Quand l'horizon a disparu
Chapitre XIII
— BEN ? RÉVEILLE-TOI.
Il ouvrit les yeux et les plissa pour bloquer la lumière du matin.
— Quelle heure est-il ? demanda-t-il.
— Neuf heures passées.
— Quel jour ?
— Samedi, répondit Travis en riant. Ta fièvre a cédé la nuit dernière.
— Où étais-tu ? Je me suis levé et je ne t’ai pas trouvé.
— Tu as dû rêver. Je n’ai pas bougé.
Quentin passa la tête à la porte.
— Tu vas survivre, grand frère ?
Ben se frotta la tête.
— Je pense que oui. J’ai parlé à papa la nuit dernière.
Son cadet regarda Travis avant de lever les yeux au ciel.
— Ah, vraiment ? dit-il à son frère. Tu t’es joué un flashback comme dans LOST ?
— Quelque chose comme ça.
Travis les interrompit :
— Maintenant que tu es sorti d’affaires, je dois me préparer pour aller au garage. Je serai de retour vers 18 heures.
Il se pencha et embrassa Ben sur les lèvres.
— Franchement ! déclara Quentin. Tenez-vous bien.
Travis lui jeta un regard noir en se dirigeant vers la porte.
— Occupe-toi de ton frère pendant mon absence.
— Bye, dit Ben dans son dos.
Il attendit que Travis ait disparu pour demander à Quentin :
— Qu’est-ce qu’il a ?
— À ton avis, qui a géré la situation durant toute la semaine ? Il est devenu à la fois Nurse Jackie et Phil Dunphy.
— Il va bien ?
Quentin repoussa la question d’un geste nonchalant.
— Mais oui, très bien. Il est juste lessivé. Il s’est pas mal absenté et son patron n’a pas trop apprécié. Tu as été très mal en point pendant un certain temps. Nous avons même envisagé de t’abattre pour abréger tes souffrances.
— Très drôle, déclara Ben.
— Tu comptes sortir du ton lit ou non ? Si tu peux marcher, j’aurais besoin d’un coup de main pour un devoir d’histoire.
— Je peux marcher, affirma Ben, rejetant les couvertures. Quel est le sujet de ton devoir ?
— Nous sommes censés retracer les difficultés d’une minorité de notre choix – Afro-Américains, Latinos ou homosexuels – pour faire valoir leurs droits civils à Austin. Je vais opter pour les gays puisque… eh bien, puisque j’ai deux frères homosexuels. Mais je n’ai pas trouvé grand-chose sur internet.
— Je peux t’aider, répondit Ben, assis au bord du lit. Je connais quelqu’un à l’UT qui a fait sa thèse de maîtrise sur le mouvement pour les droits des homosexuels à Austin. Il y a un exemplaire papier à la bibliothèque de l’université.
Ben se leva et passa dans la salle de bain.
— Hé, cria-t-il, tu sais si Travis a demandé sa semaine de congé ?
— Oui, répondit Quentin sur le même ton. Mais ça ne marchera jamais, tu sais. De l’emmener là-bas.
— Je ne vois pas pourquoi. Et d’ailleurs, qu’est-ce que tu en sais ? Il n’a jamais été à New York. Tout est possible.
Il prit son rince-bouche et en but une gorgée.
— Cette fille, Stephanie, elle m’a appelé.
Ben passa la tête par la porte, essayant de parler tout en se gargarisant.
— Chelle à qui Colin a montré ta cherviette ?
Quentin ricana.
— Ouais. Ce n’était pas une blague, elle aime vraiment mes dessins.
Ben retira la tête pour cracher le rince-bouche dans le lavabo.
— Elle dit qu’il y a un créneau, continua Quentin. D’après elle, un jeune artiste se vendrait. Le public adore ce qui sort de l’ordinaire. Et d’après elle, que je sois aussi beau est un bonus intéressant.
— Ce physique exceptionnel est notre malédiction commune, déclara Ben.
Il traversa la pièce et sortit dans le couloir en direction de la cuisine. Quentin continuait à parler dans son dos :
— De nos jours, l’art est à 90 % une question de marketing. Elle m’a demandé si je pouvais prendre l’accent texan. Sérieusement ?
— Et tu vas le faire ?
Pendant que Ben ouvrait le réfrigérateur pour en sortir une brique de jus d’orange, Quentin haussa les épaules.
— Je ne vais certainement pas prétendre parler comme Travis, déclara-t-il, en imitant sa voix traînante.
Ben prit un verre dans le placard et le remplit de jus.
— Non. Je parlais de dessiner. Tu vas le faire ?
— Je ne sais pas. Je crois que oui. Elle dit que si je veux entrer à LaGuardia, une exposition dans une galerie de Soho m’ouvrirait grand les portes. Je pourrais devenir un artiste célèbre à seize ans.
Ben but une gorgée de jus. Il grimaça avant de se retourner pour cracher dans l’évier.
— Berk. Le goût du rince-bouche n’arrange pas le jus d’orange. Quoi qu’il en soit, merci, Q. Merci de tenter le coup. New York t’ouvrira de grandes perspectives, je te le promets. Tu as du talent.
— On verra. Maintenant, habille-toi, je voudrais aller à cet endroit bizarre que tu as mentionné. Comment tu l’appelais ? Une bibliothèque ?
— Exactement, gamin. Avant Wikipédia, nous utilisions ces objets démodés qu’on appelle des livres.
LE LUNDI suivant, Ben se sentait redevenu lui-même. Au cours des deux derniers jours, Travis s’était montré étonnamment silencieux et les deux amants n’avaient pas eu de relations sexuelles depuis plus d’une semaine. Lorsque ses frères rentrèrent de l’école, en fin d’après-midi, Ben leur expliqua qu’il avait besoin d’un tête-à-tête avec Travis.
— Je m’occupe de tout, grand frère. Maintenant que j’ai mon permis, je peux emmener tout le monde au cinéma sur Highland 10. Jason tient à voir Le Discours d’un roi.
— Oui ! confirma son cadet avec entrain.
— Cela devrait vous donner jusqu’à 21 heures.
— Merci, Q.
— Bien sûr, c’est toi qui payes nos places.
— Et le pop-corn, ajouta Cade.
Les trois garçons quittèrent la maison vers 18 h 30 et Travis arriva peu après. Ben remarqua qu’il ne frappait plus. Il entrait directement. Cette transition datait probablement du temps où il gisait dans son lit, à moitié mort.
Travis accrocha son manteau sur l’une des patères près de la porte d’entrée et demanda :
— Qu’est-ce que ça sent ?
— Le rôti, répondit Ben.
Il s’assit sur un des canapés du salon et enchaîna :
— Viens ici.
Travis se dirigea vers lui.
— Assois-toi, dit Ben, avec un sourire lubrique. Les pieds en l’air.
— Un rôti, hein ? C’est toi qui fais la cuisine ?
— J’ai quelques atouts dans ma manche.
— Tu as mis du vinaigre balsamique avec le bouillon de bœuf ?
— Assis, insista Ben.
— Mais cela fait vraiment un…
— J’ai dit : assis !
— D’accord, d’accord.
Travis s’installa et mit les pieds sur les genoux de Ben. Ce dernier délaça ses bottes et les lui ôta, ainsi que ses chaussettes blanches d’épais coton. Dès que Ben commença à lui masser les pieds, Travis se laissa tomber en arrière en fermant les yeux.
— C’est hyper agréable. Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?
— Tu as pris soin de moi quand j’étais malade. Merci.
— J’étais bien malheureux la semaine dernière, Obi-Wan. J’ai multiplié les absences au boulot et je ne cessais de me demander s’il fallait ou non que je t’emmène à l’hôpital ou que j’appelle un médecin.
Il rouvrit les yeux et se redressa sur ses coudes.
— Mais Quentin a dit non, continua-t-il. D’après lui, c’était juste une grippe, inutile de dramatiser. Il avait raison. Il n’a que seize ans et il avait raison. Mais avec toi dans le coma, j’étais le seul adulte à proximité. Moi ! Je les ai conduits à l’école, je leur ai fait à manger. J’étais ton suppléant et ça m’a fichu une trouille bleue.
— Waouh ! Je vois que tu en as gros sur la patate.
— Désolé.
— Il n’y a vraiment pas de quoi. Je ne m’y attendais pas, c’est tout. Et je peux t’assurer que question panique, je vois tout à fait ce que tu as dû traverser. C’est pareil pour moi.
— Ouais, je sais.
Travis referma les yeux et retomba en arrière, sans cacher combien il appréciait l’attention que Ben prodiguait à ses pieds.
— Tu m’as manqué, chuchota-t-il.
— Tu m’as manqué aussi, répondit Ben, avec un sourire.
— Je suis bien content de te rendre la charge de la maisonnée. J’aime être ton bras droit, mais je ne veux pas de ta place. Ce n’est pas étrange ?
— Pas du tout. Je n’aime non plus ma place. Mais, je n’ai pas le choix. Alors, nous y voilà.
— Ouaip. Nous y voilà.
— Quoi que nous fassions, nos actes ont des répercussions sur ces trois garçons. Les erreurs sont inévitables, et c’est normal que ça nous fiche la trouille. Le plus important, c’est qu’ils ne se sentent pas seuls. Là, nous marquons un point
— Et qu’allons-nous faire au juste ?
Ben se figea.
— Tu veux DNR ?
— Oui, et tu le sais très bien, répondit Travis, à nouveau redressé.
— D’accord, je suis prêt. Mais je préfère que tu commences. Que veux-tu obtenir de cette relation ? Tu vas déjà visiter New York, ce qui m’enchante, mais est-ce que tu te vois vraiment vivre avec un autre homme ? Et je parle à long terme ?
Travis prit une profonde inspiration.
— Où sont tes frères ?
— Ils sont allés voir Le Discours d’un roi.
— Zut, je voulais le voir aussi.
— Pas de panique, Atwood. Nous irons à la dernière séance, si tu y tiens vraiment. Maintenant, parle.
Ben continuait à lui frotter les pieds.
— D’accord. Évidemment, toute cette histoire a été dingue. Je ne m’y attendais pas. Mais comme je te l’ai déjà dit, je n’ai plus aucun doute. Je ne peux pas l’expliquer. Pourquoi un jour, j’ai décidé que je voulais me réveiller dans le lit d’un homme ? Mais ne rien comprendre n’implique pas que je le regrette ou que je le nie. Je veux être avec toi, Ben.
— Exclusivement ?
— Ouaip, à 110 %.
— Et si tu n’aimes pas New York et que nous finissons par déménager là-bas ?
— Je verrai le moment venu.
— Mais sinon, tu es d’accord pour être gay ?
— Eh ben, je n’envisage pas de parader dans un défilé arc-en-ciel. Je dois acheter un tee-shirt pour entrer dans le club ?
Ben secoua la tête et se mit à rire.
— Non, le tee-shirt est en option. En théorie, chacun a le droit de se définir comme ça lui chante. Ou ne rien faire. Mais nous ne vivons pas dans un monde théorique. Si nous nous tenons par la main en public et que quelqu’un te traite de pédé, il ne s’excusera pas si tu lui explique ton cas : que tu n’es gay rien qu’avec moi. Et n’oublions pas que nous ne pourrons jamais nous marier. Tu réaliseras peu à peu qu’être avec moi te rabaisse dans l’échelle sociale et dans tes droits de citoyen – quelle que soit ta façon de voir les choses – tu changeras peut-être d’avis sur les parades arc-en-ciel.
— D’accord, alors je suis gay. Pas de problème. Je l’ai déjà annoncé aux gars avec qui je travaille.
— C’est vrai ?
— Bien sûr. Je t’en avais parlé, non ? J’ai été souvent absent la semaine dernière, j’ai trouvé que l’occasion était parfaite pour un coming-out.
— Et ils l’ont pris comment ?
— Ils ont été un peu distants pendant un jour ou deux. À mon avis, ils craignaient que tu casses ta pipe. Mais maintenant, ils n’arrêtent pas de se ficher de moi, ce qui signifie que tout va bien.
— Donc, je peux passer un jour au garage et t’apporter ton déjeuner ?
— Tu peux passer quand tu veux, répondit Travis en riant.
— C’est noté, dit Ben, avec un sourire.
— À ton tour, déclara Travis.
Ben prit un moment pour réfléchir.
— Je me sens vulnérable. Je sais, ça fait femmelette de l’admettre, mais c’est la vérité. Je suis fou de toi. J’aimerais que ça dure entre nous, et c’est bien là le problème. Nous déménagerons probablement dans trois mois et je ne sais pas si tu nous suivras. J’aimerais avoir ton fatalisme sur ce que l’avenir nous réserve, mais ce n’est pas le cas. Comment définir notre relation avant que tu prennes cette décision ? Je voulais que tu voies New York. Et tu as accepté. Mais si tu choisis de rester à Austin, je ne vois pas d’avenir pour nous deux. Mon travail compte beaucoup pour moi et c’est là-bas que j’exerce. Je n’ai pas encore vendu mon âme, mais j’ai plus ou moins accepté un arrangement, et nous savons tous les deux que l’échéance approche. Vite.
Travis sourit.
— On dirait que tout va mal finir. Pour tous les deux. Donc, il ne reste qu’une seule question à poser.
— Laquelle ?
— Est-ce que huit secondes de gloire valent le risque d’être piétiné par un taureau ?
Ben réfléchit.
— Oui. Absolument. Et j’aime beaucoup cette métaphore. Et si ça ne marche pas, nous recollerons les morceaux et reprendrons le cours de nos vies. Travis, je n’ai jamais rien ressenti de tel. Je n’ai jamais voulu à ce point être avec quelqu’un.
Sur ce, il éclata de rire avant de poursuivre :
— Je voudrais te baiser tout le temps. J’ai mal au ventre quand tu pars travailler, alors, je consulte mes messages pour voir si tu m’as envoyé un coucou ou si tu n’as pas oublié un truc. Malgré tout ça, je dois retourner à New York.
— Je comprends, acquiesça Travis. Je ne suis pas contre, je t’assure. Pour moi aussi, ça vaut la peine de courir un risque. Mais franchement, je suis mort de trouille et je compte y aller sur la pointe des pieds.
— C’est tout à fait naturel. D’être prudent, je veux dire, pas d’être mort de trouille. Je ne veux pas que tu aies peur. Tu te vois user du grand mot ?
— Quel grand mot ?
— Partenaire.
— Je ne l’ai pas encore envisagé, admit Travis.
— Je sais. C’est juste que l’autre soir, Jason m’a demandé si nous étions partenaires. Je n’ai pas su quoi lui répondre. Je ne sais toujours pas.
— Donc, tu veux attendre jusqu’à ce que je me décide ? Pour savoir si je le mérite ?
— Quelque chose comme ça.
Travis soupira et leva les yeux, clairement mécontent de cette réponse. Mais Ben garda le silence et resta sur sa position.
— Très bien, concéda Travis. Mais j’aimerais que tu ne couches avec personne d’autre. Tu peux au moins m’accorder ça ?
— Ne sois pas ridicule ! s’emporta Ben. Tu sais très bien que je ne coucherai qu’avec toi.
Travis essaya de retirer ses pieds, mais Ben les rattrapa.
— Je ne suis pas ridicule ! protesta Travis.
Pour alléger l’atmosphère, Ben se jeta sur son amant et commença à le chatouiller.
— Ridiculement sexy, peut-être ?
— Arrête ! cria Travis entre deux fous rires.
— Je devrais peut-être te baiser.
— Pas trop tôt, caïd. Je ne sais pas si un mec qui me laisse une semaine sans sexe mérite le titre de partenaire.
— Ouille.
Travis imita la voix de Ben et une de ses expressions favorites :
— C’était juste une réflexion. Tu ne peux pas me rendre accro au sexe puis fermer la porte de la grange.
— Et si nous la rouvrions?
— Et ton rôti ?
— Il ne se sauvera pas. Nous prendrons un dîner tardif avec les garçons.
S’agitant sous Ben, Travis se dégagea et sauta sur ses pieds. Il enlevait déjà son tee-shirt en se dirigeant vers la chambre.
— Tu viens, Obi-Wan ? demanda-t-il, par-dessus son épaule. Je ne compte pas baiser tout seul.
Ben le suivit et se déshabilla en chemin. En moins d’une minute, ils étaient l’un sur l’autre. Travis glissa un préservatif sur le sexe rigide de Ben et l’enduisit de lubrifiant. Il leva les jambes en l’air et attira Ben sur lui. Passant la main entre leurs deux corps, il guida la pointe de sa queue entre ses cuisses ouvertes, prêt à se faire empaler.
— Regarde-moi, exigea Travis.
Au lit, Ben n’acceptait d’ordres de personne. Néanmoins, il obtempéra et fixa Travis droit dans les yeux.
— Tu es le seul à m’avoir jamais baisé, aucun autre ne le fera jamais.
— Travis, je te serai fidèle, je te le promets. Je serai digne de toi.
Et même si ça sonnait franchement ringard, Ben était sincère. Il fit l’amour à Travis, même s’il n’osait pas encore utiliser ce mot. Il l’aurait pourtant voulu. Après une semaine sans sexe, Travis éjacula très vite. Quelques gouttes lui tombant sur le menton, Ben se pencha pour les lécher, puis il embrassa son amant, partageant son goût avec lui. Il maintint ensuite d’une main le préservatif en place.
— Ne t’arrête pas parce que je viens de jouir, déclara Travis.
— Je pensais plutôt que nous pourrions essayer autre chose. Du nouveau.
— Quoi ?
Travis se redressa et laissa Ben se retirer. Avec un sourire, celui-ci ôta son préservatif.
— Quel est ton numéro préféré ?
Travis comprit tout de suite.
— Soixante-neuf ?
— Écoute, je n’arrive pas à croire que ce soit moi qui parle. J’ai toujours considéré qu’une pipe était un apéritif avant le plat principal, c’est-à-dire baiser. Mais maintenant, ça me manque. Tu n’as jamais pris ma queue dans ta bouche. Jamais. D’après Dan Savage, un gay non équipé pour la pipe doit être retourné à l’usine.
— Qui diable est Dan Savage ?
— C’est sans importance.
— Alors, tu vas me rendre à l’usine si je ne te suce pas ?
— C’était juste une réflexion.
— Non, sans blague ? D’accord, viens ici, je vais essayer.
Travis glissa le long du corps de Ben jusqu’à se trouver en position. Il prit dans la main le sexe engorgé et le caressa. Il approcha la tête et leva les yeux vers Ben.
— Donc, tu veux que je te lèche ? Comme ça ?
Il passa la langue le long du membre, très lentement, de la base jusqu’à la pointe. Il titilla le gland de la langue ce qui poussa Ben à un sursaut involontaire. Mais Travis s’écarta.
— Où as-tu appris à faire ça ? demanda Ben, haletant.
— J’ai regardé du porno gay. Pendant que tu étais malade. Tu as aimé ?
— Euh, ouais.
— Tu en veux encore ?
— S’il te plaît.
Travis recommença à le taquiner de sa langue, faisant courir ses lèvres sur sa queue maintenant lancinante, s’écartant chaque fois que son amant poussait ses hanches en avant. Quand Ben l’attrapa par la nuque pour tenter de le maintenir en place, Travis réagit en lui bloquant les poignets, immobilisant ses bras le long de ses flancs. Au moment où il réalisa que Ben allait se révolter et user de sa force, il céda et engloutit toute sa queue, refermant les lèvres autour de la base. Il s’activa avec vigueur sans cacher le plaisir qu’il y prenait. Novice, il ne réussissait pas encore à maîtriser son réflexe nauséeux quand le sexe heurtait le fond de sa gorge, mais au championnat de la pipe, il se qualifiait néanmoins. Ben soulevait ses hanches du lit, en rythme avec les succions. Il tendit aussi la main et découvrit que Travis bandait à nouveau. D’instinct, et sans lâcher Ben, Travis pivota en position soixante-neuf. Ben sourit en voyant le sexe rigide qui le surplombait. Il l’attira jusqu’à ses lèvres, caressa le gland humide de la langue, et en savoura le goût avant de se mettre sérieusement à l’ouvrage.
Moins d’une minute, Travis se redressa, le souffle coupé.
— Jésus, Marie, Joseph ! Voilà ce que doit être une pipe ?
Puis, il se pencha à nouveau sur le sexe de Ben. Ils roulèrent de côté. Ben engloutit entièrement Travis, l’encourageant à baiser le fond de sa gorge. Travis le fit et se mit à tressauter de façon sauvage. Ben sentit monter son orgasme lorsque son amant s’activa sur lui de plus belle, de la main et des lèvres. Sans avertissement, sa bouche se remplit du sperme de Travis, ce qui le fit basculer à son tour dans la jouissance. En réponse, Travis l’avala aussi loin que possible, mâchoire grande ouverte. Il ne s’écarta qu’à la fin, recueillant les dernières gouttes sur les lèvres et la joue.
— Nom d’un pétard ! haleta-t-il. C’est le truc le plus dément que j’aie jamais fait.
Ben laissa lentement la queue flaccide lui échapper.
— C’est vrai ?
— Absolument, répondit Travis, le souffle toujours erratique. J’adore baiser, je ne le nie pas. Mais là, c’était plus intime – aussi brûlant qu’un bouc avec un chalumeau. J’adore le goût de ton sperme. Et la sensation de le sentir jaillir dans ma bouche, au fond de ma gorge. J’aime en avoir sur le visage. On n’a jamais ça avec une femme.
— Tu te fais vraiment au sexe gay, pas vrai ?
— Bien sûr. J’aime que tu aies une queue. Je ne me suis jamais intéressé à un gars, mais c’est ce que je préfère chez toi. Il n’y a plus de retour en arrière possible.
Ben pivota pour l’embrasser. Abandonnant toute logique, il laissa son cœur le guider, incapable d’ailleurs de l’arrêter.
— Alors, reste. Reste avec moi. Dis que tu viendras avec moi à New York.
— Mais j’ai d’abord droit à une visite d’essai, lui rappela Travis.
— Non. Dis-le maintenant, avant même de découvrir la ville. Dis que tu vas venir avec moi. Aie confiance en moi, Travis. Aie confiance en nous.
— C’est pas juste.
— Je sais ! admit Ben, plié de rire. La vie n’est jamais juste. Je te demande un acte de foi à l’aveugle. Avec moi. Dis que toi et moi, c’est pour de bon. Que c’est permanent. S’il te plaît. Dis-moi que tu ne vas pas à disparaître pendant cent ans. Je veux ta réponse maintenant.
— Waouh, du calme. Qu’est-ce que tu racontes ? Pourquoi cent ans ? Et puis, pourquoi maintenant ? Qu’est-ce que tu as ? C’est toi qui disais que nous devions être prudents. Qu’il fallait attendre pour utiliser le grand mot, tu t’en souviens ?
— Je sais. Mais tout ce qui m’est arrivé d’incroyable dans ma vie a été la conséquence de ne pas être prudent. Et je voulais juste te dire que tu fais partie de mon futur, quoi qu’il arrive.
Mais Travis secoua la tête avec obstination.
— Non-on. Je ne dirai rien si tu ne te lances pas le premier.
— Je t’aime, lâcha Ben. Je suis amoureux de toi depuis la Saint Valentin, et probablement même avant. Je crois que tu es mon présent, mon avenir… et même mon passé, pour une raison que je ne peux expliquer. Je peux réaliser de grandes choses si tu es avec moi, Travis. Je tiens à t’appeler mon partenaire. Je suis prêt à faire de toi le plus heureux des hommes du Texas, si tu acceptes. Alors, s’il te plaît, dis-moi oui. Maintenant. Avant d’aller à New York.
L’air accablé, Travis leva la tête et l’embrassa doucement.
— D’accord. Oui. J’irai à New York avec toi.
DÈS LE lendemain matin, Ben s’inscrivit à l’examen du barreau au Texas.
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