Not Just Friends
Chapitre 20
Louna
Lilly continue de boire son café sans nous prêter attention. Nous sommes dans ce bar vintage que j’adore. Le style ancien donne un cachet incroyable au lieu : je m’y sens bien. Les lumières sont légèrement tamisées et une musique de fond nous permet de discuter sans avoir à crier comme lorsque nous sommes au pub.
— Tu es plus que prête, ma chérie ! lui répète Alice.
— Je ne sais pas…
Un homme a invité Lilly à dîner aujourd’hui, mais elle se juge encore trop meurtrie par sa dernière relation pour s’en réjouir.
— Tu en penses quoi, toi ? m’interroge-t-elle.
— Tu demandes ça à la pauvre fille qui n’a jamais vécu de relation de sa vie ?
Elles me regardent avec peine, mais c’est la triste réalité.
— Ton tour viendra ! m’assure Alice.
— Et sinon, dis-je pour ne surtout pas devenir le centre de cette discussion, je pense qu’un dîner n’engage à rien. Pourquoi ne pas essayer ? Si tu ne le sens pas, tu pourras toujours refuser de le revoir.
— Hum…, fait Lilly en réfléchissant. Explique-moi comment une célibataire endurcie comme toi réussit toujours à avoir de bons conseils en matière d’amour ?
Je hausse les épaules et nous éclatons toutes les trois de rire.
Mais ma bonne humeur s’évapore lorsque les garçons arrivent. Enfin, quand Léo apparaît. Les tensions entre nous se sont légèrement apaisées dernièrement et nous arrivons à passer des moments tous ensemble sans trop nous prêter mutuellement attention.
Ce qui me met dans tous mes états, ce n’est donc pas de me retrouver une fois de plus en sa présence, non. C’est plutôt de découvrir celle qui le tient par le bras et qui se dirige vers nous en riant.
Le pire, c’est son sourire à lui. L’ai-je déjà vu aussi heureux par le passé ? Je n’en suis pas sûre.
— Salut, les filles, je vous présente Amanda.
Elle nous adresse un signe avant de s’asseoir près de nous, et Léo lui lance un regard plein d’étincelles.
Outch !
Chacun de mes amis lui pose des questions banales sur ce qu’elle fait dans la vie, où elle habite… Tandis que moi, je sirote mon cocktail en tentant désespérément de cacher mon mal-être. Heureusement, Léo ne le remarque pas, trop occupé à boire les paroles de cette fille.
C’est vrai qu’elle est magnifique. Elle possède de beaux yeux verts en amande, et on peut voir sous sa petite robe en jean qu’elle a un corps parfait. Tous l’adorent déjà, comme si elle faisait partie du groupe.
La jalousie est un sentiment que je déteste mais, aujourd’hui, il m’accapare.
Quand Léo lui attrape la main pour la poser sur sa cuisse, je me lève, ce qui me vaut le regard de tous.
— Je vais me chercher un truc à grignoter, annoncé-je, faussement détachée. Quelqu’un veut quelque chose ?
Ils mettent tous une éternité à me répondre et je peux sentir une sincère compassion dans leur regard. Même Amanda paraît triste pour moi, comme si elle pouvait lire dans mes pensées. Bizarre.
Vivement, je pivote et fonce jusqu’au bar où je commande un cookie juste pour ne pas montrer que je cherchais seulement à m’esquiver. Je tente de maîtriser ma respiration quand une main sur mon épaule me fait sursauter.
— Tout va bien ? me dit Léo.
— Euh oui… ça va.
Je tente de sourire le plus naturellement possible, mais c’est trop dur. Déjà, car je ne vais pas bien. Mais aussi car ça fait une éternité que nous ne nous sommes pas retrouvés seul à seul.
— Écoute, Lou, commence-t-il. On n’a pas reparlé depuis…
Il pose enfin son regard sur moi en attendant que je dise quelque chose, mais je suis aussi gênée que lui.
— J’espère que c’est OK pour toi, en tout cas…
— Comment ça, OK pour moi ?
— Bah, Amanda et moi… Je veux dire, elle va faire partie de la bande maintenant.
— Oui, bien sûr, Léo ! affirmé-je en sentant mon cœur se compresser dans ma poitrine.
Sans doute le plus gros mensonge que j’aie pu dire de ma vie. Car, en ce moment même, je suis en train de me demander comment je vais faire pour gérer la présence de cette fille sans avoir envie de me cogner la tête contre un mur.
— Alors, je suis soulagé !
Il m’adresse un demi-sourire avant de se tourner légèrement pour regarder sa chère et tendre, qui hoche doucement la tête dans sa direction depuis notre table.
— On y retourne ? demande-t-il, enthousiaste.
— Attends une minute…
Léo m’interroge du regard.
— C’était quoi, ça ? fais-je d’une voix grave.
Il hausse les sourcils, surpris.
— Ce regard entre elle et toi ? précisé-je.
— Quel regard ? soupire-t-il. Tu ne vas pas commencer…
— Arrête, Léo ! Ne me prends pas pour une imbécile.
Il soupire de nouveau avant de me fixer, embarrassé.
— Ne me dis pas que… Tu lui as raconté ? ajouté-je en m’étouffant à moitié.
Pas de réponse.
— Oh non, c’est pas vrai !
— C’est ma petite amie !
J’ouvre grand la bouche, désemparée. Je ne sais plus quoi faire tellement je me sens humiliée. Quand je croise de nouveau le regard plein de pitié d’Amanda, c’en est trop. J’attrape mes affaires et quitte le bar.
Léo me rattrape à peine la porte franchie.
— Lou ! Putain mais qu’est-ce que tu fais ?
Je continue d’avancer en l’ignorant, mais il me force à m’arrêter en m’attrapant par les épaules.
— Ne me touche pas ! hurlé-je en me dégageant de sa prise.
— Tu me fais quoi, là ? m’interroge-t-il, visiblement surpris par ma réaction.
— Pourquoi tu lui as raconté, hein ? Ça te fait plaisir de me rabaisser aux yeux de tous, comme ça ?
— Écoute…, souffle-t-il plus calmement.
Léo n’a pas le temps de m’expliquer qu’Amanda nous rejoint.
— Que ça te plaise ou non, continue-t-il, elle fait partie de ma vie et c’est à elle que je dis tout dorénavant.
Mes yeux sont prêts à sortir de leurs orbites tellement je suis choquée par ce qu’il vient de me jeter au visage. Est-ce la présence de sa petite amie qui le rend aussi cruel ? Ou bien il m’en veut encore de lui avoir menti ?
— Tu essaies de me faire mal ? ne puis-je m’empêcher de demander.
— Non, c’est toi qui as commencé, tout allait très bien avant que tu…
Il ne finit pas sa phrase et secoue la tête en grimaçant. Comme si… comme si je le dégoûtais ! Quand mon regard dévie vers Amanda et que je remarque son léger sourire narquois, je ne tiens plus.
— Alors tu m’as remplacée ? demandé-je avec un air faussement détaché.
Sans répondre, Léo me dévisage avec hargne.
— J’imagine qu’elle est au courant de tout, dans ce cas…
Maintenant c’est lui qui écarquille les yeux. Il s’avance vers moi, la mâchoire crispée.
— Elle en pense quoi, de tous tes cauchemars ?
— Arrête ça ! me prévient-il en serrant les dents.
— J’imagine qu’elle sait que tu as une âme complètement bousillée, crié-je.
— Je te dis d’arrêter ! Ou je te jure que…
À mon tour, je fais un pas vers lui, de manière à ce que l’on ne soit plus qu’à quelques centimètres l’un de l’autre.
— Quoi, Léo ? Tu vas me faire quoi ? Me frapper comme te frappait ton père ?
Ahuri par mes paroles, il ouvre grand la bouche, et sa colère laisse vite place à… de la tristesse ?
Seigneur !
Je recule de quelques pas en me rendant compte de ce que je viens de dire. Amanda en profite pour s’interposer et l’attrape par le bras. D’un mouvement brusque, il se dégage et se rapproche vivement de moi. Instinctivement, je recule en fermant les yeux et je mets mon bras devant moi.
— Écoute-moi, Lou, écoute-moi bien. Je vais faire pire que te frapper. Je vais te dire la vérité ! Tu n’es plus rien pour moi, tu entends ? Tu n’as jamais rien été d’ailleurs ! Juste une pauvre fille seule qui me tenait compagnie quand j’en avais besoin !
Je déglutis en sentant mon cœur se briser en mille morceaux.
— Je ne veux plus jamais te revoir, crache-t-il.
Sur ce, il me tourne le dos avant de partir, sa petite amie sur ses talons.
Quant à moi, je reste quelques minutes sur le trottoir, choquée par ce qui vient de se produire.
La fameuse barrière entre l’amour et la haine… Celle qu’on dit si ténue… Eh bien, la voilà franchie.
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