Paris à la nage

Colombe Schneck · Chapitre 32 sur 46

Pages du PDF

Paris à la nage

Piscine Bernard-Lafay

PA R I S 1 7 e

 

P A R I S 1 7 e

 

PISCINE

 

B E R N A R D - L A FAY

79, rue de la Jonquière, 75017 Paris

 

P O U RQ U O I Y A L L E R ? Un dimanche d’hiver, blanc, venteux,

le boulevard Bessières était désolé, les quelques commerces,

garages, cafés, fermés. Le nouveau tribunal de Paris, qu’il

m’arrivait d’admirer en voiture depuis le périphérique et qui

paraissait, malgré ses murs de verre transparents, lointain et

hostile, était à nos pieds. En sortant du métro Porte-de-Clichy,

la piscine était indiquée, un signe rassurant.

 

AV E C Q U I ? Un aventurier du monde moderne. Il aime l’adver-sité des grandes villes et des grands boulevards, il sera récom-

pensé par l’atmosphère tiède, le décor quasi tropical de cette

piscine.

 

À QU E L M O M E N T D E L’A N N É E ? Nous, c’était en janvier, un

B E R N A R D - L A F A Y

 

choix radical, nous conseillons le printemps, pour la baie vitrée

qui donne sur un solarium abrité de la rue par des arbustes.

 

V E S T I A I R E S E T C A S I E R S Tout neufs, recouverts d’un contre-

plaqué jaune soleil et bleu vif.

Les nouveaux casiers sont à pièce, un choix étrange de nos jours

où les pièces disparaissent. Il y a toujours la solution « jeton »,

mais il s’agit d’une denrée précieuse à négocier avec le caissier.

Il venait d’en refuser deux à un père de famille qui les avait exigés

comme un droit acquis, sans « s’il vous plaît » ou « merci », mais

d’un brutal « Vous avez deux jetons ? ».

Par expérience, je sais que les caissiers ont toujours des jetons,

mais parfois ils aiment bien être suppliés, la possession du jeton

est un pouvoir. Ils craignent aussi qu’on ne le leur rende pas

après la séance. Ma méthode pour obtenir un jeton, c’est un

grand sourire, l’air désolé, insister sur le « s’il vous plaît », et le

fait que vraiment, promis juré, je ramènerai le jeton en sortant.

Il nous a montré sa caisse vide, lui aussi l’air désolé. Son adjointe

à la propreté, chaussée de grandes bottes, m’a sorti un jeton

rouge de son porte-monnaie. Merci beaucoup !

 

D O U C H E S Une petite salle mixte. Dans cette piscine qui vient

d’être refaite, il y a quelques cabines de douche individuelles

qui ne sont pas réservées aux personnes handicapées.

 

N O M B R E D E CO U L O I R S D E N AG E Six couloirs, dont trois sont réservés aux nageurs, un avec matériel, un autre pour

« nageurs confirmés ». Ils sont aussi plus étroits que la normale.

J’ai appris à mettre mes bras bien devant moi alors que j’ai

tendance à les croiser, à me recroqueviller pour ne pas prendre

trop de place. J’y arrive, mais ce n’est pas encore un réflexe,

PA R I S 1 7 P a r i s 1 7 e e

 

5 minutes à pied du

métro Porte-de-Clichy. Oui. Moyen, mais bon, on

pouvait être indul-gentes, un diman-che après-midi, des familles, beaucoup

3,50 € d’enfants, il faudrait

25 m x 12,5 m. quelqu’un en perma-Profondeur de 1,25 à

nence pour endiguer

1,85 m. l’eau sur le sol des Petit bassin pour

vestiaires et enlever

jouer de 12,5 m x 6 m les cheveux.

28 degrés. 29 pour le avec une profondeur petit bassin. entre 0,80 cm et 1 m.

 

Nous sommes dans une sorte de hangar

avec un toit en plas-

tique ondulé. Ce n’est

pas si moche. Il est

très haut. Les canali-

sations ont été peintes

en rouge foncé.

 

Deux grandes fresques représentent des

naïades dans un décor paradisiaque en jaune

et vert. Elles sont bronzées et peu vêtues.

L’air ici est à 27 degrés toute l’année, l’eau est

tiède, les enfants jouent dans le petit bassin, on

entend leurs rires et leurs cris, leurs parents Chlorée et légère-qui les appellent, s’inquiètent. Vous allez vous ment trouble. Il y avait sécher au soleil, vous fermez les yeux, le bruit beaucoup de monde. des voitures au loin peut passer pour celui des

vagues. Et oui, vous êtes sous les Tropiques.

B E R N A R D - L A F A Y

 

quand je suis fatiguée, mes bras reprennent leur place habitu-

elle, bien serrés l’un contre l’autre. Mon corps sait que je peux

m’imposer, mon cerveau n’en est pas encore certain.

Ici, j’ai dû restreindre mes ambitions pour me faufiler entre les

nageurs.

 

E N S O RTA N T Ne pas retourner vers la porte de Clichy, mais descendre la rue de la Jonquière. Ce n’est plus le même quar-

tier. Juste en face, un étroit et sinueux chemin vert, où nous

étions les seules, donne accès à un square. À quelques mètres,

Konvives, un restaurant, certainement délicieux, mais cher.

Nous sommes chez les bobos. Nous avons failli nous arrêter

chez Irène et Bernard pour un chocolat chaud, on s’est dit que

l’on connaissait déjà ce genre de café, refait, propre, avec un

papier à fleurs comme avant. Nous avons continué jusqu’au

Comptoir Saudade et nous avons bien fait. Un salon de thé,

traiteur, boutique de spécialités portugaises, une jeune femme

nous a accueillies avec un grand sourire. Elle nous a montré

les plats en vitrine, qu’elle avait cuisinés le matin même, des

beignets de morue, des chaussons à la ratatouille, une salade

de poulpe.

Une grande table d’hôtes, avec des dames et un monsieur du

quartier, tout le monde se parlait et commentait l’actualité.

Comptoir Saudade : 27, rue de la Jonquière, 75017 Paris.