Pentagone: Magie, traque et malentendus (French Edition)

Chapitre 14

†

Quelques minutes auparavant, à l’Arbre.

Amayar Wyrkan pénétra dans le bureau des affaires en cours de l’Armée et de la Sécurité, département dirigé d’une main de fer par son frère Arius. Aussitôt, tous les sorciers qui y travaillaient se mirent à chuchoter et se pressèrent contre les murs en se courbant au passage du Régisseur de l’Économie et des Finances.

— Mon frère est-il ici ? siffla-t-il à un exécutant sans même lui accorder un regard.

— Oui, avec Madame votre sœur.

— Laquelle ? se raidit Amayar.

— Madame Arwen, pour la Diplomatie.

Amayar se détendit aussitôt ; son interlocuteur aurait même juré avoir vu un rare sourire sur son visage amaigri. Le Régisseur ne le remercia pas, traversa le département et s’engagea dans le corridor menant au bureau d’Arius. Il frappa à deux reprises et entra sans y avoir été autorisé.

— Arius, Arwen, salua-t-il sa fratrie.

Tous deux étaient installés dans des fauteuils en cuir.

— Tu m’as fait peur, Amayar, s’agaça Arwen.

— La nouvelle que je t’apporte t’effraiera bien davantage.

La femme, le visage émacié et le chignon serré, se dressa.

— Parle, ordonna-t-elle.

— Je suis, vous le savez, bien plus proche d’Arkya que vous, commença Amayar en se faisant apparaître un troisième fauteuil.

— Oui, et voilà bien quelque chose que nous n’avons jamais compris de toi, grogna Arius.

Le Régisseur qui venait d’entrer arbora un sourire hautain :

— C’est pourtant grâce à cette proximité qu’a lieu notre conversation aujourd’hui. Figurez-vous que, alors que je rendais visite à Arkya au département de la Justice, je l’ai trouvée assise à son bureau, en pleurs, avec entre les mains un objet qu’elle n’a pas réussi à cacher en me voyant arriver. Devinez donc ce que c’était.

— Je ne sais pas, s’inquiéta Arwen. Un document ?

Amayar secoua la tête.

— Une photo ? tenta à nouveau Arwen.

— Cesse tes devinettes, Amayar ! se hérissa Arius.

— Le médaillon d’Ariana.

Arius et Arwen se pétrifièrent.

— Le médaillon d’Ariana ? répéta Arius.

— Le médaillon d’Ariana.

Les deux frangins restèrent hébétés quelques instants.

— Mais où Arkya a-t-elle bien pu le récupérer ? prononça Arwen avec une soudaine montée de fureur. Le Persécuteur l’a volé en s’échappant du Tribunal avec son complice !

— C’est ce que je lui ai demandé, et elle a été incapable de me répondre, énonça Amayar dans le plus grand des calmes. C’est là que j’ai fait le lien avec l’incident qui s’est produit il y a deux semaines, lorsque le Persécuteur s’est volatilisé de l’Arbre malgré toutes nos précautions et que nous avons dû fuir par notre issue réservée — sans Arkya, je vous le rappelle. Elle voulait récupérer l’urne funéraire d’Ariana au cas où l’Arbre serait brûlé.

Arwen bondit sur ses pieds et frappa le sol avec son talon :

— Elle aurait rencontré le Persécuteur en redescendant chercher l’urne ?

— Ça me semble évident.

Arius rougit de colère ; Arwen, elle, saisit sa baguette et fit exploser un vase ancien à l’autre bout du bureau.

— Arwen, crissa Arius en réparant l’objet d’un sortilège impeccable. Tiens-toi.

— Me tenir ? Me tenir quand notre Pentagone est amputé d’un membre et empoisonné d’une traîtresse ? Je vais lui faire payer !

À ces mots, elle se dirigea telle une impératrice vers la porte.

— Arwen, cesse ! rugit Arius, les yeux exorbités de rage. Nos parents auraient honte. Honte de voir qu’Ariana a été assassinée, honte de voir qu’Arkya nous trahit ainsi, honte de voir que tu es incapable de te maîtriser, Arwen !

Elle pivota, outrée :

— Moi, incapable de me maîtriser ? Qui a tué le garde du corps d’Ariana au procès ? Qui ?

— Silence, asséna Amayar. Arwen, reviens t’asseoir. Je n’ai pas terminé.

Arwen masqua mal son ego blessé et rejoignit sa place.

— Nous t’écoutons, lâcha-t-elle.

— J’ai désorienté Arkya. Je lui ai créé un faux souvenir afin qu’elle oublie l’essentiel de ma visite et j’ai aussi, bien entendu, remplacé le médaillon d’Ariana par une copie pour voler l’original.

Un effroyable sourire s’empara du visage d’Arius :

— Excellent. Montre donc.

Amayar attrapa aussitôt le précieux bijou dans sa poche et le tendit à son frère. Le Régisseur de l’Armée et de la Sécurité le saisit, ferma les yeux et serra son poing dessus, faisant ressortir ses os et veines bleuâtres.

— Un sortilège d’intrusion a été établi puis désactivé entre ce médaillon et celui de Celian Kierrel, annonça-t-il d’un ton sans appel.

— Un sortilège d’intrusion ? s’étonna Arwen. C’est un sortilège de magie noire !

— Venant du Persécuteur, ce n’est pas surprenant. Ça a permis à son complice d’entendre ce qu’il se passait autour de lui à un moment donné, ou l’inverse. Sûrement lors de son évasion du Tribunal.

— Mais tu dis que le sortilège d’intrusion a été désactivé, insista la Régisseuse à l’attention d’Arius.

— Je confirme. Désactivé. Il n’en demeure pas moins que ce médaillon a été en contact avec celui de Celian Kierrel, ce qui offre toujours la possibilité de communiquer avec lui par les canaux traditionnels.

— Voilà exactement où je voulais en venir, intervint Amayar avant de laisser échapper un rire machiavélique.

Les yeux d’Arwen brillèrent de cynisme :

— À quoi penses-tu, Amayar ?

— Demain, nous serons le 29 novembre, et le Persécuteur tentera de tuer l’un de nous quatre — sûrement moi, pour mon anniversaire. S’il imagine Arkya de son côté et qu’il la croit en possession du médaillon, alors il fera confiance à tous les messages qui lui parviendront par son biais.

— Il faut le piéger, prononça Arwen comme s’il s’agissait là d’un projet succulent. Il faut lui envoyer un message et le coincer !

— Pas un mot à Arkya, ordonna Arius. Elle pourrait nous mener à notre perte.

— Tu nous prends pour qui ? Évidemment que nous ne lui dirons rien. Nous la calmerons plus tard en lui rendant le vrai médaillon. Si nous vainquons le Persécuteur demain, nous nous moquerons bien que notre petite princesse le récupère.

Tous les trois échangèrent un regard diabolique.

— Statuons d’abord sur l’objectif, déclara Amayar. Assassiner le Persécuteur, ou le capturer ?

Arius eut un rire mauvais :

— Je rêve de l’étrangler de mes mains. Il a tué mes quatre fils et mes maîtresses. Il a tué tes deux enfants et ton mari, Arwen. Il a tué tes jumelles et ta femme, Amayar. Sans compter les autres Wyrkan et Ariana, alors qu’elle s’apprêtait à donner un nouvel héritier au Pentagone. Cette vermine ne mérite que le même sort.

— Je suis ravi de constater que tu partages mon avis sur la question, Arius, commenta Amayar tandis qu’Arwen hochait la tête à son tour. Des idées de plan pour le piéger ?

Le sourire d’Arwen s’élargit :

— Entraînons-le dans un endroit ensorcelé par nos soins duquel il est impossible de s’échapper. Nous pourrons même le torturer un peu.

— Il doit être sur ses gardes, alerta Amayar. Il nous nargue depuis cinq ans, ce qui signe une certaine audace. Nous ne le vaincrons qu’en étant plus malins que lui.

— Alors, créons une mise en scène, décida Arwen, les ailes du nez frémissant de jubilation. Transmettons-lui des images grâce au médaillon, de fausses images où nous prétendons devoir tous nous rendre en urgence à un endroit précis demain. Le Persécuteur croira que son sortilège d’intrusion a mal été désactivé et sera ravi de surprendre une conversation confidentielle du Pentagone. Il se précipitera donc sur place à l’heure indiquée.

Un éclair sadique traversa son regard :

— Et nous l’attendrons.

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