Paris à la nage
Piscine de Châtillon-Malakoff
C H ÂT I L L O N - M A L A K O F F
C H Â T I L L O N
PISCINE DE
C H ÂT I L LO N - M A L A KO F F
57, rue Jean-Bouin, 92320 Châtillon
P O U RQ U O I Y A L L E R ? Pour trouver « la meilleure piscine du
monde » ?
Pour continuer à visiter ce qui ne se visite pas et qui est pour-
tant bien vivant, tous ces lieux à l’histoire modeste. Aller à
la nage en banlieue et ailleurs est la suite naturelle de notre
promenade dans ces rues que l’on emprunte seulement parce
qu’on y vit, qu’on y travaille et où nous sommes allées sans
autres raisons que nager.
AV E C Q U I ? Un ami fatigué et persévérant qui a besoin de
prendre l’air sans en avoir les moyens.
La piscine intercommunale de Châtillon-Malakoff se mérite, pas
de métro ou de RER direct de Paris, il faut changer, prendre
un bus, mais cela vaut le coup. Il y a quatre bassins, dont deux
pour les enfants et un de 50 mètres extérieur.
C H ÂT I L L O N - M A L A K O F F
À QU E L M O M E N T D E L’A N N É E ? Au printemps, ou en sep-
tembre, quand il fait déjà ou encore chaud, mais que personne
ne s’en est encore rendu compte et n’envisage d’aller à la
piscine.
L’hiver, pour l’ambiance « chalet en bois » de la piscine intérieure
de 25 mètres, l’odeur des sapins.
AC C È S Métro ligne 13 jusqu’au terminus, puis bus 191 (arrêt
Barbusse) ou 323 (arrêt Védrines) ou tramway ligne 6 (arrêt
Centre-de-Châtillon).
Bien sûr, nous nous sommes perdues dans des rues avec
pavillons en pierre, dans d’autres avec des petits immeubles
et des jardins. Est-ce que je pourrais habiter ici ? Dans une
maison ? Je cultiverais un potager et j’aurais moins le temps
d’aller au café, c’est ce qui manque ici, un café au coin de la
rue et une bonne boulangerie. Marine rigole.
– Toi, quitter Paris ?
– Oui, pourquoi pas.
Finalement on a trouvé le « stade nautique », une maison beige
très années 90 avec son toit pointu (elle doit être reconstruite,
l’intérieur est une « passoire thermique »).
V E S T I A I R E S E T C A S I E R S Un long couloir tristounet au car-relage gris.
Casiers étroits et à pièce (le modèle tube qui s’ouvre d’un coup
et qui n’est pas bien pratique pour ranger un manteau et ses
chaussures). Ici, ils sont blancs et bleus.
D O U C H E S Une pièce ronde mixte qui fait penser à celle d’une
colonie de vacances, des jets ramollis autour d’un poteau
central.
C H ÂT I L L O N - M A L A K O F F C h â t i l l o n C h â t i l l o n C h â t i l l o n
6 € 27 degrés. Avec cette
température, l’air ex-
térieur ce jour-là à 24,
le soleil, c’était parfait.
Oui.
Le ciel à l’extérieur.
Le toit aux poutres de
bois à l’intérieur.
Pour la piscine ex-
térieure, elle est de 50 m x 20 m (il y 1,80 m sur toute la a donc de la place longueur. pour nager).
Propre et chlorée.
8 avec plein de possibilités, fort, moyen, lent,
avec matériel...
RAS.
À l’intérieur, le bassin avec un toboggan géant
et coloré pour les enfants et une fosse de 4 m
de profondeur pour plonger.
À l’extérieur, ce bassin de 50 m ouvert toute
l’année, les chaises longues, le kiosque pour se
restaurer.
C H ÂT I L L O N - M A L A K O F F
E N S O RTA N T Dans l’enceinte de la piscine, s’offrir une bois-
son, des acras de morue, un bâton de glace au kiosque, s’al-
longer sur une chaise longue comme dans un hôtel, ne pas en
revenir de notre chance.
Un après-midi en semaine, fin septembre, tout le monde a l’air
ravi du temps mordu sur l’adversité, comme nous.
C’est super, on ne bouge plus.
Nager vous oblige à prendre du temps, on se perd pour trouver
l’endroit, on tâtonne dans les vestiaires, puis il faut se déshabiller,
nager, se sécher, trouver un café. Découvrir un lieu non par ses
musées, ses bistros, ses plus belles rues, ses monuments, mais
par là où ses habitants vivent. Des rues résidentielles ou com-
merçantes, ce genre de rues discrètes, sur lesquelles on n’écrit
pas, mais où pourtant une histoire se fabrique.
J’ai pris l’habitude de prendre un maillot et mes lunettes quand
je voyage. Je suis allée nager à la piscine de Saint-Étienne, à
Nantes, à Nancy, à Cherbourg, à Marseille, au Havre, à Deauville,
à Dijon, à Montpellier, à Rennes, à Bordeaux, à Amsterdam, à
Genève, à New York, à Shanghai, à Santa Cruz de la Sierra en
Bolivie et à Vienne en Autriche. C’est à chaque fois différent.
La splendeur de la blanche piscine du Havre dessinée par Jean
Nouvel, un grand luxe ouvert à tous. Ce groupe de gens âgés à
Amsterdam qui arrive, on nous demande de sortir, la piscine
leur est réservée, ils dansent dans l’eau, la musique de salsa
rien que pour eux. Ces nageurs qui marchent avec leurs chaus-
sures au bord de la piscine à New York, est-ce que ce n’est pas
dégoûtant ? Ces lignes vides à Vienne, mais où sont les nageurs ?
Ces nageurs tous blancs à Santa Cruz alors que 90 % de la pop-
ulation est indienne. Qu’est-ce que cela veut dire de la société
bolivienne ? Ce magnifique Cercle des Nageurs à Marseille, un
club privé où des dames âgées viennent tous les jours, même
l’hiver, je veux être l’une d’elles, mais dans une ville où les jeunes
n’apprennent pas à nager, faute de piscines municipales, le ris-
que de noyade est grand, et oblige à s’interroger. Qu’est-ce qui
N A G E R E S T U N V O YA G E
s’est passé à Marseille pour que la mairie, les élus méprisent à
ce point ses habitants ?
À Paris, en banlieue parisienne, elles sont nombreuses (mais
pas assez par rapport au nombre d’habitants), signe que les élus
agissent, ont des projets, les appliquent parfois.
Nager est aussi un voyage social et politique.
Traverser l’autoroute qui sépare Paris du reste du monde, et
tracer ainsi de piscine en piscine, une histoire commune et hum-
ble, celles des habitants et de leurs vies quotidiennes. Comment
ils se déshabillent, à quoi ressemblent leurs maillots de bain,
comment ils avancent leurs bras, brutalement ou tendrement,
comment ils se douchent, leur manière de se laver les chev-
eux, après-shampoing ou non, comment ils se sèchent, s’ils
commencent par la tête ou les pieds, comment ils se rhabillent,
comment ils remettent leurs chaussettes, est-ce qu’ils ont du
mal, les chaussettes sont toujours dures à enfiler sur les pieds
humides, elles ne glissent pas, si elles sont trop longues et que
votre pantalon est étroit, c’est compliqué, ce père qui brosse et
sèche attentivement les cheveux de sa fille de 8 ans, cette mère
qui laisse siffler sous la douche de toutes ses forces un garçon
plus âgé sans intervenir. Les observer, il y a tant d’intimité ici,
c’est en apprendre tellement sur nos minuscules et parlantes
différences.
Nager est une aventure discrète.
Nous avons marché dans des rues qui nous étaient inconnues
et qui ne le sont plus, nagé dans des piscines qui étaient mys-
térieuses et qui se sont découvertes pour nous.
De Belleville à la porte de la Plaine, d’Auteuil à Vincennes, nous
sommes corps et âme plus intimement reliées à un ensemble,
Paris nous appartient davantage.