Paris à la nage

Colombe Schneck · Chapitre 29 sur 46

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Paris à la nage

Piscine Henry-de-Montherlant

PA R I S 1 6 e

 

P A R I S 1 6 e

 

PISCINE

H E N RY - D E - M O N T H E R L A N T

30, boulevard Lannes, 75016 Paris

 

P O U RQ U O I Y A L L E R ? Pour la proximité avec l’ambassade

de Russie, qui, lorsque nous étions petites, s’appelait l’ambas-

sade d’URSS, et dont le vaste bâtiment en béton, symbolisant

la puissance et l’opacité de l’empire soviétique, nous faisait

frémir. Il est toujours là, son ombre imposante sur le boulevard.

Le quartier des ambassades donne l’impression d’être ailleurs,

que chaque passant est un espion qui vient du froid, et que

peut-être ici, au bord du bassin, il n’aura pas le choix, il devra

se mettre à nu, révéler qui il est vraiment.

Et une pensée pour le si beau Passion simple 1 d’Annie Ernaux,

une histoire d’amour en sens unique pour un diplomate sovié-

tique dans les années 80.

La piscine semble un havre de normalité sur ce boulevard qui

 

1. Gallimard, 1992.

H E N R Y - D E - M O N T H E R L A N T

 

ne l’est pas. D’ailleurs, on a dû s’y prendre à plusieurs fois pour

entrer. Comme pour toutes les piscines municipales à Paris,

les horaires sont magiques ; elles peuvent être annoncées sur

le site comme ouvertes, ouvertes aussi quand on appelle la

veille, et là, surprise, non, la piscine est fermée pour différentes

raisons tout à fait justifiées.

La première règle quand on va à la piscine est de vérifier autant

que possible qu’elle est ouverte au public.

 

AV E C Q U I ? Une âme romanesque. Entre l’avenue Georges- Mandel, le boulevard Lannes, ces grands immeubles, ces

grands arbres, il y a de quoi imaginer de grands romans.

 

À QU E L M O M E N T D E L’A N N É E ? Quand les arbres de l’ave-

nue déploient leurs feuilles et donc un peu d’ombre sur ce long

et large et mélancolique boulevard Lannes.

 

V E S T I A I R E S E T C A S I E R S Du carrelage blanc sans imagina-

tion. Petits casiers en plastique pas bien pratiques, aux couleurs

vives, jaune et vert.

 

D O U C H E S Petites et correctes.

 

N O M B R E D E CO U L O I R S D E N AG E Intense débat entre les utilisateurs de cette piscine sur l’absence de vrais couloirs. Ici,

une ligne sur deux est supprimée, les couloirs sont donc dou-

bles. On a eu du mal à comprendre comment se placer pour

ne pas rentrer dans les autres nageurs. Faut-il rester sur la

même ligne ? Se placer toujours à droite ? Ce n’est pas clair.

Heureusement, la piscine n’est pas trop fréquentée et on s’en

est sorties.

PA R I S 1 6 e

 

Il faut marcher 10 min

depuis les stations

Oui.

de métro Porte-

Dauphine ou Rue-de-

la-Pompe.

 

Deux bassins.

3,50 €, ce qui ici paraît

Le grand mesure

moins cher, tant le

25 m x 15 m avec une

quartier est luxueux.

profondeur minimale d’1,20 m, ce qui est vraiment bien.

Le petit mesure 15 m x

6 m. Profondeur mini-

male 0,70 m.

27 degrés pour le

grand bassin. 28

degrés pour le petit

bassin.

 

Un faux plafond à

Acide sulfurique.

lattes blanches. De toute manière, le dos

crawlé est déconseillé,

sauf si on sait nager

très droit (ce qui n’est

Impeccable.

pas mon cas) car en

l’absence de lignes qui vous guident, on

risque de heurter un

nageur.

Les grandes baies vitrées qui donnent sur un

espace arboré ». «

H E N R Y - D E - M O N T H E R L A N T

 

E N S O RTA N T Marcher le long des larges avenues bordées

d’arbres de ce XVI e nord, admirer les immeubles haussman-niens, ceux des années 30, les hôtels particuliers du e XIX siècle

plus tarabiscotés, le ménage parfait que l’on devine à travers

les fenêtres.

 

Il y a très longtemps, j’avais un amoureux qui habitait dans le

XVI e et il m’emmenait dîner au Stella, une brasserie, et pas une imitation avec des frites en carton.

J’ai proposé à Marine un retour en arrière. De toute manière

il n’y avait rien à côté, à part une pizzeria en plein air dont la

musique était trop forte pour nos délicates oreilles.

Au Stella, tout est délicieux, mais cher. On a parlé rangement.

Que garder ? Que jeter ? Marine est pour garder ce qui fait du

bien et jeter le reste. Je crois qu’on doit maintenir un lien avec

le passé quel qu’il soit, on a beau le rejeter, il revient toujours.

Je jette parfois des affaires et je regrette, et je garde des cho-

ses sans importance, on ne sait jamais, elles serviront un jour.

C’était une bonne discussion, un premier déjeuner au soleil

dans un mois de mai très pluvieux. Nous étions dans un Paris

rêvé, à l’ombre d’un parasol, dans une avenue calme et pour-

tant vivante, un serveur aussi efficace que souriant, des frites

craquantes et bien grasses.

 

Le Stella : 133 avenue Victor-Hugo, 75016 Paris.

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