Mes deux papas

Eric Mukendi · Chapitre 16 sur 25

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Mes deux papas

Dans l'ascenseur, je n'ai rien dit.…

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Dans l’ascenseur, je n’ai rien dit. J’ai attendu qu’on sorte, qu’on marche au moins cinq minutes avant de pouvoir m’exprimer. Idrissa était devant moi à pester.

— Elle me prend pour qui cette conne ? Genre, elle a retrouvé mon téléphone dans mon manteau... Combien de fois j’ai fouillé dans ce putain de manteau ? Ils ont eu peur, je te dis et ils l’ont remis dedans pendant qu’on regardait ailleurs...

— Je sais pas combien de fois t’as fouillé dans ton manteau... si ça se trouve, t’as mal regardé la première fois...

— Ouais c’est ça. Prends leur défense. Je vois bien que t’es de leur côté. Que t’aimerais bien faire partie de la bande ! Après tu deviendras comme Vanessa à cracher sur les gens de ta couleur, sale traître !

Alors j’ai couru vers lui et je l’ai poussé dans le dos de toutes mes forces et comme il ne s’y attendait pas, il a trébuché sans manquer de tomber.

— T’es un connard Idrissa !

Je criais.

— Tu te rends compte de ce que tu viens de me faire ? T’as tout gâché. Hamid avait tellement raison. T’imagines qu’Hortense et ses amis ne pourront pas me revoir sans penser à cette soirée ? Genre les banlieusards de merde à qui on peut pas faire confiance et qui foutent le bordel partout où ils vont.

Il s’est relevé et a frotté ses mains, en me fixant droit dans les yeux, avec un sourire étrange. C’était la toute première fois qu’on se disputait avec Idrissa et je le connais depuis la CM1, depuis mon arrivée en France, en fait. C’est le premier ami que j’ai eu. Pour moi c’était plus qu’un pote, c’était un frère. Je n’avais jamais imaginé que notre amitié puisse connaître une date de péremption comme les yaourts. Mais avec ce qu’il venait de faire, même au nom de l’amitié, je n’arrivais pas à me calmer et à lui pardonner. J’ai avancé vers lui et je l’ai poussé une deuxième fois mais il m’a attrapé par le bras, m’a mis une balayette et je me suis retrouvé au sol. Il avait son poing armé pour me frapper au visage, mais il a retenu son geste et s’est éloigné.

— Arrête tes conneries Boris, je vais te défoncer après tu vas être obligé d’expliquer à ton... à tes darons et t’as pas envie de ça...

Je m’étais redressé. Je nettoyais mes fesses avec la paume de mes mains et en même temps je laissais passer la douleur : j’étais tombé sur le cul et le couteau à cran d’arrêt d’Idrissa se trouvait dans la poche arrière de mon jean. Avec la chute, une douleur plus sournoise se diffusait dans ma fesse gauche.

Sans réfléchir, j’ai tourné le dos à Idrissa et je me suis mis à marcher dans une direction opposée à la sienne.

— Tu fais quoi, a-t-il crié quand il s’est retourné et qu’il a vu que je ne le suivais pas.

— Chacun de son côté, mon pote, j’lui ai dit du tac au tac dans sa gueule. C’est ici que nos routes se séparent.

Et j’ai commencé à courir.

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