Mes deux papas

Eric Mukendi · Chapitre 8 sur 25

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Mes deux papas

Après sa deuxième semaine de travail…

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Après sa deuxième semaine de travail à la livraison de journaux, le tonton pour lequel il bossait a filé à papa une avance sur sa paye. C’était les premiers euros qu’il gagnait et le vendredi quand il est rentré en milieu d’après-midi, il n’était plus fatigué mais assez jovial. Le lendemain, nous sommes allés au centre commercial à Rosny 2 et papa s’est montré très généreux.

— Je sais que ton oncle Fulgence s’occupe très bien de toi, m’a-t-il dit alors qu’on avançait dans la galerie commerciale.

— Béatrice aussi, j’ai ajouté.

— Très bien, en voilà un de petit chanceux ! Nous aussi dans notre enfance on aurait aimé ça, avoir trois adultes qui s’occupent de nous. Mais nos parents préféraient avoir beaucoup d’enfants dans l’espoir que ceux-ci s’occupent d’eux dans leur vieillesse... Mais ce n’est pas le sujet ici. Oui ils s’occupent bien de toi. Aussi je sais qu’il ne te manque rien... l’idée pour moi est de t’offrir quelque chose dont tu n’as pas besoin pour ne pas blesser ton oncle.

— Pourquoi tu penses que ça le blesserait ?

— C’est juste une question de savoir-vivre. Il s’est occupé de toi toutes ces années, il a été un père pour toi donc je ne peux pas arriver et faire comme si tout ça n’avait pas compté... Je veux juste te faire plaisir en t’offrant quelque chose que tu n’oserais pas lui demander.

J’ai tout de suite pensé à une paire de Jordan qui était vraiment trop belle, noir et rouge, et dont je peux dire que je rêvais. Mais une fois chez Foot Locker, papa a commencé à faire une tête bizarre quand il a vu comment elles coûtaient cher.

— Fiston, vraiment, je plains celui qui a beaucoup d’enfants dans votre pays ici... Les choses coûtent cher comme ça...

Là j’ai compris que je devais renoncer aux pompes que je voulais au départ. J’imaginais le pauvre papa qui comptait, dans sa tête, les heures qu’il avait travaillées pour gagner cet argent qui allait être englouti en quelques secondes, alors j’ai eu l’idée de couper la poire en deux. Je lui ai dit que je voulais de l’argent de poche. Pas les dix euros que me donnait tonton Fulgence de temps en temps mais plutôt trente ou quarante euros. C’est ça qui m’arrangeait. On avait continué à s’envoyer des messages avec Hortense et elle avait accepté qu’on se revoie. Nous avions rendez-vous mercredi après-midi sur Paris. Il fallait que j’assure si elle voulait aller au cinéma ou même manger un morceau. Quand il a su que je préférais de l’argent, papa a été drôlement soulagé. Alors nous avons laissé le magasin de sport et sommes allés au cinéma voir un film de super-héros qu’il a détesté. Pour lui ça n’avait aucun intérêt de voir des histoires « sans queue ni tête ». Moi j’étais pas malheureux. Surtout qu’il m’a acheté un sweat-shirt en sortant du cinéma, que j’allais mettre mercredi pour me porter bonheur.

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