N'ayons pas peur du ciel

Emma Hooper · Chapitre 18 sur 31

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N'ayons pas peur du ciel

2 – Marina

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Marina

 

Je savais que les soldats remarqueraient que nous étions parties, qu’ils se mettraient à notre poursuite, mais je ne croyais pas que ce serait si vite. Mais c’est ce qu’ils ont fait, si vite, et bientôt il y avait de la fumée, de la fumée qui s’élevait partout où nous posions les yeux.

Des feux de camp, j’ai dit à Quiteria. Parce qu’ils n’ont pas peur d’être vus, de révéler leur présence. Parce qu’ils n’ont rien à cacher.

Il y en a tellement, a-t-elle dit. Pour nous ? Ils ne peuvent pas tous être pour nous… Parce qu’elle ne savait pas, même à ce moment-là, que plus une chose est petite, plus grande peut être la colère qu’elle fait naître chez les créatures importantes.

Nous n’avions plus de feu. Nous mangions notre viande, quand nous en attrapions, crue.

Crois-tu qu’il vaut mieux vivre en ligne droite, une ligne tracée par quelqu’un d’autre, ai-je demandé, manger cuit tous les jours et ne jamais être obligé de se cacher ?

Tout est meilleur cru, a répondu Quiteria.

On se relayait pour dormir, et quand c’était son tour, je regardais à parts égales la fumée dans le ciel et le visage de ma sœur. Son visage paisible, ouvert et confiant, comme s’il n’y avait rien, rien de conséquent, pour la tourmenter. Nous n’avons pas le même visage, songeais-je. Pas vraiment. Pas du tout. Je chassais les mouches de ses cheveux et je m’efforçais de régler mon souffle sur le sien, je m’efforçais de nous accorder à nouveau.

 

Quand mon tour venait de dormir, je restais réveillée aussi longtemps que je le pouvais et, yeux fermés, corps immobile, je priais le Dieu de Claudia, le Dieu de Basil, le Dieu de l’eau. Les yeux fermés, avec Quiteria qui veillait sur moi, je priais le Dieu de tout, même d’elle.

 

La plupart du temps, on courait. Et, parfois, en courant, Quiteria me jetait un coup d’œil et souriait, et je lui souriais en retour comme une prière, et on s’élevait juste assez pour conserver notre avance, pour continuer à courir.

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