Not Just Friends
Chapitre 6
Léo
Alors que je range mon téléphone dans la poche de ma veste, un long soupir m’échappe. J’ai pourtant été clair avec cette fille et je pensais qu’elle avait compris. Pire, persuadé qu’elle avait la même vision de la vie que moi, je n’ai pas refusé de lui donner mon numéro ce matin. Pourquoi pas remettre ça ? Après tout, c’était agréable de passer la nuit avec une vraie tigresse, dans tous les sens du terme… Mon esprit divague sur ce que nous avons fait sous la couette, jusqu’à ce que je me souvienne de son message d’il y a deux minutes :
Je pense à toi.
Non mais sérieux ?
Elle finira par comprendre toute seule en voyant que je ne réponds pas. Et puis, si elle insiste, je mettrais les points sur les i, comme d’habitude.
— Pour finir, voilà la cuisine, m’exclamé-je en faisant un mouvement circulaire avec mon bras.
— Un peu trop petite, constate la cliente.
Je tape sur l’un des murs en la regardant fixement dans les yeux.
— Ceci n’est pas un mur porteur, si vous le cassez, vous pourrez faire un espace bien plus large qui donnera sur le magnifique salon.
Au rouge que je vois apparaître sur ses joues, je devine que quelque chose en moi la déstabilise.
— Très bonne idée, lâche vivement l’homme qui l’accompagne.
Je souris. C’est dans la poche !
Mon client sort de la pièce pour aller vérifier les possibilités d’agrandissement, et ma mission est maintenant de la convaincre, elle.
— Vous pourrez cuisiner tout en discutant avec votre mari…
— Ce n’est pas mon mari, m’informe-t-elle en me dévisageant.
Cette fois, c’est moi qui suis embarrassé. Je ne suis peut-être pas un mec très sérieux en général, mais assez tout de même pour ne jamais transgresser cette règle : pas touche aux femmes déjà en couple.
C’est dommage car c’est seulement maintenant que je remarque ses longues et belles jambes lisses comme de la soie… Stop !
— Dans ce cas, vous pourrez avoir une meilleure vue sur vos amis qui prennent l’apéro dans le salon ! dis-je sans me laisser démonter.
Mon but est qu’elle se projette, qu’elle se sente déjà chez elle… Et surtout qu’elle comprenne qu’avec moi c’est mort.
— Alors cette visite ? m’interroge mon patron une fois que je suis rentré à l’agence.
— Ils vont signer.
Un sourire se dessine sur ses lèvres. Il me connaît assez bien pour savoir que je ne m’avance jamais sans être sûr de moi. Pourquoi en suis-je si certain ? Parce que mon client a flashé sur cette maison située à quelques kilomètres de son travail. Et que sa partenaire… a flashé sur moi.
Je reprends mon téléphone et fronce le nez en voyant l’écran vide de notification. À la va-vite, je tape un nouveau message à ma meilleure amie :
Hé, Lou ! Tu boudes, ou quoi ?
C’est mon troisième texto de la journée. Je voulais lui proposer de passer la soirée avec moi, mais elle m’ignore totalement. Peut-être n’est-elle pas disponible… Qu’est-ce que je raconte ? Cette fille est toujours libre ! Entre ses bouquins et ses études, elle n’a pas le temps ni l’envie de faire autre chose.
Or, ce soir, j’ai besoin d’elle. Besoin qu’elle me rassure. Ça peut paraître bête qu’un mec comme moi, qui a tout ce qu’il veut dans la vie, ressente ça.
Le pire, c’est que je ne sais même pas pourquoi je me sens mal. Il y a des jours comme ça où, même si tout va bien en apparence, un profond vide m’habite.
Au bout d’une heure, je suis excédé par toute la paperasse du boulot et l’absence de réponse de Lou. L’inquiétude finit par dépasser mon agacement, alors je sors de l’immeuble pour l’appeler à l’abri des oreilles indiscrètes et, heureusement, elle décroche à la troisième sonnerie.
— Merde, Lou, pourquoi tu ne me réponds pas ? râlé-je.
Silence.
— Lou ? dis-je encore plus fort.
— Pourquoi tu me parles comme ça ? demande-t-elle d’une voix cassée.
— Excuse-moi, c’est que… je m’inquiétais.
— J’ai eu cours toute la journée, m’informe-t-elle au bout de plusieurs secondes de silence.
— OK OK, on se voit ce soir ?
Nouveau silence. Elle hésite ?
— Non, désolée, je dois réviser.
— OK, alors je passe après ? insisté-je.
Je l’entends soupirer dans le combiné, ce qui me surprend.
Qu’est-ce qu’elle a ?
— Non, Léo, je suis crevée.
— Ah… d’accord.
Je sais pertinemment qu’elle pourrait céder si j’insistais encore un peu, mais je ne le fais pas.
— Bon bah, à plus, lâche-t-elle après plusieurs secondes de silence.
— Ouais c’est ça, à plus.
J’aimerais qu’elle sente que je n’ai pas la forme et qu’elle change d’avis, comme il lui arrive parfois de le faire… Alors j’attends sans protester, mais elle raccroche.
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