Not Just Friends

Fanny DL · Chapitre 6 sur 75

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Not Just Friends

Chapitre 5

 

Louna

Je me frotte les yeux en tentant de me concentrer sur mon dernier cours de littérature générale et comparée avant les examens. Heureusement, je connais déjà l’histoire d’Antigone et les innombrables versions qu’elle a inspirées par cœur.

M. Scott explique qu’il s’agit du seul texte littéraire qui a exprimé la totalité des principales constantes des conflits inhérents à la condition humaine. Je bouge mes lèvres pour énumérer silencieusement ces cinq conflits en même temps que lui : l’affrontement hommes-femmes ; vieillesse-jeunesse ; société-individu ; vivants-morts ; humains-dieux.

Je place une nouvelle fois une main sur ma bouche pour cacher mon bâillement. Cela m’apprendra à aller faire la fête un soir de semaine, et surtout à croire qu’une sortie de ce type pourrait changer quoi que ce soit.

Léo finit toujours pas draguer une fille. Quand il est parti avec celle de son choix, hier soir, il m’a brisé le cœur un peu plus. Je m’en veux de ressentir autant de peine pour quelqu’un qui ne partage pas mes sentiments, mais c’est plus fort que moi.

Depuis que je suis entrée à l’université, je me suis promis un millier de fois de partir pour fuir cette situation. Je ne sais pas, moi, pourquoi pas Londres ? Ça me permettrait d’approfondir mes connaissances en littérature anglaise.

Alice me dit souvent que je reste bloquée sur Léo et que ça m’empêche d’avancer, de tomber amoureuse d’un autre. Je lui rétorque qu’elle a tort, que je n’ai jamais rencontré quelqu’un susceptible de m’intéresser… Mais n’est-ce pas finalement à cause de lui ?

C’est dans des journées remplies de déceptions comme celle-ci que j’y pense beaucoup, à partir. Refaire ma vie ailleurs, loin de lui. Mais ensuite, quand je rentre chez moi, je me sens incapable de quitter mes proches, mes amis. Mon père… qu’est-ce qu’il ferait sans moi ? Et puis mon frère et Alice, ils m’apportent tellement…

— Hey, Louna !

Cathy chuchote en s’asseyant à côté de moi, mais elle attire tout de même l’attention de tout l’amphithéâtre.

— Qu’est-ce que j’ai loupé ? demande-t-elle en étalant ses affaires sur la table.

— Oh rien, juste la moitié du cours.

— Oh ça va ! Tu me files tes notes ?

Je soupire avant de lui tendre mon calepin. Cathy est ma copine de fac depuis notre première année, et je ne sais pas comment elle fait pour réussir ses examens étant donné son manque total de sérieux. Elle est très souvent absente et quasiment toujours en retard. Heureusement pour elle, je suis toujours là pour rattraper le coup et l’aider à comprendre ses cours. On pourrait croire que ça me dérange, mais pas du tout. En fait, j’adore expliquer ce que j’ai appris. Et puis ça m’entraîne pour le métier que je souhaite faire : professeur de lettres. De plus, j’aime beaucoup Cathy. Elle me fait rire, elle me fait du bien, tout simplement.

— Dis donc, t’as une sale gueule ! lâche-t-elle en me scrutant.

— Merci ! dis-je en m’efforçant de sourire.

— Non mais t’as pas dormi de la nuit, ou quoi ?

— Pas vraiment…

— Oh non, souffle-t-elle tristement. Encore à cause de lui ?

— En quelque sorte…

— Putain, Lou ! s’emporte-t-elle.

Le prof s’arrête pour nous regarder, et je gigote sur ma chaise, mal à l’aise. Du coup, mon amie se penche sur moi en continuant à voix basse :

— Franchement ça craint, tu ne peux pas…

La main en l’air pour qu’elle arrête de parler, je me tourne vers elle pour la fusiller du regard. Je n’aime pas me faire remarquer, j’ai horreur de passer pour la fille pas sérieuse devant mon prof, et surtout je déteste discuter de lui avec elle !

— Ce mec est un connard ! insiste-t-elle.

— Tu ne peux pas comprendre, soupiré-je.

— Oh c’est vrai, son lourd passé… Je suis désolée, mais ça n’explique pas son comportement !

Mon téléphone posé sur la table vibre et je n’ai pas le temps de l’attraper qu’elle a déjà commencé à lire le message qui m’est destiné.

— Attends, je rêve, il t’appelle « bébé » ? fait-elle, avec des yeux prêts à sortir de leurs orbites.

— Mais non, ce n’est pas dans ce sens-là, rétorqué-je en récupérant mon portable pour le ranger dans mon sac.

Elle hausse les sourcils, en attente d’une explication.

— Il m’appelle comme ça depuis toujours, car je suis la plus jeune, le bébé de la bande quoi !

Maintenant, c’est sa bouche qui s’ouvre en grand.

— Comme dans Dirty Dancing. Tout le monde appelle l’héroïne « Bébé »…

Mon sourire s’efface quand je remarque qu’elle ne comprend toujours pas.

— Bon écoute, laisse tomber !

— Toi, laisse tomber ce pauvre type !

Je tente de l’ignorer en faisant mine d’écouter notre maître de conférences afin de prendre des notes et, heureusement, elle finit par me lâcher. Comme je l’ai dit, elle ne peut pas comprendre. Personne ne le peut à part moi. Léo a vécu des choses qui font qu’il est comme il est et, ça, je suis la seule à le savoir.

Quand le cours se termine enfin, je me précipite pour ranger mes affaires dans mon sac.

— Pourquoi t’es si pressée ? m’interroge Cathy en plissant les yeux.

— Je suis épuisée, je veux rentrer chez moi.

Sa main se pose sur la mienne.

— Lou ?

— Quoi encore ?

— Promets-moi d’essayer encore une fois, me dit-elle sérieusement en me fixant avec peine.

— De quoi ?

— De prendre tes distances !

J’inspire profondément avant d’acquiescer d’un léger hochement de tête.

— Promis.

— Fais-le vraiment, Louna, insiste-t-elle en rangeant ses affaires. Ta vie ne peut pas tourner autour d’un mec qui t’ignore à ce point.

Je hoche tristement la tête. Je sais qu’elle a raison. Je sais pertinemment qu’il faut que je me sorte de cette situation.

— OK Cath. À demain ?

— Ouais, à demain.

Je quitte l’amphithéâtre en me disant que cette fois, peut-être, j’y arriverai.

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