Paris à la nage

Colombe Schneck · Chapitre 39 sur 46

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Paris à la nage

Piscine Édouard-Pailleron

PA R I S 1 9 e

 

P A R I S 1 9 e

 

PISCINE

 

É D O UA R D - PA I L L E RO N

32, rue Édouard-Pail leron, 75019 Paris

 

P O U RQ U O I Y A L L E R ? C’est la première piscine où nous

sommes allées nager ensemble.

Marine m’a proposé qu’on aille à Pailleron, juste à côté de chez

elle. Elle y nage régulièrement, c’est sa piscine, pour elle, il n’y

a pas mieux.

Moi, bien sûr, j’avais des a priori. Avec ce nom, Pailleron, j’ima-

ginais une piscine années 60 avec de l’amiante et des risques

d’incendie.

C’est l’une des plus belles piscines de Paris, un monument

historique dessiné par l’architecte-ingénieur Lucien Pollet

(qui a aussi conçu Pontoise) en 1934 dans le cadre d’un plan

d’aménagement de piscines des quartiers ouvriers de la

capitale.

Bâtiment de brique, bassin central couvert d’une verrière et

É D O U A R D - PA I L L E R O N

 

entouré de deux étages de cabines, elle a été abandonnée en

1990 et rénovée en 2006 par l’architecte Marc Mimram, qui a

conservé la beauté sobre du bâtiment et ajouté une patinoire et

un grand bassin rond pour les enfants.

 

AV E C Q U I ? Des esthètes qui aiment l’architecture fonction-

nelle des années 30.

Des enfants pour l’espace qui leur est consacré.

Des gens qui veulent bien aller à la piscine, mais n’aiment pas

nager, préfèrent le patinage ou infuser dans un jacuzzi.

 

À QU E L M O M E N T D E L’A N N É E ? L’hiver, quand il fait beau,

pour le soleil qui traverse la verrière.

Au printemps, en été et au début de l’automne pour s’allonger

sur la pelouse.

 

AC C È S Arrêt de bus Marché-Secrétan (ligne 26) à trois min-utes à pied ou métro Bolivar mais sur la ligne 7 bis. Sinon

Jaurès ou Colonel-Fabien à dix minutes. C’est loin de chez moi

(Rive gauche) mais j’y retournerai avec plaisir, et pas seule-

ment en raison de la beauté de cette piscine, mais peut-être

parce que cela reste un vrai quartier, avec son collège, ses

cafés un peu pourris et un début d’embourgeoisement rassur-

ant pour quelqu’un comme moi.

 

V E S T I A I R E S E T C A S I E R S Vestiaire individuel, vaste, avec

deux portes, on entre habillé d’un côté, on sort en maillot de

l’autre, mais j’ai passé dix minutes à fermer une porte, l’au-

tre s’ouvrait, j’ai cru que c’était fait exprès, je me suis donc

déshabillée avec la trouille que quelqu’un entre, en trouvant

cela bizarre quand même ce système, jusqu’à ce que Marine

m’explique qu’il fallait fermer les deux portes en même temps

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Oui, avec un ascen-

seur.

À 27 degrés, je n’ai

pas le temps d’avoir

2,80 €. Pas d’accès

froid quand je me

avec la carte des pis-

glisse dans l’eau, ni

cines muni cipales, elle

trop chaud après

est gérée par l’UCPA,

quelques longueurs.

il faut un abonnement

La bonne température

à part.

dépend de votre mé-

canique personnelle, de votre thermostat

interne, de votre goût,

certains aiment la fraîcheur, d’autres ont Carrelage impeccable toujours froid. le jour de notre visite.

33 m x 15 m.

C’est une longueur

idéale (même si

j’adore les piscines

de 50 m), avec 33, on De 90 cm à 2,50 m n’a pas le sentiment Les 90 cm durent de devoir stopper trop longtemps et don- Chlore gazeux moins vite son élan. nent la sensation agressif.

de toucher le fond Sensation d’une eau de la piscine, pas

douce à température

forcément agréa- très agréable. ble.

 

Une vaste piscine ronde pour les enfants qui

veulent s’amuser et leurs parents.

Un bain à bulles (sorte de jacuzzi géant)

réservé aux adultes (pas pour moi, mais je

connais des gens qui adorent).

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pour que le battant qui relie les deux portes se coince. Il faut

donc être assez agile.

Les cabines colorées des années 30 ne sont accessibles qu’au

personnel de la piscine, dommage. On peut juste les admirer en

nageant.

 

Casiers à code pour laisser ses affaires (super, pas besoin de

pièce).

 

D O U C H E S Douches séparées pour femmes. Elles sont pro-

pres et chaudes comme il faut.

 

N O M B R E D E CO U L O I R S D E N AG E Six couloirs, très bien répartis : nageurs lents, crawl-dos allure moyenne, crawl-dos

allure rapide, nage avec palmes, brasse papillon, nageurs lents.

Là, il faut choisir, pas évident d’évaluer sa vitesse, lente,

moyenne, rapide ? Cela dépend des piscines et des heures, si

je vois des champions dans la ligne rapide, je nage avec les

moyens. On repère vite les champions : gros muscles, aisance,

concentration, souvent une pince sur le nez, ils ou elles sont

déjà à l’autre bout de la ligne alors que vous venez à peine de les

remarquer. Je ne nage jamais la brasse ou le dos crawlé dans

une ligne rapide ou moyenne pour ne pas gêner les crawleurs.

J’aime nager avec des palmes pour la sensation de flotter et

d’avancer très vite, je prends la ligne « avec matériel », sinon

on est dangereux pour les autres et j’évite de m’y mettre quand

je n’en porte pas pour ne pas risquer de prendre un coup de

palmes ou de plaques.

 

V U E QUA N D O N N A G E L E D O S C R AW L É Un vaste ciel

traversé de rayons de soleil grâce à la magnifique verrière.

É D O U A R D - PA I L L E R O N

 

E N S O RTA N T Grandes baies ouvertes sur une pelouse où

il est possible de s’étendre. Quelques arbres, on entend les

oiseaux, presque les vacances.

 

À trois minutes à pied, on peut s’arrêter chez PM Thaï (53,

avenue Secrétan), un minuscule thaïlandais à la cuisine fraîche

et savoureuse, il faut goûter leur poisson frit.

 

À cinq minutes à pied, chez Yaya Secrétan (33, avenue

Secrétan) une terrasse arborée devant le marché. Aubergines

confites avec yaourt grec.

 

• Italiens ? Japonais ? Chinois ? Non. Les raviolis de Magda, ils sont

géorgiens. Et ils sont drôlement bons, tout dodus et gorgés de bouillon.

Dans son ancienne vie, Magda Gegenava était dentiste. Désormais, elle

est cheffe à Paris et elle parfume le quartier de Stalingrad de sa petite

cuisine installée dans un cabanon à l’ombre de la Rotonde. Choisissez

un Chkmeruli ou un Lobio. À déguster au bord du canal. À la fraîche.

Chez Magda : La Rotonde, 75019 Paris.

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É D O U A R D - P A I L L E R O N

 

Charlie, un grand gars aux cheveux longs et aux fines lunettes,

donne des cours à des jeunes qui font de la compétition, mais à

l’heure où je vais nager, il est juste là pour surveiller.

Il s’ennuie et peu à peu, s’est mis à me donner des conseils.

Il me propose des éducatifs (des exercices répétitifs pour

C H A R L I E O U L ’ E F F O R T S O U T E R R A I N

 

améliorer son geste), m’impose de faire des lignes seulement

avec des battements de jambes.

Je lui obéis. Il me montre combien le crawl est une altern-

ance d’un art du moindre effort et de son opposé. Alors que le

bras en l’air est souple, doux, sous l’eau, il est presque violent,

il faut ramasser le plus d’eau possible, la rejeter derrière soi,

pour avancer. Pousser contre le mur du bassin pour se laisser

glisser. Grâce à lui, je comprends aussi combien l’effort du

crawl est souterrain. Cette idée que l’effort doit être caché, et

plus il est caché plus il est puissant, me plaît.

Personne ne s’en inquiète. Ni l’auteur qui n’a pas à diminuer

son ambition, ni l’observateur qui n’a pas à avoir peur de la

concurrence.

J’ai demandé à Charlie comment le remercier, il m’a dit qu’un

sourire lui suffisait, que cela l’amusait de me voir progresser.

J’ai insisté.

– Un livre peut-être ?

– Ah oui, j’adore Gary, je veux bien Éducation européenne 1 de

Romain Gary que je n’ai pas lu.

On a donc trouvé notre accord, l’effort souterrain contre Gary.

 

1. Folio, 1972.