Not Just Friends
Chapitre 68
Louna
Je me suis déjà sentie seule et ridicule un million de fois par le passé mais, aujourd’hui, cela dépasse toutes les humiliations que j’ai pu subir dans ma vie. Pauvre fille ! C’est ça, je ne suis qu’une pauvre fille en robe de mariée, en train de pleurer sur la tombe de sa mère. Je crois que, là, on peut dire que j’ai vraiment touché le fond.
— Je suis désolée, maman, dis-je une fois de plus en caressant la pierre froide.
Je suis persuadée que, si elle m’entend de là-haut, elle me pardonnera. Car maman voulait avant tout que je sois heureuse. Avant de mourir, elle me le répétait souvent : « Fais en sorte de n’avoir aucun regret et donne-toi les moyens de réaliser tes rêves. » Son bonheur à elle résidait en une simple chose : être avec la personne qu’elle aimait plus que tout au monde. Et ce n’est que maintenant que je me rends compte à quel point cela est important.
En sentant la brise sur mes épaules, je m’aperçois qu’il faut que je parle à papa. Et à Josh. Mon Dieu, Josh ! La tristesse s’empare de mon cœur alors que j’imagine sa déception. Il doit m’en vouloir à mort et rien que je puisse faire n’excusera mon comportement.
— Chérie…
Je sursaute et lâche un petit cri étouffé. Mon père est là. Son regard glacial m’achève encore plus.
Qu’est-ce qu’il fait là ? Comment a-t-il su que je viendrais ici ?
Il me fixe, sans doute dans l’attente d’une explication, mais les larmes qui dévalent mon visage m’empêchent de parler. Il s’approche alors en tendant son bras vers moi.
— Pourquoi ?
— Je suis désolée, papa… tellement désolée. Je… je ne pouvais pas !
La veine sur son front ressort, comme toujours quand il est fâché, et ça me peine de le décevoir de la sorte.
— C’est encore à cause de lui ! s’emporte-t-il. Depuis le début, il fait tout pour gâcher notre vie…
— Quoi ?
— Léo ! Il m’a avoué ce qu’il t’avait dit et…
— Non, papa, réponds-je en secouant la tête. Ne lui jette pas la pierre, s’il te plaît. Tout est ma faute.
— Chérie…, murmure-t-il en s’approchant encore afin d’attraper ma main dans la sienne. Tu crois que je n’ai pas remarqué à quel point il te manipulait depuis que tu le connais ? Il veut uniquement t’avoir pour lui tout seul, il ne supporte pas de te voir heureuse.
— Tu te trompes, c’est tout l’inverse…
— Il ne t’aime pas ! me coupe-t-il en haussant le ton. Quand est-ce que tu vas comprendre ça ? Il a besoin de toi pour surmonter ses problèmes, mais c’est tout ! Il est instable, Lou ! Jamais il ne pourra t’offrir tout ce que Josh a à t’offrir.
Je le fixe quelques secondes sans répondre. Je n’ai pas vraiment eu le temps de me demander si tout ce que m’a dit Léo avait un sens mais, au fond, je sais que papa a raison. Jamais Léo ne me donnera ce que j’attends d’un mari.
— Écoute, Lou, reprends tes esprits ! J’ai réussi à convaincre Josh de t’attendre chez nous, il est prêt à tout oublier, la cérémonie peut encore avoir lieu et…
— La cérémonie ? répété-je en retirant ma main de la sienne, totalement choquée. Mais tu ne comprends donc rien ?
Il continue de me regarder, surpris à son tour.
— Je ne vais pas me marier avec Joshua, papa ! Pas seulement à cause de Léo, mais parce que ce n’est pas ce que je veux !
Je sens de nouveau de la déception dans son regard, mêlée à de l’incompréhension, alors je poursuis :
— Mais enfin regarde-moi ! Regarde-moi, papa, dis-je encore plus fort. Je porte la robe de maman, j’étais sur le point de me marier pour faire comme elle ! Uniquement pour elle, tu comprends ?
— Mais alors… pourquoi avoir organisé tout ça ? Tu te rends compte que tous nos proches sont venus pour toi aujourd’hui ? Enfin, qu’est-ce que tu veux ?
Je lâche un grand soupir. Bien évidemment que je n’ai pas réfléchi à tout ça ! Mais, malgré tout, je sais ce que je dois faire.
— Papa… est-ce que tu veux bien me ramener à la maison ?
Il m’interroge du regard, complètement perdu.
— Je dois parler à Joshua.
Une vingtaine de minutes plus tard, mon père se gare devant chez nous en restant au volant.
— Il t’attend dans le salon, lâche-t-il en brisant le silence.
— Tu ne viens pas ?
— Non, Louna, tu dois gérer ça toute seule comme une grande !
Sa dureté à mon égard me fait de la peine mais, après tout, je ne mérite pas mieux. C’est tellement rare qu’il soit comme ça avec moi. Même quand j’étais petite et que je faisais des bêtises, j’arrivais toujours à le faire rire et il ne m’en voulait jamais bien longtemps. Bien sûr, j’ai conscience que ce que j’ai fait aujourd’hui est pire qu’une simple bêtise de gamine, mais j’aurais aimé qu’il me comprenne.
Je sors de la voiture sans rien dire et m’avance lentement jusqu’à chez-moi. Mon cœur bat si vite que j’ai l’impression que je vais m’écrouler avant d’y arriver.
Quand j’ouvre la porte et que je l’aperçois près de la vitre, beau comme un Dieu dans son costume, le visage pâle et le regard triste, je me mets à pleurer comme une Madeleine. Je pose les mains sur mes joues et tente de respirer entre deux sanglots. Je n’avais pas imaginé que ça serait si dur de me confronter à lui.
— Ma puce, dit-il en s’approchant pour me prendre dans ses bras.
Je pose ma tête sur son épaule et le laisse me consoler, même si je sais que je ne devrais pas. Mais cela me fait tellement du bien que je n’arrive pas à me dérober à son étreinte.
Au bout de quelques minutes, il m’écarte très délicatement afin de me regarder dans les yeux.
— Il est encore temps, tu… tu es sûre que tu ne veux pas…
Je secoue doucement la tête en essuyant mes larmes. Comment peut-il encore vouloir de moi après ce que je lui ai fait ?
— Je suis tellement désolée…
— Ne le sois pas. Je comprends que ce soit dur pour toi. Tu es si jeune, et on ne se connaît que depuis peu de temps, finalement.
Le voir si compréhensif me fait me détester davantage.
— Peut-être qu’on aurait dû y aller plus doucement… Peut-être que l’on devrait juste décaler le mariage et…
— Non, Josh, le coupé-je à contrecœur en ôtant ses mains de mes épaules. Je ne peux pas.
Il me dévisage sérieusement en se demandant où je veux en venir, mais mon mutisme finit par l’éclairer.
— Mon Dieu, Louna…
Je cligne des yeux et de nouvelles larmes coulent sur mes joues.
— Tu… alors tu ne m’as jamais aimé ?
— Si, bien sûr que si ! Et je t’aime toujours, mais…
— Pas autant que lui, c’est ça ?
Oh non… Si je pouvais creuser un trou et me mettre sous terre, je le ferais.
— Pas comme je le voudrais, je suis désolée.
Il hoche la tête et son air désemparé me brise le cœur.
— Alors c’est terminé ? demande-t-il d’un ton beaucoup plus dur. Tu comptes sortir avec ton soi-disant meilleur ami ?
— Non, Josh, ne crois pas ça.
— Que je ne crois pas quoi ? Que vous vous êtes bien foutus de ma gueule dans mon dos ? J’aurais dû m’en douter le soir de nos fiançailles, j’ai bien vu que…
Il ne finit pas sa phrase et serre les dents de rage.
— Tu te trompes, jamais je ne me suis moquée de toi. Je suis juste complètement perdue et je compte tout de même partir.
— Tu es sérieuse ? Tu comptes aller seule à Londres ?
Je hoche la tête de haut en bas. Je n’ai pas encore pris le temps de penser à tout ça, mais ce qui est sûr c’est que j’ai besoin plus que jamais de m’évader, de fuir toute cette pagaille dans laquelle je me suis mise.
Il soupire franchement avant de me demander :
— Est-ce que j’ai le droit de garder espoir pour nous deux ? Je veux dire, peut-être que quand tu seras revenue…
— Je ne sais pas, Josh, dis-je en secouant la tête. Mais je préférerais que tu n’attendes rien de moi.
Je devrais lui dire non, mais c’est trop dur. Comme d’habitude, je me laisse attendrir par son côté adorable qui me donne envie de tout accepter. Je suis même à deux doigts de l’embrasser tellement je suis paumée !
— Il faut qu’on prévienne les autres, dis-je avant de faire quelque chose que je pourrais regretter.
— Ouais…, répond-il complètement abattu. Je m’en occupe.
Joshua détourne le regard avant de sortir de la maison, me laissant seule avec mon chagrin.
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