces flèches qui partent toutes seules d'une

ironie toujours bandée, qu'on lance sans dessein de blesser, mais

qui s'empoisonnent en route et font d'inguérissables plaies. Il y a une

demande de pardon dans ce rappel des méchants propos qu'on lui

aurait prêtés. Il y a le ton de la sincérité dans ce serment solennel

que du moins sa langue ne fut jamais ni perfide ni fausse. Il y a une

délicatesse inspirée par le cœur dans le legs des souvenirs si bien

choisis et si bien offerts à la parente qu'elle avait offensée.

Si, quand elle désigne à la gratitude de sa famille M. de

Boisgelin, elle offense une pudeur de morale, et si ce passage du

testament achève la preuve que la lumière du devoir n'éclairait pas

la mourante, du moins choisit-elle avec une pudeur de goût le legs

fait à celui dont elle veut dire le nom une fois encore. Aucun des

objets qu'Aimée a recueillis des Coigny ne passera de la famille à

l'étranger, cet étranger fût-il le plus aimé. Mais elle lui laisse ce qui

est elle-même et elle seule, les riens qui lui plaisaient, qu'elle s'est

donnés, les albâtres rapportés probablement d'Italie, surtout les

livres qui ont été le plus sérieux intérêt et la plus efficace consolation de sa vie. Et elle remercie de cette sorte le seul des hommes

passionnés pour elle, qui en elle ait aimé aussi l'intelligence.

Enfin, il y a une exquise délicatesse dans la déférence qu'elle

sait témoigner à Talleyrand. Elle n'a pas de présents à lui faire.

Qu'offrirait sa pauvreté à l'homme comblé par la fortune? Mais elle

veut du moins lui avoir gardé une pensée fidèle jusqu'à la fin et qu'il

le sache. Voilà pourquoi elle lui adresse son testament, veut qu'il soit

remis et lu par lui aux légataires, que ses proches tiennent, en

quelque sorte, leur investiture de son plus constant ami, et qu'entre

eux et lui elle soit, même après sa mort, un lien.

Ces délicatesses de raison et de cœur étaient, d'ailleurs, le plus

précieux de son héritage. Le temps et l'incendie avaient si fort

consumé la fortune d'Aimée qu'il ne lui était guère resté à léguer que

des intentions. L'inventaire dressé le 2 février 1820 donne, comme

total des valeurs inventoriées, six mille six cent cinquante-neuf et

mille cinq cents francs en deniers comptants.

Et l'inventaire ajoute:

 

«Déclare monseigneur le duc de Coigny qu'à l'époque du

décès de madame de Coigny, duchesse de Fleury, sa nièce, il

n'existait aucuns deniers comptants autres que ceux ci-dessus

constatés. Que, par suite de l'incendie qui s'est manifesté chez

ladite dame, il paraît que les titres et papiers qu'elle pouvait

avoir ont été brûlés, puisque quelques recherches qu'on ait

faites depuis qu'on s'occupe du présent inventaire, il ne s'en est

trouvé aucun. Qu'il est à sa connaissance qu'il a été fait, contre

la succession dont il s'agit, diverses réclamations pour

fournitures et mémoires d'ouvrages faits pour le compte de

madame sa nièce, mais qu'il ne saurait fournir aucun

renseignement précis à ce sujet. Qu'il est dû le terme courant

de l'appartement, dans lequel il est présentement procédé, à

raison de dix-huit cents francs par an; que les frais funéraires

ont été payés. Et a monseigneur le duc de Coigny signé en fin

de ces déclarations et a signé: