Not Just Friends
Chapitre 44
Léo
Je fais les cent pas sur le palier en tentant de dominer mes nerfs. Bordel, ressaisis-toi, tu es ridicule ! Je me suis pourtant contenu pendant qu’ils annonçaient leur mariage. Dans six mois à peine… non mais, sérieusement ? C’est n’importe quoi ! Elle le connaît à peine, ce mec ! Et je sais que ce n’est pas ma jalousie qui parle, cette fois. Enfin, pas seulement.
Je sursaute en entendant la porte s’ouvrir, mais je suis rassuré quand je vois que ce n’est que Lilly. Comment expliquer aux autres ma réaction démesurée ?
— T’es complètement fou, ou quoi ? Rentre immédiatement, on dira que tu as mal digéré ton repas.
— Non ! Je n’y arrive pas.
— Tu n’arrives pas à quoi ? me demande-t-elle en croisant les bras sur sa poitrine.
— À les regarder en face ! Non mais, tu les as entendus ? Pourquoi se marier si vite ?
— C’est ce qui arrive quand on se retrouve à donner des conseils qu’on ne devrait pas donner.
Je serre les dents sans répondre.
— Allez, arrête de te prendre la tête, il aurait fini par la demander en mariage dans tous les cas. Tu vois bien comme il est fou d’elle.
Je me fige pour la regarder dans les yeux.
— Qu’est-ce que je dois faire ?
— Comment ça, qu’est-ce que tu dois faire ?
— Je ne sais pas moi, peut-être que je devrais parler à Lou de tout ça…
Elle écarquille les yeux.
— Lui parler de quoi, Léo ?
— De ce que je ressens.
— Ah oui, et tu ressens quoi exactement ?
— Je n’en sais rien justement !
— Alors tu veux aller lui dire que tu ne sais pas ce que tu ressens ? Et qu’est-ce que ça va apporter, à ton avis ?
— OK. Tu suggères quoi ?
— Léo…, dit-elle doucement. Louna est heureuse. Elle s’apprête à vivre la vie dont elle a toujours rêvé avec un homme qui l’aime vraiment. Tu es prêt à prendre le risque de gâcher tout ça ?
Je tire une nouvelle fois sur mes cheveux, je vais finir par les perdre si ça continue.
— Je ne peux pas lui cacher ça, dis-je presque en chuchotant.
Lou est la seule personne qui m’aide en cas de conflit. Elle m’apporte toujours le réconfort dont j’ai besoin quand c’est le bazar dans ma tête. Comment je vais faire maintenant ?
— Tu lui as parlé ? Tu as fait ce que je t’ai demandé ? l’interrogé-je, plein d’espoir.
— Oui…
— Et alors ?
— Léo…
— Qu’est-ce qu’elle a dit ?
— Qu’elle l’aimait et qu’elle était heureuse.
Je suis partagé entre le bonheur que me procure le fait de savoir Louna heureuse et une profonde rage quand je pense que c’est lui qui partage tout ça avec elle.
— Tu dois passer à autre chose maintenant.
Je hoche doucement la tête mais n’ai pas le temps de préciser le fond de ma pensée : la porte s’ouvre. Je fais mon maximum pour paraître le plus naturel possible mais, quand j’aperçois la raison de mon trouble, c’est de nouveau l’ébullition dans ma tête.
— Tout va bien ? demande Louna.
— Ouais, t’inquiète, on s’apprêtait à rentrer.
Je me force à sourire en avançant vers elle, mais elle m’empêche de passer.
— Je peux te parler une minute ?
Elle jette un rapide regard vers Lilly, qui comprend immédiatement et retourne à l’intérieur en nous laissant seuls.
Quand mon regard croise le sien, je sens mon cœur s’emballer. Pas étonnant que j’évite de la contempler dernièrement.
— Qu’est-ce qui se passe, Léo ?
— Mais rien, je…
— Arrête, s’il te plaît ! Tu m’as dit que tu souhaitais que tout redevienne comme avant entre nous, mais ce n’est pas ce que tu voulais vraiment, n’est-ce pas ?
— Bien sûr que si.
— Alors pourquoi tu m’évites ? Pourquoi tu ne me dis plus rien ?
Je retiens mon souffle sans savoir quoi répondre.
— Je pensais que ça allait mieux entre nous, murmure-t-elle.
Je ne supporte pas son expression triste, alors je dis :
— Ça n’a rien à voir avec toi…
Enfin, rien à voir avec notre amitié.
— Alors quoi ? Je sais que quelque chose ne va pas, je te connais par cœur ! Dis-le-moi, Léo, parle-moi !
Elle me supplie du regard. Alors je panique.
— C’est à cause… d’une fille.
— Oh…
Elle paraît surprise et soulagée à la fois.
Je me racle la gorge avant de poursuivre.
— Une fille qui… me plaît. Enfin, je ne sais pas exactement ce que je ressens, mais…
Elle sourit.
— Ça n’a pas l’air si horrible que ça…
— J’ai peur de ce que cela implique. Je n’arrive pas à comprendre ce qu’essaye de me dire mon cœur.
— Déjà, si tu te rends malade à ce point, c’est qu’elle te plaît vraiment.
Elle se mord la lèvre, et je me surprends à vouloir la mordre moi aussi, cette lèvre. Ce n’est pas vrai ! Je secoue vivement la tête avant d’ajouter :
— C’est qu’en plus… cette fille est prise.
— Ah… Et j’imagine que tu ne lui as pas parlé de ce que tu ressens du coup ?
Je secoue lentement la tête.
— Tu devrais.
— Tu es sûre ?
— Oui ! La décision lui appartiendra ensuite. Si elle reste avec l’autre personne, alors tu devras l’oublier…
J’ai un pincement au cœur.
— Et si elle partage tes sentiments, il lui faudra se prononcer.
— C’est plus compliqué que ça en a l’air…
Elle rit.
— Je suis tellement rassurée que ça ne soit que ça !
— Comment ça ? demandé-je, vexé.
— Je croyais qu’il s’était passé quelque chose de grave, mais si ce n’est qu’une histoire de fille…
— Ce n’est pas n’importe quelle fille, dis-je sérieusement en plongeant mon regard dans le sien.
— Hum, je vois…
Elle ne remarque même pas la façon intense dont je la dévisage.
— Et toi, Lou ? Tu… tu es heureuse, vraiment ?
— Oui, très.
Je passe une main sur mon visage.
— Mais tu es sûre que…
Je suis de nouveau interrompu par cette putain de porte qui s’ouvre. Cette fois, c’est lui. Joshua.
Il nous fixe l’un après l’autre avant d’attraper Lou par le bras.
— Tu viens, ma puce ?
Ma puce ? Quel tocard !
Lou sourit en l’enlaçant, et il me gratifie d’un regard noir. Bordel, il a pigé !
Avant de retourner dans l’appartement, mon amie pivote vers moi.
— Tu viens ?
La mâchoire de Joshua se crispe. Prends ça dans les dents, connard !
— J’arrive, bébé, dis-je fièrement.
Il se fige et je suis prêt à parier qu’il hésite à me foutre son poing dans la gueule. Au lieu de ça, il me fait un petit sourire espiègle en attrapant Lou par la taille.
— Allons fêter notre futur mariage.
OK, il a gagné cette bataille, mais voyons qui gagnera la guerre.
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