N'ayons pas peur du ciel
1 – Quiteria
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Quiteria
Nous n’étions qu’à deux nuits de course de la maison du commandant quand nous avons aperçu de la fumée dans les collines devant nous. Devant aussi bien que derrière. Elle s’élevait en rubans hésitants, solitaires, jusqu’à ce qu’elle rencontre la fumée derrière, jusqu’à ce qu’elles se poussent, se tirent, se chamaillent et dansent ensemble. Est-ce qu’on dévie ou on continue tout droit ? a demandé Marina.
On y est presque, j’ai dit. On y va tout droit.
Nous avons couru. Nous avons couru, couru et couru. Nous avons couru tandis que derrière nous les soldats gagnaient du terrain. La caverne nous avait fait prendre de l’avance ; cette avance avait fondu sous les pieds plus rapides, mieux reposés de leur cavalerie.
Nous courions tandis que les soldats à l’avant se rapprochaient. Tandis qu’ils nous poussaient, nous tiraient, nous faisaient danser jusqu’à nous faire dévier malgré tout, vers le sud. C’est juste un détour, a dit Marina. Nous allons contourner par ici et puis revenir de l’autre côté. Juste un détour, une boucle. Nous avons jeté nos sandales brisées et couru, nous éloignant de la fumée, des soldats, de la maison, des citrons, du village, pendant que sous nos pieds le sol pulsait, soleil, pierres et épines. Nous courions, comme avant, comme quand nous étions enfants, à travers les broussailles déchiquetées, la poussière chaude et sèche dans nos yeux, nos bouches, nos cheveux.
Nous courions comme avant, à cette différence près que nous n’étions plus que deux désormais, pas neuf, pas sept, pas cinq, pas quatre. S’ils nous rattrapaient, ils nous tueraient, je le savais, nous le savions. Pourtant, on se souriait l’une à l’autre, on souriait l’une pour l’autre. On attrapait le regard de l’autre et on esquissait un sourire, nos pieds donnaient une impulsion et s’élevaient au-dessus des herbes folles, des cailloux et de la terre, et nos pas étaient des pas faits d’air immaculé et pur.
Nous aurions continué à courir pour toujours, je pense, si nous n’avions pas atteint le bout du monde.
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