Quand l'horizon a disparu
Chapitre VIII
— QU’EST-CE QUE vous faites là, tous les deux ?
— Surprise, Walsh. Si je t’avais annoncé ma venue, tu aurais dit non, je le savais. Et puisque je déteste voyager seul, j’ai pensé que ce serait plus sympa de proposer à ton homme de m’accompagner. J’avoue que c’est très pratique qu’il soit pilote : il peut sauter dans un avion quand ça lui chante.
— J’espère que tu ne m’en veux pas, déclara David, de sa voix profonde et réconfortante.
Depuis qu’il l’avait aperçu, Ben se sentait mieux. David était le genre de gars qu’on trouve exclusivement dans les pages papier glacé d’un magazine de luxe ou dans un film porno haut de gamme. Ben possédait un certain charisme, mais à New York, quand les deux hommes sortaient ensemble, c’était David que tout le monde dévorait d’un regard lubrique, avant de jeter à Ben un coup d’œil envieux. Depuis l’appel funeste du père Davenport, Ben n’avait plus pensé au sexe, sauf ces quelques images mentales d’un Travis torse nu. Pourtant, son corps s’enflamma quand David le regarda d’un air penaud, en passant les doigts dans ses boucles brunes.
— Bien sûr que non, déclara Ben. Entrez.
Les deux nouveaux venus récupèrent leurs sacs et passèrent devant lui, Ben en profita pour voler un baiser à David.
— Hé, sexy. Quel plaisir de te voir !
— De même ! répondit David qui lui rendit son baiser.
Puis Ben les conduisit au salon, où ses frères se trouvaient toujours. L’air éberlué, ils les regardèrent entrer.
— Les garçons, vous vous souvenez de Colin ? Vous l’avez rencontré à New York. Et voici notre ami commun, David.
Il se tourna vers eux et enchaîna :
— Je vous présente Quentin, Jason, et Cade, dit-il, pointant chacun d’eux à tour de rôle.
— Waouh ! dit David. Ce sont vraiment tes clones.
Il y avait des années que les fils Walsh entendaient des commentaires du même genre, ils avaient toujours la même réaction : un sourire poli, accompagné d’un hochement de tête. Colin et David prirent place sur un des canapés et donnèrent un bref résumé de leur voyage. Ben remarqua le silence inaccoutumé de ses frères et commença à s’inquiéter : cette arrivée inattendue n’était peut-être pas une si bonne idée. D’un autre côté, Colin ne lui avait pas donné le choix. Ensuite, il vit Jason dévisager ses deux amis avec une admiration mêlée d’incrédulité, comme s’ils étaient des phénomènes émanant d’une contrée exotique. Ben jetait toujours à David des regards furtifs. Il envisageait de se retrouver le plus tôt possible au lit avec lui, nu ; il voulait sentir sa peau contre la sienne. Comment l’emmener discrètement jusqu’à sa chambre ? La chambre de ses parents ? C’était une notion toujours effrayante, mais il s’y ferait. Il décida de patienter, cependant. Pour l’instant, ses frères n’avaient pas besoin d’être confrontés à sa vie sexuelle.
Au cours de l’après-midi, alors que tous continuaient à faire connaissance et à bavarder, les trois jeunes Walsh se montrèrent de plus en plus chaleureux envers ses amis. Colin possédait un charisme naturel qui conquerrait presque tout le monde. De plus, il avait déjà rencontré les frères de Ben au cours de leur précédente visite à New York. Colin regarda Ben avec un sourire complice lorsque Jason commença à lui poser des questions. Il y répondit volontiers, avant d’aller jusqu’à son sac pour en sortir des brochures concernant trois écoles potentielles. Il cherche déjà à les convaincre, pensa Ben.
— Celle-ci est mon alma mater, alors bien sûr, je suis partial. Mais les deux autres sont également tiptop. Tu as un bon niveau ?
Ce fut Quentin qui répondit :
— Il n’a obtenu qu’un seul B. Et ça date de quelques années.
— École privée ?
Jason regarda Ben, qui expliqua à sa place :
— Non. Ils sont dans le public. Mon père y tenait.
— C’est admirable. Mais si tu les emmènes à New York, le public est à oublier.
Colin se tourna vers Jason avec un sourire.
— Je sens que tu es un petit génie, comme ton frère.
— Le public me convient très bien, insista Quentin.
Colin sourit d’un air entendu. En le voyant faire, Ben se mit à rire, parce qu’il connaissait bien son meilleur ami, ses manigances élaborées et son côté machiavélique. Le pauvre Quentin n’avait aucune chance. Le jeune Mead fouilla dans son sac.
— C’est pourquoi je t’ai apporté ceci…
Il passa deux brochures à Quentin, qui en resta muet de stupéfaction.
— La première, reprit Colin, est pour LaGuardia Arts, une école artistique publique.
Quentin le regarda, perplexe. Colin tira alors de son sac un livre, dont il sortit une serviette en papier. Il la tendit au jeune Walsh.
— Tu t’en souviens ?
— Où l’as-tu trouvée ?
Il y avait sur la serviette un dessin à la plume très élaboré d’une scène de rue new-yorkaise, vue de l’intérieur d’un restaurant. Cade et Jason se penchèrent ensemble par-dessus son épaule pour regarder ce que leur frère tenait.
— Hé, dit Cade, c’est toi qui as dessiné ça !
— C’est exact, confirma Colin. Je l’ai ramassé sur la table après un dîner, durant votre visite à New York. Tu es très doué.
Quentin repoussa la flatterie d’un ricanement.
— Et tu l’as gardé durant tout ce temps ?
— Bien sûr. C’est une des œuvres les plus originales que j’aie vue ! Tu ne crois pas, David ?
— J’aime beaucoup, convint David.
— Laisse-moi voir.
Quand Ben tendit la main, Quentin lui passa le dessin. Il avait l’habitude de griffonner au restaurant sur des serviettes depuis ses trois ans, et plus aucun de ses frères n’y prêtait attention. Et c’était une erreur, manifestement, car Ben constata combien son talent s’était développé.
— C’est génial, petit frère. Le détail est incroyable.
— Au cas où tu ne l’aurais pas déjà remarqué, Walsh, ton frère est un artiste.
— N’exagérons pas, protesta Quentin.
— Si. Mon amie Stephanie me l’a confirmé, et elle possède une galerie à Soho. Je lui ai montré ton dessin. Si tu lui en fais d’autres représentant diverses facettes de New York, elle pourrait organiser une exposition.
— Je ne te crois pas, déclara Quentin, sceptique.
— Tu peux, Q. Colin a l’habitude de tenir ses promesses.
— L’autre brochure, continua Colin, c’est une école artistique privée.
Il fouilla dans son sac et ajouta, comme s’il s’agissait d’une arrière-pensée :
— … au cas où tu ne serais pas accepté à LaGuardia.
Quentin fronça les sourcils.
— Arrête ! Je rentrerai les doigts dans le nez.
Défier un Walsh ? Brillante tactique, pensa Ben. Bien joué, Colin.
Colin sortit une dernière brochure qu’il tendit à Cade.
— C’est Bolton Academy, une école de garçons de sports-études.
— Comme dans Le Cercle des poètes disparus ? demanda Cade.
— Oui, répondit Colin. Mais sans Robin Williams ni de malheureux suicidés.
Sidéré, Ben se renfonça contre son dossier. Colin avait absorbé la personnalité de chacun de ses frères en un seul dîner, deux ans plus tôt ?
— Je présume qu’il n’y a rien dans ce sac pour moi ?
— Bien sûr que si, Dorothy.
Colin fouilla dans son sac et en sortit une petite boîte blanche.
— Ce sont des… ?
— Des brownies au beurre de cacahuètes et chocolat qui proviennent de ta boulangerie préférée sur la 48e rue.
— Je t’adore, mec !
Les larmes aux yeux, Ben s’empara de son cadeau et huma sa délicieuse odeur. Il ouvrit la boîte et croqua l’un des biscuits.
— Essaye, c’est divin, dit-il en passant la boîte à son frère.
Quentin en prit un, puis il transmit la boîte à Cade.
Jason demanda à Colin :
— Tu travailles au même cabinet que Ben ?
— Non, répondit le jeune Mead en riant. Je ne pourrais jamais travailler pour ma famille.
— Colin a de plus hautes ambitions, expliqua Ben. Il travaille pour l’ACLU – l’Union américaine des libertés civiles.
— Cool ! roucoula Jason.
— Et toi, David, tu es aussi avocat ? demanda Quentin.
David sourit et secoua la tête.
— Non. Je suis pilote de ligne sur JetBlue.
— Sans blague ! s’écria Cade. Tu fais voler des avions ?
— Oui, effectivement.
— Où as-tu appris à le faire ?
— J’ai fait mon service militaire dans l’Aviation.
Cela provoqua une avalanche de questions, Quentin et Cade voulaient tout savoir sur les modalités pour devenir pilote. Pendant ce temps, Colin et Jason assis à côté l’un de l’autre, regardaient les brochures et chuchotaient en vrais conspirateur. Ben comprit que Colin avait pris l’adolescent sous son aile. Tant mieux ! Ben avait bien besoin de toute l’aide qu’il pouvait obtenir.
Quand le groupe décida de sortir dîner, Ben remarqua le pickup de Travis garé dans la rue. Il ne l’avait pas revu depuis mercredi soir. Deux jours plus tôt. C’était étrange… mais il repoussa cette idée.
Quand ils rentrèrent à la maison, le pickup avait disparu.
Cette nuit-là, Ben, très excité, voulait se retrouver seul avec David. Il chercha donc les deux films les plus courts qu’il puisse trouver. Il opta pour Clerks : Les Employés modèles et 35 heures, c'est déjà trop. Près de trois heures plus tard, les garçons montèrent se coucher et Colin, avec un clin d’œil entendu, se dirigea vers la chambre d’ami.
— Je vais voir ce que Grindr 1 me propose.
— Tiens-toi bien, le réprimanda Ben. Il y a des enfants dans la maison.
— Oui, papa.
Après son départ, Ben sourit à David, assis à l’autre extrémité du salon.
— Tes frères ne savent pas que nous sortons ensemble ?
Ben se leva pour prendre place sur l’autre canapé et posa la main sur le genou de David.
— Non. Mais si tu préfères, je le leur dirai. Dans les circonstances actuelles, ce n’était pas prioritaire.
— Sympa, merci !
— Tu sais bien ce que je veux dire.
David baissa les yeux.
— Tu ne m’as pas rappelé depuis l’aéroport.
— Je sais. Mais quand je t’ai vu à ma porte aujourd’hui… Je suis heureux que tu sois là. Je suis sincère.
— Je ne compte pas faire un mélo. Tes parents viennent de mourir, ce qui te donne un sacré passe-droit. J’ai juste besoin de savoir que tu me veux à tes côtés. Que je n’ai pas commis une erreur en te rejoignant.
Ben se leva, la main tendue.
— Tu sais bien que j’ai du mal à mettre des mots sur ce que je ressens. Viens, je vais te montrer que je suis content de te voir, d’accord ?
David accepta sa main et se laissa arracher du canapé. Ben lui mit les bras autour de la taille, ses mains lui empaumant le cul. Il malaxa les muscles fermes tout en embrassant David, dont le menton hérissé lui picota les lèvres. Ben passa les mains sous la chemise de David et la lui fit ôter. Son amant avait un torse puissant, couvert d’une toison sombre et dense. Ben baissa la tête et fit courir sa langue sur le mamelon gauche de David, qui sursauta en poussant un petit cri.
Ce fut alors qu’on frappa à la porte d’entrée.
— Merde, murmura Ben.
— Qui peut bien venir à une heure pareille ?
— Je m’en occupe. Attends-moi.
Ben se rua jusqu’à l’entrée et ouvrit la porte, sachant parfaitement qui il allait trouver. Effectivement, c’était Travis, qui se mit à parler sans attendre :
— Ben, je suis vraiment désolé pour ce qui s’est passé mercredi soir.
— Travis…
— Non, s’il te plaît. Laisse-moi m’excuser. J’avais bu, mais ça ne justifie pas mon comportement, je le sais. Ça fait deux jours que je me creuse la cervelle pour savoir comment t’expliquer. Franchement. Je n’ai pensé qu’à ça depuis mercredi. Ben, il faut que je te dise la vérité, je…
— Qui est-ce ? demanda David
Il s’était approché derrière Ben, toujours torse nu. Travis leva sur lui un regard troublé.
— Travis, voici David. Il vient de New York.
Travis ne bougea pas. Il tenta de détourner les yeux, mais en vain ; son regard restait fixé sur David. Celui-ci passa le bras gauche autour de Ben et tendit la main droite en disant :
— Ravi de vous rencontrer, Travis.
Travis lui serra la main.
— Je suis désolé. Je ne savais pas que tu avais des invités, Ben.
— Moi non plus, jusqu’à ce lui et Colin arrivent tout à l’heure.
— Sans préavis, je vois, déclara Travis, qui baissa les yeux. Je ne voulais pas vous déranger. Je vais… je te parlerai plus tard, Ben. Excuse-moi encore. Ravi de vous connaître, David.
— De même.
Travis pivota sur lui-même et redescendit les marches vers la rue. Ben referma la porte et se tourna vers David.
— Qui est-ce ? insista son amant.
— Personne. Juste un jeune voisin que mon père avait pris sous son aile. Il n’a aucune importance, je t’assure. Maintenant, où étions-nous avant qu’il nous interrompe ?
Ben se pencha et passa sa langue sur l’autre mamelon de David. Celui-ci poussa un gémissement sourd.
— Nous en étions là. Je pense qu’il est temps d’aller dans ta chambre.
— Bonne idée.
Ben prit David par la main, entrelaçant leurs doigts ensemble. Il le conduisit dans la chambre principale, où ses parents avaient dormi. Il repoussa leurs fantômes dans un recoin de son esprit et fit asseoir David sur le lit, puis retourna sur ses pas pour verrouiller la porte.
— Enlève ton pantalon, ordonna Ben.
David se releva et se débarrassa de ses chaussures, sachant bien qu’il devait garder ses chaussettes. Il descendit sa braguette et enleva son jean, qu’il éjecta du pied au coin de la chambre.
— Mets-toi à genoux.
David obéit, les yeux fixés sur l’entrejambe de Ben. Une fois placé devant lui. Ben l’attrapa par la nuque et força sa bouche sur le denim derrière lequel se cachait son sexe durci. Docilement, David le mordilla et Ben gémit. Après un moment, il se dégagea et recula.
— Regarde-moi.
David renversa la tête, leurs yeux se rencontrèrent. Son amant avait tout d’un accro en manque, prêt pour une dose. Ben arracha sa chemise.
— Chaussures.
David se pencha et défit les lacets de ses Nike, puis les lui enleva. Il faillit s’en prendre ensuite à ses chaussettes, mais il se reprit à temps et se redressa, attendant d’autres instructions.
Ben fit une pause délibérée.
— Chaussettes.
Il souleva un pied après l’autre pendant que David le débarrassait de ses chaussettes.
— Regarde-moi.
À nouveau, David releva les yeux. Ben défit sa braguette et ouvrit son pantalon. Il sortit sa queue qu’il empoigna d’une main. Il en existait de plus imposantes de par le monde, Ben le savait, mais il n’avait jamais rien vu d’aussi artistiquement parfait que ses vingt centimètres. Sa queue était une œuvre d’art, droite comme une flèche et bien proportionnée. Assis sur ses talons, David la regarda, en attendant la permission de la prendre dans sa bouche. Sans ôter son jean, Ben fit quelques pas en avant et, son sexe toujours en main, il en frappa David au visage. Pour tenter son amant, il frotta son gland sur ses lèvres, sachant très bien qu’il ne tenterait pas d’y goûter avant d’en recevoir l’ordre.
— Qu’en penses-tu ?
— S’il te plaît, laisse-moi te sucer.
Ben continua à frotter sa queue sur le visage de David.
— Je ne sais pas, déclara-t-il, dubitatif. Tu vas bien le faire ?
— Ce sera la meilleure pipe que tu aies connue.
— Tu la prendras tout au fond de ta gorge ?
— Oui, monsieur.
— Même si tu t’étouffes ?
— Oui, monsieur.
— Et si tu me supplies d’arrêter ?
— Ne m’écoute pas, monsieur. Continue à baiser ma bouche.
Ben recula pour enlever son jean.
— Bonne réponse.
Comme David le regardait, Ben afficha un sourire arrogant.
— C’est à toi, aviateur.
David tendit la main et attira Ben vers lui pour prendre son sexe érigé dans sa bouche. Il l’engloutit tout entier, sans marquer d’arrêt, jusqu’à ce que le gland heurte le fond de sa gorge. Il resta ensuite parfaitement immobile, respirant par le nez, se concentrant pour mieux supprimer son réflexe nauséeux. Ben le savait capable de garder la position jusqu’à ce que les larmes lui coulent sur les joues. Quand ce fut le cas, David s’étouffa et se retira. Alors seulement, Ben l’empoigna par la nuque pour forcer son sexe humide entre ses lèvres.
— Oh, non, pas question !
Il se mit à marteler le fond de sa gorge, ce qui rendit David fou de passion : il gémissait et pleurait en même temps. C’était si torride que Ben craignit de jouir trop vite, alors il saisit David par les cheveux et lui força la tête en arrière, s’arrachant à sa bouche. Ensuite, il se pencha et l’embrassa, sentant les tremblements qui l’agitaient.
Il se redressa et dit :
— Sur le lit. À plat ventre
David se releva et obéit. Ben finit de se déshabiller en enlevant son boxer. Sur la longue liste des atouts de David, Ben mettait son cul en toute première place. La plupart des gens auraient parlé d’un ‘cul pommé’, mais Ben avait un jour entendu l’expression ‘un cul d’oignon’ – parce qu’un cul pareil vous tirait des larmes. Et il en préférait l’originalité.
— Lève le cul en l’air.
David obtempéra. Ben s’agenouilla entre ses jambes ouvertes pour lui écarter les fesses, révélant l’entrée de son corps. Il se pencha et la caressa de sa langue, légèrement, avant d’explorer la raie de haut en bas. David sursauta.
— Monsieur, s’il te plaît, mange-moi. Mords-moi.
— Tu peux faire mieux.
— Monsieur, je t’en prie, baise-moi avec ta langue. S’il te plaît.
Satisfait, Ben enfonça profondément sa langue dans l’anus offert. Le pied ! Il aurait pu s’activer vingt-quatre heures de suite sur un cul pareil. Enragé de désir, il poussa David vers l’orgasme, jusqu’à lui faire mordre à pleine dents son oreiller, les poings serrés sur les draps.
— Monsieur, je ne sais pas si je vais pouvoir tenir encore longtemps. Si tu ne me baises pas…
Plus tôt, il avait déposé son sac de voyage dans la chambre, à côté du lit. Ben le titillait toujours de la langue et des dents lorsque David se pencha et défit une des fermetures à glissière. Il sortit une boîte de préservatifs et un tube de lubrifiant, qu’il jeta sur le lit. Sans cesser ses agressions linguales, Ben déchira l’un des sachets et roula le latex sur sa queue, puis il ajouta une noisette de lubrifiant. Il s’étendit sur David et frotta son sexe entre ses fesses. Sans même utiliser ses mains, il se mit en position contre l’anus plissé qui palpitait déjà. Tous deux se raidirent lorsque Ben commença à pénétrer, centimètre par centimètre.
Passant les doigts dans les cheveux épais, Ben frotta son menton sur la nuque de David. Celui-ci se cambra et s’empala davantage, obtenant d’un seul coup dix bons centimètres de queue. Mécontent, Ben grimaça et se retira.
— Sur le dos, déclara-t-il.
David roula sur lui-même, leva les jambes et guida le sexe de Ben en position. Ils se regardèrent avec un sourire. Les yeux de David brillaient comme s’il avait un atout dans sa manche. Il releva les jambes plus haut, jusqu’à ce que ses chaussettes se frottent au visage de Ben.
— Enfoiré ! grogna ce dernier.
— Allez, tombeur. Enlève-moi ça.
Cédant à son fétichisme, Ben lui arracha ses chaussettes et enfouit son visage dans les plantes de ses pieds. Il en fut enchanté, comme David l’avait prévu.
— Tu aimes mes grands volets d’atterrissage, pas vrai ?
— Tu le sais très bien !
— Montre-le-moi, monsieur.
Ben lui lécha la plante des pieds, puis il prit chacun de ses orteils dans sa bouche. Après plusieurs minutes d’attention, il se pencha pour embrasser David sur la bouche et se mit à le baiser pour de bon. Oubliant leur jeu de rôle, les deux amants s’accrochaient l’un à l’autre pendant que Ben pilonnait David. Celui-ci ne se caressa pas durant leurs ébats. Ben détestait ça et ne le cachait pas.
Puis Ben, sentant monter en lui la chaleur annonçant l’orgasme, accéléra le rythme de ses va-et-vient. David l’y incitait.
— Vas-y, Ben. Baise-moi plus fort. Laboure-moi. Défonce-moi le cul. Tu sais que j’aime ça. Tu sais ce que je veux.
— Dis-le.
— Baise-moi plus fort !
— Dis-le, nom de Dieu !
— Je ne suis heureux qu’avec ta grosse bite dans le cul !
Ben devint frénétique jusqu’à ce qu’il fasse le dos rond. Secoué de spasmes, il sentit sa jouissance monter et déferler, vague après vague, le plaisir se répandit à travers son corps et se déversa en jets brûlants dans le rectum malmené de David.
Enfin, il s’effondra sur son amant. Lorsqu’il eut repris son souffle, il s’écarta de David en retenant d’une main le préservatif usagé. Il le jeta sur le sol, à côté du lit, et s’agenouilla entre ses jambes. Il ne fallut à Ben qu’une minute pour faire jouir David. Il aimait le sexe oral et se jeta sur le sexe offert avec brio, le travaillant de la main et des lèvres jusqu’à obtenir le goût familier du sperme sur sa langue et au fond de sa gorge.
Ensuite, Ben aurait aimé s’attarder au lit, à savourer les arômes puissants du sexe qui s’attardaient dans la chambre, mais David fila dans la salle de bains pour se nettoyer.
Avant de s’endormir, le corps repu, Ben évoqua la journée inattendue qu’il venait de passer. Il était heureux d’avoir en Colin un ami qui le connaisse assez bien pour se pointer comme ça, à l’improviste.
Mais alors, il pensa à Travis.
Quelle étrange expression avait traversé son visage sensible en voyant David ! Travis serait-il jaloux ? Et qu’est-ce qu’il tenait tant à lui dire ?
Ben refusait de croire que leur dispute n’avait été qu’un malentendu. Travis lui avait bel et bien fait du genou au dîner du réveillon. Tous deux le savaient. Et ce commentaire sur des baisers échangés à minuit ? Fallait pas déconner ! Ben n’avait pas de temps à perdre avec ces petits jeux. Il préférait nettement fréquenter un homme sachant ce qu’il voulait.
Il prit David dans ses bras et frotta son menton barbu sur sa nuque ployée, désireux de l’exciter à nouveau pour recommencer à baiser. Il tendit la main vers la table de nuit et prit un autre préservatif. Il l’enroula sur son sexe et s’insinua doucement en lui.
Après quelques minutes, ils s’endormirent comme ça, entrelacés et imbriqués.
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