Mes deux papas

Eric Mukendi · Chapitre 24 sur 25

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Mes deux papas

Bien sûr, on a eu notre argent.…

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Bien sûr, on a eu notre argent. On se l’est partagé fifty-fifty. Mais quand on eut l’occasion d’en parler, quand les choses se furent calmées et qu’on comparait cette somme avec les soucis qui étaient venus avec, on était d’accord pour se dire que si jamais on avait le choix, on aurait tous les deux rendu l’argent avec les problèmes et on serait revenus en arrière. Moi, ça va encore. Je n’étais pas vraiment impliqué, mais pour les trois autres ça allait forcément être plus compliqué une fois venu le moment de s’expliquer avec les parents.

Le coach a pas voulu laisser partir Idrissa sans l’emmener avec Jules au commissariat de police. C’était complètement dingue parce qu’à un moment, il s’est retrouvé à retenir physiquement Idrissa pendant que son assistant appelait la police. Les keufs sont arrivés, tellement vite, et ils sont partis tous les trois, le coach, Idrissa et Jules. Du coup, nous, on a repris la route, silencieux et abasourdis, avec Hortense et Édouard. Arrivé au métro, en me serrant la pince, Édouard a glissé l’argent dans ma paume, sans me prévenir, et sans qu’Hortense ne s’en rende compte. Je le fixais dans les yeux. Il ne laissait rien paraître, aucune émotion, lui qui venait de mettre tout le monde dans la merde. J’avais envie de l’envoyer chier mais à quoi ça aurait bien servi ? Il a reculé et Hortense s’est avancée vers moi. Elle avait l’air complètement paniquée. Elle frissonnait et se tenait voûtée comme un petit animal fragile.

— Tu avais raison, c’était pas une bonne idée...

À qui le disait-elle ?

Mon pote était au commissariat de Levallois et à vingt heures, Levallois c’est loin de Bondy comme Marseille, surtout si son père travaillait de nuit et que sa mère, qui parlait à peine le français, devait répondre au coup de fil de la police.

— Je vais pas te dire que je te l’avais dit...

— Non, dit-elle, avant de me serrer dans ses bras. Ce n’est pas la peine. Je ne sais pas comment on va faire pour raconter ça à nos parents.

Quelques jours plus tard, elle m’a envoyé un long message comme quoi ses parents lui avaient interdit de me revoir sinon ils menaçaient de l’envoyer en pension en Suisse. J’ai bien continué à lui envoyer des messages par Snapchat ou Instagram mais elle ne me répondait plus. Quand la vague est passée et que j’ai pu voir Idrissa pour lui remettre sa part de la maille, c’est lui qui m’a appris que le père d’Hortense et le père d’Édouard avaient pris en charge les frais de santé de Jules et que le père d’Édouard avait payé les frais d’avocat pour lui et aussi payé les dommages et intérêts versés aux parents de Jules. J’imaginais la scène où les parents d’Édouard et ceux d’Idrissa se rencontraient et je me marrais tout seul. Pour le coup, voilà des gens qui ne parlaient vraiment pas la même langue et c’était même pas une vue de l’esprit. Finalement, les choses ne s’étaient pas si mal arrangées que ça pour Idrissa, à part une nuit au poste parce que personne pouvait venir le chercher un jeudi soir à Levallois et, bien sûr, à condition d’omettre les coups de ceinture qu’il a reçus une fois de retour à la maison.

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