Not Just Friends
Chapitre 1
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CHAPITRE 1
Louna
L’amitié homme-femme.
L’éternel débat. À ce sujet, il y a toujours eu deux catégories de personnes autour de moi : celles qui croient fermement qu’aucune attirance ne peut se créer au sein d’une véritable amitié, et celles qui maintiennent que ce genre de relation est totalement impossible.
On peut dire que je n’appartiens à aucune de ces deux catégories. Selon moi, la vraie et profonde amitié entre un homme et une femme est possible. Quant à l’attirance, elle ne peut aller que dans un sens…
Je regarde brièvement autour de moi avant de me pencher de nouveau sur mon magazine qui décrit une étude américaine sur ce genre de friendship. Le résultat démontre qu’un lien amical entre un homme et une femme n’est jamais platonique. En réalité, ce serait surtout la gent masculine qui envisagerait le plus souvent une relation amoureuse avec ses amies, ou du moins qui ressentirait une attirance évidente pour elles.
Soit cette étude est totalement fausse, soit je suis un cas rare dont personne ne parle !
— Tu fais quoi, Lou ?
Vivement, je tourne la page avant que Lilly ne puisse voir ce que je suis en train de lire. Non qu’elle ne soit pas déjà au courant, mais je ne veux pas passer pour la fille qui ne pense qu’à ça en permanence.
C’est un fait, j’en pince pour mon meilleur ami depuis l’adolescence et tout le monde le sait. Tout le monde, sauf lui.
— Juste des potins ! dis-je, un demi-sourire aux lèvres.
Sans insister, elle part s’installer à l’autre bout du canapé. J’en profite pour reprendre la lecture de la page qui m’intéresse, pile au moment où Diego débarque à son tour.
— Salut, les filles, lance-t-il d’une voix lasse.
Sans prêter attention à ce que je lis, mon ami me fait une bise et s’empresse de s’asseoir près de Lilly pour tenter de lui piquer le verre de vin qu’elle vient de se servir. Je lève les yeux pour les observer se chamailler. Ne sont-ils pas la preuve même que l’amitié entre sexes opposés existe ?
— Bonsoir tout le monde ! s’exclame Alice en passant la porte d’entrée.
Ma belle-sœur est chargée comme une mule, mais personne ne daigne se lever pour l’aider. Question d’habitude. Nous sommes chez elle, après tout.
Alice a toujours fait partie de ma vie. Elle sort avec mon frère aîné depuis presque dix ans et, même si je m’entends très bien avec lui, c’est plutôt elle qui joue le rôle de grande sœur avec moi. J’avais à peine douze ans quand je l’ai rencontrée et je n’oserais m’imaginer sans elle à mes côtés aujourd’hui.
— Greg ! crie-t-elle pour demander de l’aide.
Mon frère sort aussitôt de sa chambre, les cheveux en bataille.
— Ah ! vous êtes déjà là ? fait-il surpris.
Personne ne lui répond. Évidemment qu’on est là…
Ici, c’est leur maison, mais c’est aussi notre squat, celui de la bande de copains que nous formons : on est six, un peu comme ceux dans la série Friends, sauf qu’on habite Paris. La team s’est formée au lycée, il y a une quinzaine d’années, alors que je n’étais qu’une gamine. C’est au fur et à mesure du temps que l’on m’a intégrée dans l’équipe. La différence d’âge ne gêne personne.
— Salut, désolé du retard.
Le dernier de la bande vient d’arriver, et les battements de mon cœur s’accélèrent alors qu’il me fait un bisou. Un geste simple et rapide à ses yeux, mais intense et à l’origine d’une myriade de sensations contradictoires pour moi. Instinctivement, je pose une main sur ma joue, là où ses lèvres se sont posées.
— Salut, Léo, murmuré-je.
Je me sens rougir. Instinctivement, je replace une mèche de cheveux derrière mon oreille. Heureusement, il ne voit pas mon trouble.
Il ne remarque jamais ce genre de choses, mais c’est tant mieux. Il est la personne qui me connaît le plus au monde, mais aussi, paradoxalement, la seule qui n’imagine pas à quel point je craque pour lui.
Léo est beau, doté d’un charme fou. Les traits de son visage sont fins et anguleux. Il a des cheveux châtains et brillants, courts sur les côtés et plus longs sur le dessus. Une peau dorée et des yeux lapis-lazuli étincelants. Le genre de regard perturbant qui m’oblige souvent à détourner le mien.
Sa silhouette est sculpturale : il est grand, fin et musclé. Un style à la Leonardo DiCaprio, mais version jeune.
J’ai toujours admiré ce garçon. J’avais quinze ans quand je l’ai rencontré. La première fois que mon frère l’a amené à la maison, je me suis empressée d’appeler mes copines pour leur dire que le canon du lycée était chez moi !
À l’époque, j’étais trop jeune, il ne me prêtait aucune attention. Ce n’est qu’au bout de plusieurs années que nous sommes devenus très proches… mais pas comme je l’aurais souhaité. Aujourd’hui, je suis son amie. Pire encore, sa meilleure amie. Et voilà maintenant cinq ans que nous sommes inséparables. Cinq ans que je me force à sourire quand il me raconte en détail ses aventures qui se multiplient.
Léo est un beau gosse sûr de lui. Ça veut dire qu’il plaît et qu’il le sait. Il en profite et ne souhaite surtout pas s’engager.
Quant à moi, je suis comme qui dirait bloquée. Aucun garçon par le passé n’a réussi à m’attirer comme lui le fait. Du coup, je suis une pauvre fille de vingt-deux ans qui n’a jamais eu de petit copain.
Il y a bien eu ce mec au lycée que je me suis forcée à embrasser juste pour ne plus être « vierge de la langue », comme disaient mes copines. C’était horrible et vide de sens, mais, au moins, je peux dire que j’ai déjà eu quelqu’un dans ma vie.
Vient maintenant la question que tout le monde me pose : pourquoi tu ne lui avoues pas tes sentiments ? Tout simplement parce que ce n’est pas réciproque. Ça se sent, ce genre de choses ! Et puis, contrairement à toutes les belles histoires que l’on peut lire, où le beau mec tombe amoureux d’une demoiselle encore plus canon que lui… moi, je n’ai rien de spécial. Oh non, je ne suis pas ce genre de fille parfaite qui se plaint de ne pas l’être. Je n’ai jamais vraiment attiré le regard, et surtout pas de ce genre de garçon que tout le monde convoite.
Je suis très banale, de taille moyenne. Brune aux yeux marron. Des rondeurs un peu partout et une petite poitrine. Je suis bourrée de complexes, comme des milliers d’autres femmes sur terre, pas de quoi en faire tout un drame !
Alors, oui, je me vois bien avec Léo… mais seulement dans mes rêves les plus fous.
— On passe à table, les enfants ?
Alice lève les yeux au ciel en nous appelant pour la troisième fois, mais nous savons tous qu’elle fait semblant d’être énervée. Ma belle-sœur nous materne comme si elle était la plus vieille du groupe, et personne ne s’en plaint, surtout pas moi.
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