Quand l'horizon a disparu

Brad Boney · Chapitre 11 sur 21

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Quand l'horizon a disparu

Chapitre X

 

PEU À peu, Ben retrouva son calme. Travis et lui s’assirent sur le bord du trottoir pour parler une heure de plus. Ben expliqua comment la solution New York était apparue dans leur futur, une bonne raison de plus pour entamer leur nouvelle relation avec des pincettes. Enfin, ils échangèrent un ‘bonne nuit’ et Ben rentra chez lui pour convaincre ses frères de sa réconciliation avec Travis.

Le lendemain, après le départ de Colin et David, Travis vint frapper à la porte des Walsh. Il avait une nouvelle recette et voulait savoir s’il pouvait l’essayer.

— Pétard ! marmonna Quentin entre ses dents. Il trouve vraiment les excuses les plus débiles pour passer un moment avec toi.

Il s’adressait à Ben pendant que Jason et Cade aidaient Travis à porter ses commissions dans la cuisine.

Ben afficha un air surpris.

— Qu’est-ce que tu racontes ? Il venait ici régulièrement des mois avant que je revienne.

— Mais il n’a jamais eu besoin d’inventer un truc comme essayer une nouvelle recette. J’ai comme un doute, grand frère. Il est peut-être devenu gay pour toi.

Quentin avait raison. Après le baiser échangé la veille, Ben en était à peu près sûr, mais son frère n’avait pas besoin de voir ses doutes confirmés. Il joua donc à l’idiot :

— On ne devient pas gay pour une personne, déclara-t-il, les yeux au ciel.

— D’après Kinsey…

— C’était un charlatan. Ses théories vaseuses n’ont aucune base solide. Au mieux, il n’a fait que récolter des anecdotes. La dernière recherche qui date de 2005 suggère que l’orientation sexuelle d’un homme est génétique. Regarde sur Google.

— Voilà un jour à marquer sur ton calendrier, annonça Quentin. Je sais quelque chose que tu ignores.

— Impossible.

— Je crains que non. Parce que j’ai déjà regardé sur Google, andouille. Une étude de l’an dernier, émanant du nord-ouest du pays, a choisi un panel de la population basé sur de nouveaux critères. D’après eux, la bisexualité existe bel et bien et provient de toutes sortes de configurations. Et je vois très bien ton manège. Tu te sers d’un concept dépassé pour cacher une vérité dont tu es parfaitement conscient.

— Je suis avocat, Quentin.

— Travis réagit différent depuis ton arrivée ici.

— Différemment, corrigea Ben.

— J’ai une aversion naturelle pour les adverbes, tu le sais très bien. Et puis la nuit dernière, tu as vu sa tête quand il a découvert que tu l’avais trahi ?

— Je ne l’ai pas trahi.

— Il avait le cœur brisé. C’est l’impression que j’ai eue en le voyant. Pas toi ?

— Il n’avait pas le cœur brisé. Et je te l’ai dit, nous nous sommes réconciliés.

— Et j’en suis impressionné. Vraiment. Je me demande pourquoi tout le monde te trouve tellement irrésistible !

— Si tu trouves un jour la réponse, dis-le-moi, s’il te plaît.

— Merde, déclara Quentin. Je te parie cent dollars qu’il est dingue de toi.

Ben réfléchit. D’après lui, il était gagnant à tous les coups.

— Je tiens le pari.

Cette nuit-là, ni Travis ni Ben ne mentionnèrent le baiser échangé la veille. Le lendemain, les garçons retourneraient à l’école, pour la première fois depuis la mort de leurs parents, aussi Travis ne s’attarda pas après le dîner. Pourtant, deux jours plus tard, il était de retour. Ben et lui s’entendaient parfaitement tant qu’ils évitaient d’évoquer l’éléphant dans la pièce. Ils ne le firent donc pas, d’un commun accord. Au bout de quelques jours, ils trouvèrent plus facile de prétendre que le baiser n’avait jamais eu lieu, même si Ben y pensait chaque fois que Travis lui disait bonne nuit.

Les eaux troubles, se morigénait-il.

En attendant, il s’occupait en apprenant à gérer une maisonnée, ou plutôt en cherchant qui engager pour le faire à sa place. Il était prêt à payer un sous-traitant pour alléger sa tâche, en partie sinon complètement. Il y avait le linge à laver, à trier et à repasser, le nettoyage régulier de la maison et la préparation des repas. Son père leur avait laissé l’argent de son assurance-vie, sans même compter le salaire que Ben recevait toujours de Wilson & Mead, de sorte que les Walsh n’avaient aucun souci financier.

Ses frères s’adaptaient parce que la vie ne leur avait pas vraiment laissé d’autre choix, mais ils ne voulaient pas oublier. En fait, leur chagrin devint plus profond au cours de l’hiver. Devant un feu de cheminée qui chassait le froid de la maison, les Walsh passèrent de nombreuses soirées et leurs week-ends sur les canapés du salon devant la télévision à regarder des films, même si Travis ne cessait de leur suggérer d’aller dîner dehors ou d’assister à un match de basket, ce qui ferait du bien à Cade.

Travis était partie intégrante de leur vie. Il les aidait en cuisine et conduisait les garçons à droite à gauche. Ben avait besoin d’attention, tout autant que ses frères, et Travis tenait aussi ce rôle. Il écoutait Ben ressasser pendant des heures. Ayant subi le même deuil, il savait ce que c’était d’être orphelin et seul au monde. Quand Quentin, Jason, et Cade se tournaient vers Travis, ils voyaient en lui un ami fiable et solide, mais pour Ben c’était un héros.

Ben passait le reste de son temps à planifier leur déménagement à Manhattan. Son patron lui avait accordé un congé sabbatique de cinq mois – grâce à l’intervention de Colin, Ben en était certain. En attendant, il tentait d’apprendre à tenir le rôle d’un parent, et personne n’aurait osé dire que ça lui était inné.

Cade s’était battu à l’école en entendant son frère traité de pédé. Ben ne demanda même pas s’il s’agissait de lui ou de Jason. Cade se livra peu sur l’incident, sauf pour dire qu’il recommencerait si besoin était. Après réflexion, Ben choisit de ne pas le punir. Le plus jeune des Walsh connaissait la définition du mot ‘pédé’, il savait aussi que son aîné était homosexuel. Ben sentait bien qu’il était censé apprendre à Cade qu’un conflit ne se réglait pas par la violence, qu’il existait d’autres moyens – pacifiques – mais il n’en eut pas envie, il se contenta de laisser tomber.

Jason détestait son école, mais quand Ben lui demanda si d’autres élèves lui causaient des problèmes, il répondit que non. Il devenait de plus en plus renfermé et distant, il restait au salon pendant que ses frères regardaient la télévision, mais se séparait d’eux en lisant. Pour le moment, Ben avait réussi à éviter le sujet du baiser de Jason et son jeune camarade. Il n’avait jamais trouvé un moment qui lui semble adéquat. De plus, il était mal à l’aise à l’idée de confronter son frère, sans trop savoir pourquoi. Colin avait fermement refusé de lui divulguer la nature de ses conversations avec Jason, d’après lui, le garçon avait droit au respect de sa vie privée.

Et Quentin s’arrangeait pour maintenir Ben sous tension.

— Écoute, déclara-t-il un soir à son aîné, je sais que tu es stressé. Je t’assure, je comprends. Et je vais faire de mon mieux pour en tenir compte. Mais j’ai seize ans. Nous savons tous les deux que c’est l’âge des conneries. J’en ferai, c’est certain. Des petites et des grandes. Sauf de mettre une fille enceinte, mais je trouverai bien autre chose, j’en suis sûr. Pourtant, je promets de faire des efforts parce que je sais que tu en feras aussi.

Il s’interrompit un moment avant de reprendre :

— Et puisque j’ai seize ans, je veux passer le permis de conduire.

— Tu ne l’a pas déjà ?

— J’ai échoué la première fois.

— Vraiment ? Tu as calé au démarrage ?

— Plus ou moins.

Ben voulait épauler Quentin, pas se moquer de lui.

— C’est pas grave, Q. Colin ne sait même pas conduire. Nous irons t’inscrire la semaine prochaine et régler le problème.

Quentin obtint son permis à sa seconde tentative. Ben lui laissa une certaine liberté de manœuvre, même s’il décida d’utiliser à son avantage la technologie moderne en glissant une application GPS sur le téléphone de son frère, à son insu, pour au moins savoir où il se rendait.

Fin janvier, Ben remarqua que, jour après jour, et malgré leur terreur, ses frères et lui avaient survécu au choc initial d’une perte horrible. Il voyait enfin les lignes d’un futur se former pour eux tous. Peut-être que la vie serait tolérable après tout.

Enfin, Ben tenta de dénouer l’écheveau de sa situation avec Travis, un hétéro qui s’avérait ne pas vraiment l’être. Serait-il devenu gay pour lui ? Peut-être, mais c’était déroutant. Et vu qu’ils n’allaient pas tarder à déménager à New York, approfondir cette relation serait… fou ? Irresponsable ? Inutile ? Mais le baiser changeait complétement la donne. Ni Ben ni Travis ne pouvaient le nier.

Courant janvier, Ben évoquait ce baiser à chaque étreinte virile un peu trop accentuée de Travis au moment de se souhaiter ‘bonne nuit’, à chaque contact accidentel dans la cuisine, à chaque murmure à son oreille. Il n’avait pas oublié les raisons valides pour lesquelles ils avaient reculé, la première fois, mais il commençait à penser que, s’il agissait ouvertement, Travis et lui trouveraient peut-être le moyen d’avancer ensemble.

 

DÉBUT FÉVRIER, Ben décida de se lancer, un samedi soir, au salon. Le film venait de finir et Travis était en congé jusqu’à lundi. Ses frères étaient déjà montés se coucher. Travis remettait ses bottes lorsque Ben se releva pour aller jusqu’au secrétaire de son père, d’où il sortit deux blocs de papier. Il prit aussi quelques stylos et les jeta sur le canapé à côté de Travis.

— C’est pour quoi faire ?

— Pour un petit jeu, répondit Ben.

— Quel genre de jeu ?

Ben se rassit et prit un bloc et un stylo.

— Nous allons tous les deux établir une liste. Nos cinq plus grandes peurs…

— Qu’est-ce qui te prend ? Tu as trop regardé Oprah ?

— … concernant l’un l’autre, termina Ben.

Travis se figea. Sans mot dire, il ramassa le bloc qui restait.

— Mes cinq plus grandes peurs, hein ?

— Les cinq principales raisons qui expliquent que, un mois après ce baiser, nous sommes assis ici sans jamais avoir recommencé. Voilà, je l’ai dit. Tu t’en souviens ? Il y a un mois, nous nous sommes embrassés, puis nous sommes redevenus de simples amis. Mais je pense que la partie bromance de cette petite aventure est terminée.

Travis pesa la proposition. Il hocha la tête, prit un stylo, et écrivit : Ma Liste en haut de sa feuille.

— D’accord, au boulot, dit-il.

Ben baissa les yeux sur le feuillet vierge qu’il tenait à la main. Il ne voulait pas aller trop vite et risquer de troubler Travis. Après tout, c’était son idée et il avait déjà réfléchi à sa liste. Du coin de l’œil, il surveilla Travis qui réfléchissait et écrivait, s’interrompait, puis continuait. Quand il décida que Travis avait presque terminé, Ben se décida enfin à écrire.

Liste de Ben

1. J’ai peur que tu ne sois pas gay.

2. Je ne veux pas bousiller ta relation avec mes frères.

3. C’est une sacrée pression pour moi d’être ton seul et unique mec.

4. Je ne vois pas d’avenir pour nous deux.

5. Nous partons à New York dans quatre mois.

Ils lâchèrent leurs stylos en même temps.

— Comment on procède maintenant ? demanda Travis.

Ben ne répondit pas. Il arracha la feuille de son bloc et la tendit à Travis. Les deux hommes échangèrent leurs listes. Ben baissa les yeux et commença à lire.

Ma Liste

1. Je ne suis pas sûr d’être gay

2. Et si je ne suis pas un gay passif ? :(

3. Quentin / Jason / Cade ?

4. Je n’ai pas confiance en toi (enfoiré !)

5. Vouzautres partez à New York dans 4 mois

Ils restèrent silencieux pendant quelques instants. Ben prit le temps d’étudier chacun des mots que Travis avait écrits. Il était un peu vexé, mais au moins, ils se trouvaient plus ou moins sur la même longueur d’onde.

— Tu n’as pas confiance en moi ? demanda-t-il.

— Pas à cent pour cent.

— Pourquoi me traites-tu d’enfoiré ?

— C’était juste une vanne. En quelque sorte. Tout acte ou décision a ses conséquences, Ben. Tu as beau dire, tu as eu honte d’annoncer à Colin que je suis mécanicien. Je donnerais n’importe quoi pour effacer ça. Avec le temps, je finirai par oublier, mais pour le moment, je ne peux pas.

Ben décida d’aller au cœur du problème.

— Est-ce que tu penses au sexe ? Avec moi ?

Travis rougit, mais sans paraître gêné.

— Bien sûr. Tout le temps. Si tu veux un autre jeu, pourquoi pas énoncer les cinq raisons pour lesquelles nous devrions baiser ?

Ben hocha la tête.

— D’accord. Commence.

— Reprenons nos listes. Numéro un. Quelle importance que je sois gay ou pas ? Je n’ai pensé qu’à toi ce dernier mois, alors à l’heure actuelle, je me sens très gay. Et ça me va très bien.

— Mon numéro deux et ton numéro trois sont identiques. Mes frères.

— Nous ne devons surtout pas les perturber.

— Très bien, convenons alors de ne rien changer vis-à-vis d’eux, quoi que ce que nous fassions.

— Je suis d’accord.

— Il n’y a qu’un seul moyen de vérifier si tu es ou pas un gay passif.

— Et tu vas devoir être mon seul et unique mec. Tu penses supporter la pression, Obi-Wan ?

— Tu n’as pas confiance en moi.

— Pas encore. Mais tu ne vois pas d’avenir pour nous deux.

— Pas encore.

Ils se turent pour relire leurs listes une fois de plus, chacun d’eux s’arrêtant au numéro cinq. Travis prit une profonde inspiration avant de parler.

— C’est dur de lire cette dernière ligne après ces six semaines que nous avons passées ensemble. Comme je te l’ai déjà dit, nous sommes particulièrement bien placés pour savoir que, dans la vie, rien n’est jamais garanti. Pourquoi devrions-nous baser nos décisions sur ce qui peut arriver dans quatre mois ?

— D’après toi, nous pourrions aussi mourir ?

— Exactement.

Ben fit une pause, puis il chuchota :

— J’ai rêvé de toi.

— Quand ? demanda Travis en souriant.

— La nuit que David a passée ici. C’était le matin. J’ai rêvé de toi. Tu étais dans mon lit, avec moi. Et j’ai revécu dans ma tête notre baiser dans la rue, encore et encore. Travis, je veux coucher avec toi. Il y a cinq très bonnes raisons qui font que nous ne devrions pas, je sais, mais j’en ai quand même terriblement envie.

Travis le regarda droit dans les yeux.

— Je comprends. Et je suis comme toi.

— Je ne veux pas que tu aies des doutes.

— Je suis un grand garçon, Ben. Je sais ce que je fais. J’avais peut-être des doutes il y a un mois, mais plus maintenant.

Ils se regardèrent.

— Si nous le faisons, ce sera ta première fois avec un mec.

Travis ne perdit pas son sourire. Ben vit même une lueur nouvelle dans ses yeux.

— Ce qui m’excite, c’est que ce sera ma première fois avec toi.

— Tu es sûr de toi ?

Travis se redressa.

— Ouaip. Certain.

Ben se releva et attendit que Travis s’approche de lui.

— Plus de chambre d’ami, alors ? reprit le jeune homme.

Ben rit. Lui prenant la main, il l’entraîna jusqu’à sa chambre et referma la porte. Les deux hommes s’assirent sur le lit, côte à côte.

— J’espère que les garçons ne vont pas débarquer à l’improviste. Ils respectent ton intimité ?

— À ton avis ? répondit Ben.

Travis enleva ses bottes avec un sourire.

— J’ai été debout toute la journée. J’aimerais bien un petit massage.

— Espèce d’andouille ! plaisanta Ben.

D’un bond, Travis se déplaça sur le lit pour se mettre derrière Ben. Il plaqua sa poitrine à son dos et enroula les jambes autour de sa taille, posant les pieds sur ses genoux. Ben se pencha pour lui ôter ses chaussettes blanches, révélant peu à peu ses plantes cambrées – le paradis, pour lui. Il caressa et frotta ses pieds, appréciant leur perfection sous ses doigts. Repoussant Travis, Ben le fit tomber sur le dos et s’étendit sur lui, face à face, avec toujours ses jambes enroulées autour de la taille. Ben se pencha pour l’embrasser, pressant leurs deux corps ensemble sur toute leur longueur. Travis lui noua les bras autour du cou.

— Tu embrasses bien, déclara-t-il.

— Merci. Toi aussi.

— J’aime le contact rugueux de ta barbe. Mais nous sommes bien trop habillés.

Il se mit à tirer sur la chemise de Ben. Tous deux se levèrent et firent voler en même temps leurs vêtements. Quelques secondes plus tard, ils étaient nus l’un devant l’autre dans la chambre.

Travis fixait le sexe érigé de Ben

— Nom d’un pétard ! déclara-t-il. Il est drôlement gros.

Ben prit la queue de Travis dans la main pour l’évaluer. Dix-huit centimètres, avec des veines bleues apparentes qui couraient sous la peau pâle. Travis gémit lorsque Ben passa le pouce à travers sa douce toison pubienne, du même roux que ses cheveux, puis soupesa dans sa paume les bourses lisses. Travis écarquilla les yeux en voyant le sexe de Ben atteindre sa pleine érection et pointer vers lui.

— Vas-y, ordonna Ben. Touche. Je veux que tu le fasses.

D’abord, Travis hésita, puis il tendit une main déterminée et referma les doigts à la base du sexe rigide, avant d’effectuer un lent mouvement de va-et-vient. Parfois, il serrait sa prise, mais parfois, il laissait juste ses doigts effleurer et titiller le membre frémissant.

— Qu’en penses-tu ? demanda Ben.

Travis sourit, puis se mit à rire.

— C’est bandant !

Ben tomba à genoux. Il regarda Travis, puis la queue qui pulsait en face de lui. Il y posa la bouche et l’engloutit pour une pipe en gorge profonde, ayant assez d’expérience pour se savoir doué en la matière. Mais d’abord… Il saisit les mains de Travis et les positionna sur sa nuque, l’encourageant à être brutal. Lorsque Travis résista, Ben s’écarta, lâchant son sexe, pour le regarder sévèrement.

— Je suis solide. Le sexe gay peut être plus…

— Non, c’est pas ça. Mais si tu continues à me sucer, je vais jouir trop vite, et j’aimerais en profiter plus longtemps.

— Ah.

Ben se releva pour prendre Travis dans ses bras et l’embrasser.

— Allonge-toi, décida-t-il.

— Sur le ventre ?

— Comme tu le sens. Sur le ventre, sur le dos, sur le côté, c’est comme tu veux.

Travis se coucha sur le ventre. Il sourit et remua les fesses.

— Je sais ce qui t’intéresse, ricana-t-il. C’est mon cul, pas vrai ?

Ben baissa les yeux sur le spectacle que lui offrait Travis. Il en eut le souffle coupé. Son corps pâle était exactement comme dans son rêve, sculpté dans le marbre. Il se pencha et caressa le dos souple jusqu’aux fesses bombées qu’il écarta à deux mains, révélant l’anus vierge qui l’attendait, tout plissé et palpitant. Ben se rua dessus et l’attaqua de sa langue, sans retenue, avec une faim féroce. Travis réagit comme s’il comprenait son désir. Sans glapir ou chercher à s’écarter, il se pressa davantage contre lui, s’offrant à ses assauts et lui donnant meilleur accès pour y enfoncer plus profondément sa langue. Ben leva une main et colla une claque violente sur une des fesses d’albâtre, imprimant la marque rouge de ses cinq doigts. Travis se cambra encore plus.

Ils continuèrent leurs préliminaires plusieurs minutes, puis Travis se dégagea et roula sur le dos. Il leva les jambes en l’air et agita les pieds au visage de Ben. Celui-ci s’en empara et goûta chaque orteil. Satisfaire son fétichisme déchaîna son désir.

Il ouvrit le tiroir de la table de nuit, en sortit des préservatifs et du lubrifiant, et les jeta sur le lit. Travis changea d’expression et redevint inquiet, Ben le remarqua.

— Alors, chuchota Travis. Nous y voilà.

— Nous y voilà. Sauf si tu as changé d’avis.

— Non-on, c’est bon. Je veux savoir ce que c’est. Je ne veux plus être lâche.

— Tu es sûr ?

Travis rejeta la tête en arrière avec un rire nerveux.

— Merde, oui, je suis sûr !

Ben enfila un préservatif en réfléchissant au meilleur moyen de procéder. Il pouvait installer Travis à califourchon sur lui, mais il devrait alors le contrôler. Il voulait regarder son amant dans les yeux et l’embrasser au moment de le prendre. Alors, il écarta les jambes de Travis et, lui relevant un genou, se positionna au milieu. Il ondula des hanches et plaça son gland contre l’anus découvert.

— Je suis le premier homme à te baiser ? insista-t-il. C’est vrai ?

— Oui.

— C’est jouissif.

Ben poussa un peu et sentit l’anneau de muscles résister, alors il s’écarta. Il se mit à embrasser Travis, léchant et mordillant ses lèvres pour le détendre et lui faire oublier qu’il frottait doucement sa queue contre le trou serré. Enfin, il pénétra un peu, Travis étouffa un cri.

— Ne bouge pas, ordonna Ben.

Travis se figea, mais il resserra l’étreinte de ses bras autour du cou de Ben.

— Ça fait mal ! se plaignit-il.

— Compte jusqu’à huit.

— Pourquoi huit ?

— Je ne sais pas, mais ça fonctionne toujours.

Travis se mit à compter :

— … cinq, six, sept, huit.

— Maintenant, embrasse-moi, demanda Ben.

Travis l’embrassa à pleine bouche, accroché à lui comme s’il se noyait. Dès que Ben sentit le corps de son amant se détendre, il en profita pour accentuer son invasion à un rythme si lent que c’en était une vraie torture.

— Tu as toujours mal ?

— Non-on.

— Tu vois ? Je te l’avais dit.

— Huit secondes, marmonna Travis.

— Et alors ?

— Huit secondes. C’est le temps qu’un champion de rodéo doit rester sur un taureau. Pour valider sa qualification.

Travis frottait la nuque de Ben et passait les doigts dans ses cheveux. Ben l’embrassa encore, conscient que sa pénétration devenait plus facile.

— Travis ?

— Ouais ?

— Ça y est. J’y suis. Jusqu’à la garde.

Choqué, Travis prit une profonde inspiration. Ben le fit s’asseoir de façon à ce qu’ils se retrouvent ‘à l’indienne’, face à face, sa queue bien imbriquée dans le cul de Travis.

— Mets les bras autour de mon cou, ordonna-t-il.

— Je ne suis pas trop lourd ?

Ben rit.

— Non. Je te tiens et je te garde. Crois-moi.

Travis obtempéra et plaça les bras autour du cou de Ben avant de recommencer à l’embrasser. Ils restèrent un moment ainsi, en lotus, à s’embrasser doucement, tout frissonnant de plaisir. De temps à autre, Travis bougeait les fesses sur Ben, pour mieux s’accoutumer à la sensation de son sexe en lui, ou bien il se soulevait et regardait le membre qui l’empalait. Ben recula un peu pour mieux le dévisager. À sa grande surprise, il vit les yeux de Travis se révulser et rouler en arrière, dans son crâne.

— C’est bon ? demanda-t-il.

— Nom d’un pétard, c’est divin, gémit Travis. Je n’aurais jamais cru que ce soit possible. C’est parfait.

Ben étira les jambes et fit rouler Travis sur le dos. Sans cesser de l’embrasser, il fit coulisser sa queue en lui, se retirant presque entièrement de l’étroit fourreau, avant d’y replonger lentement. Pantelant, Travis se cambra et souleva les jambes pour mieux s’offrir. Ben répéta son mouvement, encore et encore, de plus en plus fort, de plus en plus vite. Il se mit à lui pilonner le cul à un rythme régulier et profond. Puis il changea sa cadence, des petits coups secs et rapides, presque inexistants, en n’utilisant que le premier tiers de son sexe, mais en accéléré.

— Qu’est-ce que tu fais ? gémit Travis.

— Je détends ton trou du cul.

— Tu te fous de moi ? Allumeur ! À mon avis, tu me tortures… délibérément.

— Ça marche ?

— Merde ! Ouais, ça marche. Baise-moi, caïd, baise-moi pour de bon. Baise-moi à fond.

En réponse, Ben s’enfonça profondément, puis il se déchaîna, laissant libre court à sa passion, augmentant son rythme à chaque poussée. Le lit tremblait sous ses coups de boutoir. Travis resserra les bras autour de son cou, le souffle de plus en plus pantelant.

— Ben ? Je crois que…

— Qu’est-ce qui ne va pas ?

— Rien. Ne t’arrête surtout pas. Baise-moi. Mais je crois que je vais jouir.

Ben ne répondit pas, mais il martela Travis plus fort encore, éperonné par le grondement sourd qui sortait de la gorge de son amant. Il se pencha et lui dévora la bouche, buvant ses cris sur ses lèvres. Quand il le sentit se raidir, il sut ce qu’il devait faire. Il ralentit sa cadence, mais augmenta la puissance de sa pénétration, donnant à Travis l’impulsion qui le fit basculer. Celui-ci rejeta sa tête en arrière et poussa un long cri inarticulé.

— Merde. Oh putain ! Que c’est… oh putain !

Son sperme commença à jaillir, en saccades qui se déversèrent entre leurs deux corps plaqués l’un à l’autre. La sensation chaude et collante déclencha l’orgasme de Ben. Redressé sur ses bras tendus, il se vida dans le cul de Travis, à longs jets pulsatiles qui le secouèrent des pieds à la tête. Puis il baissa la tête et fixa Travis dans les yeux.

Ce dernier lui prit la tête et l’attira vers lui pour chuchoter à son oreille :

— Mon cul t’appartient.

Ben craignit de se mettre à pleurer. Il se reprit et s’effondra sur Travis, laissant toute la tension accumulée disparaître par chacun de ses pores. Il venait de vivre les ébats sexuels les plus intenses de sa vie. Cet orgasme mutuel et révélateur, combiné avec ce qu’il éprouvait déjà envers Travis, créait en lui une émotion entièrement nouvelle. Était-ce ce qui lui avait toujours manqué jusqu’à ce jour ?

Au bout d’un moment, Ben roula sur le dos, à côté de son amant.

— Je ne savais même pas que c’était possible ! souffla Travis.

— De quoi parles-tu ?

— De jouir sans même me toucher. Je n’ai rien pu contrôler. Est-ce que c’est toujours comme ça, dis-moi ?

— Je ne sais pas, répondit Ben en riant. Je l’ai vu faire, mais c’est rare. Peut-être que pour toi, ce sera toujours comme ça. Qui sait ?

— Zut, je suis mal barré, alors.

— Pourquoi ?

Travis secoua la tête.

— Non. Je préfère fermer mon clapet.

Il roula sur lui-même et s’étendit sur Ben.

— Tu as des regrets ? chuchota-t-il.

Ben sursauta.

— Tu plaisantes ? Absolument pas. Et toi ?

— Non-on. Mais maintenant, j’ai faim. Je t’échangerais bien contre une pizza.

— Ah, c’est bien masculin, déclara Ben. Tu veux faire un brin de toilette ?

— Non. J’aime l’odeur.

— Bonne réponse. Allons à la cuisine, tu trouveras bien un truc à nous faire à manger.

Mais alors, ils recommencèrent à s’embrasser et oublièrent tout le reste. Quand ils durent se séparer pour respirer, ils eurent le même sourire béat, suivi d’un fou rire en se regardant.

— Quoi ? demanda Ben, gaiement.

— Je passe la nuit avec toi ?

— Ça me plairait beaucoup.

— Tu as d’autres préservatifs ?

— Bien sûr ! Une boîte entière !

Ben se leva et récupéra leurs caleçons qui traînaient par terre. Il jeta son boxer à Travis, qui l’enfila, les deux jambes en l’air. Ben secoua la tête et déclara, d’un ton faussement sérieux :

— Fais quand même attention à ce que tu réclames.

— Pourquoi ?

Ben mit son boxer et ouvrit la porte de la chambre, se dirigeant vers la cuisine, avant de répondre :

— À cause d’un ancien proverbe chinois : qui se fait baiser toute la nuit se réveille avec très mal au cul.

Travis, qui le suivait, éclata de rire.

— Tant pis ! Maman disait toujours : si ce que tu fais ne te laisse pas des crampes, c’est que tu ne l’as pas fait à fond.

 

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