Paris à la nage

Colombe Schneck · Chapitre 35 sur 46

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Paris à la nage

Piscine Hébert

PA R I S 1 8 e

 

P A R I S 1 8 e

 

PISCINE

H É B E RT

2, rue des Fillettes, 75018 Paris

 

P O U RQ U O I Y A L L E R ? L’histoire m’a été racontée par l’his-

torien Pap Ndiaye. Aux États-Unis, au début du e XX siècle, ont été construites de nombreuses et luxueuses piscines publi ques.

C’était de grands ensembles dédiés au plaisir avec des bassins

ronds, des palmiers, des plongeoirs, conçues davantage pour

s’amuser que pour nager. Ces piscines étaient ségréguées, cinq

jours pour les Blancs, un jour pour les Noirs. Avec la fin légale

de la ségrégation, elles ont enfin été ouvertes à tous. Blancs et

Noirs avaient le droit de se baigner dans une même eau. Mais de

nombreux Blancs ont refusé, impossible pour eux de côtoyer des

corps noirs. Après avoir tenté en vain quelques mouvements de

résistance, ils ont préféré construire des clubs privés. L’entrée

n’était pas interdite aux membres noirs (et juifs) légalement, elle

l’était de fait. Les grands bassins publics ont été abandonnés puis

H É B E R T

 

fermés par les municipalités. Pourquoi continuer à les financer

puisqu’elles n’étaient plus fréquentées que par des Noirs ?

Ici à Hébert, comme dans les quartiers populaires de Paris, les

piscines restent des lieux mixtes. Et dans notre ville, rares sont

les endroits où les gens se mélangent. Même dans les cafés

de ce quartier, ceux de la halle Pajol, il y a d’un côté les bobos

qui boivent du jus de gingembre, de l’autre, ceux qui boivent

de la bière. À Hébert, il y a des lignes d’eau et un bassin pour

s’amuser, pour tous.

 

AV E C Q U I ? Un ami historien de gauche.

La piscine Hébert est une des plus anciennes de Paris. Elle fait

partie d’un plan de 1880 destiné aux classes laborieuses. L’hy-

giène et le sport doivent améliorer leur qualité et leur espérance

de vie. Hébert est construite en 1896 par l’architecte Kuffer sur

un puits qui alimente le bassin d’une eau à 26 degrés. Comme

les autres piscines parisiennes, l’entrée est gratuite, avec toute-

fois l’instauration, dès 1895, d’une redevance fixée à 20 cen-

times pour la location du linge, ce tarif ayant pour but d’écarter

les individus suspects et les fauteurs de troubles au profit de

la « population ouvrière honnête ». À l’origine c’est un bâtiment

de type industriel à structure métallique, mais il n’en reste plus

grand-chose. Elle a été restaurée en 1924, un toit ouvrant a été

ajouté dans les années 60, puis à nouveau reconstruite en 1990.

Elle est toujours agréable, avec son toit ouvert, le ciel, ses cour-

sives de vestiaires.

 

À QU E L M O M E N T D E L’A N N É E ? Comme dans toutes les piscines familiales, il faut éviter le dimanche et le soir après

l’école.

Nous y avons nagé un jour nuageux.

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4, ils ne sont pas différenciés, mais naturelle-

10 min à pied du

ment, au bout d’un moment, les crawleurs sont

métro Marx-Dormoy

d’un côté, les brassistes de l’autre.

et à 2 min de l’arrêt

Place-Hébert (bus 35

et 60).

 

Oui.

Deux bassins.

3,50 €

Le grand mesure 25 m

x 11,75 m. Profondeur

de 1,80 m à 2,30 m

(c’est bien, mais les

petits n’ont pied nulle

Acide sulfurique.

part, c’est vraiment un

27 degrés. Claire et propre.

bassin de nageurs).

 

Le petit mesure 12 m

x 11,75 m. Profondeur

de 0,70 m à 1,20 m.

 

Le ciel, et quel que soit

Propre malgré le

le temps c’est toujours

monde.

bien.

 

Pour les enfants et les plus grands, un bassin

pour jouer.

Un petit solarium qui donne sur un jardin pour

bronzer.

H É B E R T

 

En dos crawlé, parce qu’on a le temps de regarder le ciel, il

était blanc et se détachaient de petits nuages compacts, blancs

sur blanc, ce n’était plus un simple jour nuageux.

Donc, un jour pour nager dans les nuages.

 

V E S T I A I R E S E T C A S I E R S Des vestiaires en coursive autour

du bassin. Ils sont grands et agréables. On ne peut pas laisser

ses affaires dedans comme à Pontoise ou aux Amiraux.

Casiers à pièce.

 

D O U C H E S Minuscules douches où l’on est vraiment serré.

Moyen.

 

E N S O RTA N T J’appréhendais Marx-Dormoy, j’imaginais des rues âpres, brutales, grises. J’ai été rassurée, à la sortie du

métro, il y a une très bonne boulangerie, puis au 42, rue de

Torcy, Le Rideau Rouge, une excellente librairie, plusieurs

squares, beaucoup d’enfants, un restau thaïlandais tentant.

Marine, qui connaît bien le quartier, a proposé de prendre un verre

à côté à la halle Pajol, qui rassemble tout ce que représente ce

quartier. Un jardin couvert où sont concentrés des hommes seuls

(dont des consommateurs de crack du jardin d’Éole, réfugiés ici),

une auberge de jeunesse qui offre des lotions hydroalcooliques

avec différents parfums (lavande, fleur d’oranger, verveine,

menthe), une boutique de design qui propose des mugs à 20 € dessinés par la designer suédoise Marimekko, un café baba cool

où l’on a bu du jus de gingembre frais et délicieux avec vue sur

des mères allaitant leurs enfants. Tout ça dans un magnifique

bâtiment en bois et panneaux solaires avec terrasse, bibliothèque

et des activités destinées au bien-être général.

Mam’Ayoka : 20, esplanade Nathalie-Sarraute, 75018 Paris.

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