Paris à la nage

Colombe Schneck · Chapitre 9 sur 46

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Paris à la nage

Piscine Catherine-Lagatu

PA R I S 1 0 e

 

P A R I S 1 0 e

 

PISCINE

 

C AT H E R I N E - L AG AT U

155, avenue Parmentier, 75010 Paris

 

P O U RQ U O I Y A L L E R ? Marine a entendu dire que Catherine -

Lagatu est une des dix plus jolies piscines de Paris, et moi qu’il

fallait aller chez Mami, une boulangerie orientale, fameuse pour

ses babkas, son pain au zaatar et ses bagels fourrés.

Ici, nous sommes dans le quartier de Marine, elle connaît toutes

les bonnes adresses. Elle a confirmé pour Mami et m’a assuré

que je pouvais trouver d’autres délices.

En marchant avec elle, j’ai mesuré nos zones d’ombre, les

trous de notre histoire, toutes ces rues inconnues à mes yeux

et qui sont pour elle familières, ce qui nous a manqué quand

nous étions séparées, chacune dans notre vie.

 

AV E C QU I ? Quelqu’un qui lit son journal ou un guide du cool

avant de faire quoi que ce soit. Quelqu’un qui a très faim donc.

C AT H E R I N E - L A G AT U

 

À QU E L M O M E N T D E L’A N N É E ? Au printemps, dès qu’on

peut déjeuner dehors. La piscine est au troisième sous-sol,

donc ce n’est pas là que vous trouverez la lumière.

 

V E S T I A I R E S E T C A S I E R S C’est une piscine tout en escaliers et en couloirs. L’ensemble n’est pas très gai, du gris et du beige,

des portes peintes en marron. Et des casiers gris clair à code.

 

E T E N P LU S Est-ce qu’elle mérite d’être citée dans les jolies piscines de Paris ? Pas certain. Mais, elle a des « plus ».

Le bâtiment date de 1966, elle était alors réservée aux écoliers

du groupe scolaire Parmentier. Une réfection réussie au début

du e XXI siècle : les colonnes en carrelage rouge et bleu, le très

beau mur en briques qui entoure le bassin.

La piscine a changé de nom et pris celui de Catherine-Lagatu,

une institutrice, résistante, sénatrice, élue du X e arrondisse-ment, combattante du droit des femmes, qui a beaucoup fait

pour le droit à l’avortement, l’égalité salariale ou le respect du

versement des pensions alimentaires en cas de divorce. En

nageant ici, nous lui rendons hommage. Un plus donc.

Le troisième plus : le personnel qui travaille ici, souriant,

accueillant, qui répond à toutes nos questions, aime sa piscine

malgré son gros défaut, ce troisième sous-sol qui donne quand

même l’impression de descendre dans un parking.

Et le dernier plus, c’est le jacuzzi, pour ceux qui aiment.

 

N O M B R E D E CO U L O I R S D E N AG E Cinq. Trois couloirs in-

diqués, lent, moyen, rapide et deux couloirs toutes nages.

J’ai demandé à un moniteur comment s’évaluer et trouver la

bonne ligne, parce que j’ai toujours un doute. Marine fait sa

brasse tranquille, quand moi je suis passée de nulle, à moyenne,

PA R I S 1 0 e

 

À 5 min à pied du

métro Goncourt.

 

Oui.

 

3,50 €

Du joli carrelage turquoise dans une

pièce mixte.

Impeccable.

 

Chlorée.

 

25 m x 15 m.

 

Du blanc. De 90 cm à 3,40 m.

27 degrés.

C AT H E R I N E - L A G AT U

 

puis beaucoup mieux sans oser nager avec les rapides.

– C’est une question de bonne volonté et d’évaluation. Sentir là

où vous n’allez pas vous faire dépasser et pondérer par le nom-

bre de nageurs. S’il y en a déjà six dans une ligne, vous allez

dans celle où il y en a trois, même si ce n’est pas exactement

votre niveau.

– II y a l’air d’avoir une bonne ambiance.

– Oui, ici, c’est très sympa. Ce sont des habitués de tous âges

qui viennent tous les jours et personne ne se dispute.

– Les gens se disputent plus ailleurs ?

– Oui, dans les piscines des beaux quartiers, les gens s’en-

gueulent pour des questions de ligne, de place dans la ligne et

de niveau, ils ont plus d’ego, ils veulent être les plus forts, mais

pas ici.

 

E N S O RTA N T En 2015, des furieux ont voulu détruire ce qu’on

aime faire par-dessus tout à Paris, parler, draguer, se disputer,

manger, écouter de la musique, ne rien faire en terrasse.

Nous sommes allées déjeuner au Petit Cambodge en pensant

à notre chance de Parisiennes, nos jambes nues, nos lunettes

de soleil, puis nous sommes passées à la grande et belle li-

brairie Les Nouveautés (45 bis, rue du Faubourg-du-Temple,

75010). Marine m’a offert Nagori : la nostalgie de la saison qui vient de nous quitter 1 , un livre de l’écrivaine et cuisinière Ryoko

Sekiguchi. Ensuite nous avons traversé la rue pour grignoter

chez Mami. Je voulais tout acheter, heureusement Marine m’a

arrêtée, on a choisi un babka à la cannelle. Elle voulait qu’on

admire aussi, à quelques mètres, les fraisiers et le flan à la

vanille du pâtissier Yann Couvreur (137, avenue Parmentier).

Cela valait le coup. Je n’ai jamais vu des gâteaux à la fois aussi

 

1. P.O.L., 2018 ; Folio, 2020.

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élégants et appétissants. J’ai regretté de ne plus avoir faim

pour un Hot-Fox, un hot-dog comme un bijou, une saucisse

rose et dorée parsemée d’oignons confits, de Savora, de thym,

de cornichons dans une fine pâte feuilletée. Marine me dit

qu’on peut admirer sans goûter à tout. Regarder c’est bien,

mais j’ai quand même regretté la chakchouka que je n’ai pas

goûtée chez Levantine (le restaurant moyen-oriental du même

propriétaire que Mami).

On aurait pu aussi rentrer chez Urban Bakery, j’aurais rapporté

du bon pain chez moi et je l’aurai congelé pour un matin de

disette où il ne reste que des biscottes.

Ce quartier est un nid à regrets culinaires, il est aussi une ex-

cellente revanche sur les salauds.

Le Petit Cambodge : 20, rue Alibert, 75010 Paris.