Paris à la nage

Colombe Schneck · Chapitre 42 sur 46

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Paris à la nage

Piscine Georges-Vallerey

PA R I S 2 0 e

 

P A R I S 2 0 e

 

PISCINE

G E O RG E S - VA L L E R E Y

148, avenue Gambetta, 75020 Paris

 

P O U RQ U O I Y A L L E R ? Le mot « Olympique » et ses cinq

anneaux inscrits sur le fronton qui font rêver.

L’architecte Léopold Bévière a conçu ici la première piscine

olympique moderne pour les Jeux de 1924 où le bassin olym-

pique de 50 mètres devient la norme. C’est aussi la première

fois qu’on ne nage plus en « eau libre », des lignes départagent

les nageurs.

Huit tourelles (qui lui donnent son premier nom, piscine des

Tourelles) abritent les escaliers et rythment les façades, les

gradins permettent d’asseoir 6 000 personnes. Tout est

immense et impressionne. La natation devient, en partie grâce

à ce bâtiment, un des sports phares des JO de 1924.

La rénovation des années 80, par Roger Taillibert, l’architecte

du Parc des Princes, a laissé son empreinte sur le bâtiment.

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L’élégance monumentale des années 20 s’est alourdie.

 

AV E C Q U I ? Un grand enfant qui rêve des JO.

 

À QU E L M O M E N T D E L’A N N É E ? L’été, le toit s’ouvre, on s’assoit au soleil sur les gradins. Il fait trop chaud. Il y a beaucoup

de monde et de bruit, c’est presque les JO.

 

V E S T I A I R E S E T C A S I E R S Ils sont séparés, hommes d’un côté, femmes de l’autre. La mixité obligatoire des vestiaires

date de 2006. Elle n’est pas toujours respectée et tant mieux.

 

Casiers à code. C’est la seule touche moderne ici.

 

D O U C H E S Elles sont vieillottes, tristounettes, mais correctes

et surtout elles ne sont pas mixtes. L’eau est bien chaude. Le

tout doit être fermé pour quinze mois de travaux en juin 2022

afin d’ouvrir pour les JO de Paris de 2024, dont l’un des enjeux

est « de tendre vers l’accessibilité universelle », cela signifie que

l’accès aux douches et aux vestiaires sera plus facile pour les

personnes handicapées.

 

N O M B R E D E CO U L O I R S D E N AG E Huit avec des indica-

tions de niveau.

 

Je nage toujours la même distance, 1 kilomètre. Je compte par

aller-retour, parfois, je ne sais plus où j’en suis. J’ai un ami qui,

pour ne pas oublier, crie à la fin de chaque longueur, 5, 6, 7, du

coup, il entend en écho le chiffre et se le rappelle.

 

E N S O RTA N T Porte des Lilas. On regarde tout. Marcher en

ville, à Paris, est passionnant. Il y a toujours une vitrine qui

donne faim, un mélange de beauté et de laideur, de bruit et

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3,50 € (ce n’est pas À 2 min à pied du une gestion de la métro Porte-des-Lilas. Oui. ville, mais l’abon-

nement municipal

fonctionne).

La rénovation des années 80 est visible

ici. La profondeur est

50 m x 21 m. Le bas-

Très propre. Mais la modifiable selon les

sin peut être divisé en

rénovation de 1986 activités. Elle peut al-

deux fois 25 m. Il faut

paraît loin, la fresque ler jusqu’à 3 m pour la

donc vérifier avant

à carreaux de l’entrée natation synchronisée,

de s’y rendre (cela

s’effondre. être remontée à 80 cm

change tous les jours)

Marine a cru de loin pour le water-polo ou

si vous avez le droit au

que les « pitons qui sor- l’initiation à la nage.

50 m.

taient du carrelage »

étaient faits exprès,

une installation du

mouvement artistique

« supports/ surfaces Si le toit est ouvert, le »,

en s’approchant, elle a ciel, sinon un revête- Acide sulfurique. rigolé, c’était juste le ment pas réussi en signe d’un effritement. plastique.

 

Savoir que Johnny Weissmuller, le futur Tarzan, 27 degrés. a nagé ici et a gagné le record du 400 m nage

libre.

C’est une piscine de championnes et de cham-

pions, le lieu de nombreuses compétitions

depuis les JO de 1924, et c’est galvanisant. Je

nageais et je m’y croyais, d’ailleurs j’ai nagé

plus rapidement que d’habitude.

Mais comme souvent pour les piscines de 50 m

homologuées, elle est réquisitionnée pour les

compétitions et fermée plus régulièrement au

public. Donc, bien se renseigner avant d’y aller.

G E O R G E S - V A L L E R E Y

 

de calme, de fleurs coincées dans le bitume, d’abandon, de

saleté, de grandeur, un potager collectif derrière un grillage,

des projets qui font rêver ou qui effraient.

Marine connaît bien ce quartier. Elle me montre un grand

immeuble en béton où habite une amie, son appartement est

grand, pas cher, tous les voisins se connaissent. Ils ont une vue

extraordinaire sur tout Paris.

Juste à côté du métro, un kiosque annonce ici « Premier

resto-vit kréol de Paris », le Relais Tropical, des bancs dehors

pour déguster un vrai bokit, tentant, mais mystérieux.

 

C ’ E S T QU O I U N B O K I T ? C’est un sandwich au pain frit qui s’est développé en Guadeloupe après l’abolition de l’esclavage.

Les travailleurs ne pouvant pas se payer certains produits de

première nécessité comme le pain, ils ont l’idée de fabriquer

eux-mêmes un pain sans levure, cuit dans une casserole d’huile chaude. À l’origine, le « bokit » est inventé par les Indiens shaw-

nees, qui avaient l’habitude de faire cuire une galette de maïs

sur des pierres chaudes. Cette galette pouvant supporter de

longs voyages, les colons s’en seraient inspirés en y ajoutant

de la farine de blé, l’appelant le « journey cake », biscuit pour

les expéditions. Les Indiens reprennent le nom et nomment leur

galette « jonikin ». Au fil des voyages et des échanges avec les

Caraïbes, le pain frit est devenu « djoncake » à la Dominique

et à la Barbade. Les francophones entendirent « djonkit » ou

« dannkit ». Il devient le « bokit », un sandwich garni de morue

ou de poulet, avec des crudités, une sauce piquante, mais tou-

jours dans un pain frit.

Le bokit qu’on sert ici au Relais Tropical est bien bon et bien gras.

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G E O R G E S - V A L L E R E Y

 

Il est le chef de service des piscines et des baignades à la

mairie de Paris. C’est son titre exact. Il n’en revenait pas qu’on

prenne rendez-vous avec lui, non pas pour se plaindre de l’état

des piscines, mais au contraire pour lui confier notre admi-

ration et notre amour des piscines municipales. Son bureau

est celui des pleurs des puissantes associations de nageurs ;

les piscines ne sont pas assez nombreuses, propres, équipées,

ouvertes tard le soir. Il doit gérer, négocier, écouter, répondre.

Et toutes ses équipes travaillent à améliorer en permanence les

services aux nageurs, à harmoniser les offres et les pratiques

entre les piscines de la capitale.

Il est d’accord, il n’y a pas assez de piscines à Paris, 41 bassins

ouverts, ce qui en fait moins par nombre d’habitants que dans

d’autres grandes villes.

Lui, comme nous, aime les piscines et nager. Mais il ne nage

plus à Paris, quand il se rend dans une piscine, c’est avec sa

casquette d’inspecteur, il doit se rendre compte de ce qui ne va

pas. Nous avons parlé cuve, mètres, filtre, accès, fermeture, prix.

Et il nous a expliqué les grands mystères des piscines parisiennes.

 

Grâce aux nouveaux filtres à billes de verre. L’eau est toujours

chlorée, c’est obligatoire pour désinfecter la peau des nageurs,

mais avec ces nouveaux filtres qui viennent compléter les filtres

à charbon actif à Saint-Germain, Rigal, Château-des-Rentiers,

Aspirant-Dunand, Mourlon et Dauvin, l’eau est effectivement

L E G R A N D M A Î T R E D E S P I S C I N E S D E P A R I S

 

beaucoup plus transparente, cela se voit à l’œil nu, et le corps

glisse mieux.

 

Parce que les raisons de fermeture ne sont pas prévisibles. Les

soucis techniques, aération, filtre, chauffage, électricité, évac-

uation sont nombreux dans une piscine. Et comme partout, il

faut compter avec les absences du personnel pour maladie ou

autre.

 

La mairie de Paris a choisi de subventionner fortement l’entrée

pour que les piscines parisiennes soient accessibles à tous*.

 

La mairie de Paris a décidé en 2006 que toutes les douches

devaient être mixtes. Les constructions qui offraient des

douches hommes et femmes ont dû être modifiées, les couloirs

et les signalétiques transformés. Tout le monde ensemble. Ce

qui est parfois un peu absurde car les toilettes restent séparés.

Dix ans après, la théorie a encore avancé, elles devaient être

mixtes et ouvertes au bord du bassin comme à Jacqueline-

Auriol ou à Yvonne-Godard.

Mais la mairie est en train de changer à nouveau de doctrine

et prévoit dans les futures piscines des douches individuelles

et fermées.

 

*P.s. : j’ai trouvé encore moins cher, à Monaco, l’entrée de la somp-

tueuse piscine publique Albert-II est à 3 € pour tous.

G E O R G E S - V A L L E R E Y

 

Je nage le crawl, je ne suis pas contre quelques lignes de

brasse. J’aime bien m’étirer en brasse la tête sous l’eau, sen-

tir mon dos et toutes les vertèbres se détendre, mais contrai-

rement aux apparences, ce n’est pas une nage tranquille. La

brasse est plus brutale pour les articulations des genoux et

demande davantage d’effort que le crawl.

Le nirvana, c’est Charlie qui me l’a appris.

Un jour où j’étais fatiguée et tendue, il m’a conseillé d’enlever

mon bonnet, de me détacher les cheveux et de faire une lon-

gueur en dos crawlé, la tête libre, dans l’eau. Ça fait un bien !

L E N I R VA N A D E L A N A G E

 

Je me laisse porter dans le petit bassin de Pailleron, l’eau est à

30 degrés, je ne nage pas, mon corps danse comme il le désire

en mouvement aléatoire, une danse libre.