Paris à la nage

Colombe Schneck · Chapitre 45 sur 46

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Paris à la nage

Piscine de Châtillon-Malakoff

C H ÂT I L L O N - M A L A K O F F

 

C H Â T I L L O N

 

PISCINE DE

 

C H ÂT I L LO N - M A L A KO F F

57, rue Jean-Bouin, 92320 Châtillon

 

P O U RQ U O I Y A L L E R ? Pour trouver « la meilleure piscine du

monde » ?

Pour continuer à visiter ce qui ne se visite pas et qui est pour-

tant bien vivant, tous ces lieux à l’histoire modeste. Aller à

la nage en banlieue et ailleurs est la suite naturelle de notre

promenade dans ces rues que l’on emprunte seulement parce

qu’on y vit, qu’on y travaille et où nous sommes allées sans

autres raisons que nager.

 

AV E C Q U I ? Un ami fatigué et persévérant qui a besoin de

prendre l’air sans en avoir les moyens.

La piscine intercommunale de Châtillon-Malakoff se mérite, pas

de métro ou de RER direct de Paris, il faut changer, prendre

un bus, mais cela vaut le coup. Il y a quatre bassins, dont deux

pour les enfants et un de 50 mètres extérieur.

C H ÂT I L L O N - M A L A K O F F

 

À QU E L M O M E N T D E L’A N N É E ? Au printemps, ou en sep-

tembre, quand il fait déjà ou encore chaud, mais que personne

ne s’en est encore rendu compte et n’envisage d’aller à la

piscine.

L’hiver, pour l’ambiance « chalet en bois » de la piscine intérieure

de 25 mètres, l’odeur des sapins.

 

AC C È S Métro ligne 13 jusqu’au terminus, puis bus 191 (arrêt

Barbusse) ou 323 (arrêt Védrines) ou tramway ligne 6 (arrêt

Centre-de-Châtillon).

Bien sûr, nous nous sommes perdues dans des rues avec

pavillons en pierre, dans d’autres avec des petits immeubles

et des jardins. Est-ce que je pourrais habiter ici ? Dans une

maison ? Je cultiverais un potager et j’aurais moins le temps

d’aller au café, c’est ce qui manque ici, un café au coin de la

rue et une bonne boulangerie. Marine rigole.

– Toi, quitter Paris ?

– Oui, pourquoi pas.

Finalement on a trouvé le « stade nautique », une maison beige

très années 90 avec son toit pointu (elle doit être reconstruite,

l’intérieur est une « passoire thermique »).

 

V E S T I A I R E S E T C A S I E R S Un long couloir tristounet au car-relage gris.

Casiers étroits et à pièce (le modèle tube qui s’ouvre d’un coup

et qui n’est pas bien pratique pour ranger un manteau et ses

chaussures). Ici, ils sont blancs et bleus.

 

D O U C H E S Une pièce ronde mixte qui fait penser à celle d’une

colonie de vacances, des jets ramollis autour d’un poteau

central.

C H ÂT I L L O N - M A L A K O F F C h â t i l l o n C h â t i l l o n C h â t i l l o n

 

6 € 27 degrés. Avec cette

température, l’air ex-

térieur ce jour-là à 24,

le soleil, c’était parfait.

 

Oui.

Le ciel à l’extérieur.

Le toit aux poutres de

bois à l’intérieur.

Pour la piscine ex-

térieure, elle est de 50 m x 20 m (il y 1,80 m sur toute la a donc de la place longueur. pour nager).

Propre et chlorée.

 

8 avec plein de possibilités, fort, moyen, lent,

avec matériel...

 

RAS.

 

À l’intérieur, le bassin avec un toboggan géant

et coloré pour les enfants et une fosse de 4 m

de profondeur pour plonger.

À l’extérieur, ce bassin de 50 m ouvert toute

l’année, les chaises longues, le kiosque pour se

restaurer.

C H ÂT I L L O N - M A L A K O F F

 

E N S O RTA N T Dans l’enceinte de la piscine, s’offrir une bois-

son, des acras de morue, un bâton de glace au kiosque, s’al-

longer sur une chaise longue comme dans un hôtel, ne pas en

revenir de notre chance.

Un après-midi en semaine, fin septembre, tout le monde a l’air

ravi du temps mordu sur l’adversité, comme nous.

C’est super, on ne bouge plus.

Nager vous oblige à prendre du temps, on se perd pour trouver

l’endroit, on tâtonne dans les vestiaires, puis il faut se déshabiller,

nager, se sécher, trouver un café. Découvrir un lieu non par ses

musées, ses bistros, ses plus belles rues, ses monuments, mais

par là où ses habitants vivent. Des rues résidentielles ou com-

merçantes, ce genre de rues discrètes, sur lesquelles on n’écrit

pas, mais où pourtant une histoire se fabrique.

 

J’ai pris l’habitude de prendre un maillot et mes lunettes quand

je voyage. Je suis allée nager à la piscine de Saint-Étienne, à

Nantes, à Nancy, à Cherbourg, à Marseille, au Havre, à Deauville,

à Dijon, à Montpellier, à Rennes, à Bordeaux, à Amsterdam, à

Genève, à New York, à Shanghai, à Santa Cruz de la Sierra en

Bolivie et à Vienne en Autriche. C’est à chaque fois différent.

La splendeur de la blanche piscine du Havre dessinée par Jean

Nouvel, un grand luxe ouvert à tous. Ce groupe de gens âgés à

Amsterdam qui arrive, on nous demande de sortir, la piscine

leur est réservée, ils dansent dans l’eau, la musique de salsa

rien que pour eux. Ces nageurs qui marchent avec leurs chaus-

sures au bord de la piscine à New York, est-ce que ce n’est pas

dégoûtant ? Ces lignes vides à Vienne, mais où sont les nageurs ?

Ces nageurs tous blancs à Santa Cruz alors que 90 % de la pop-

ulation est indienne. Qu’est-ce que cela veut dire de la société

bolivienne ? Ce magnifique Cercle des Nageurs à Marseille, un

club privé où des dames âgées viennent tous les jours, même

l’hiver, je veux être l’une d’elles, mais dans une ville où les jeunes

n’apprennent pas à nager, faute de piscines municipales, le ris-

que de noyade est grand, et oblige à s’interroger. Qu’est-ce qui

N A G E R E S T U N V O YA G E

 

s’est passé à Marseille pour que la mairie, les élus méprisent à

ce point ses habitants ?

À Paris, en banlieue parisienne, elles sont nombreuses (mais

pas assez par rapport au nombre d’habitants), signe que les élus

agissent, ont des projets, les appliquent parfois.

Nager est aussi un voyage social et politique.

 

Traverser l’autoroute qui sépare Paris du reste du monde, et

tracer ainsi de piscine en piscine, une histoire commune et hum-

ble, celles des habitants et de leurs vies quotidiennes. Comment

ils se déshabillent, à quoi ressemblent leurs maillots de bain,

comment ils avancent leurs bras, brutalement ou tendrement,

comment ils se douchent, leur manière de se laver les chev-

eux, après-shampoing ou non, comment ils se sèchent, s’ils

commencent par la tête ou les pieds, comment ils se rhabillent,

comment ils remettent leurs chaussettes, est-ce qu’ils ont du

mal, les chaussettes sont toujours dures à enfiler sur les pieds

humides, elles ne glissent pas, si elles sont trop longues et que

votre pantalon est étroit, c’est compliqué, ce père qui brosse et

sèche attentivement les cheveux de sa fille de 8 ans, cette mère

qui laisse siffler sous la douche de toutes ses forces un garçon

plus âgé sans intervenir. Les observer, il y a tant d’intimité ici,

c’est en apprendre tellement sur nos minuscules et parlantes

différences.

Nager est une aventure discrète.

 

Nous avons marché dans des rues qui nous étaient inconnues

et qui ne le sont plus, nagé dans des piscines qui étaient mys-

térieuses et qui se sont découvertes pour nous.

De Belleville à la porte de la Plaine, d’Auteuil à Vincennes, nous

sommes corps et âme plus intimement reliées à un ensemble,

Paris nous appartient davantage.