Return of Emeth

Michel Honaker · Chapitre 4 sur 20

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Return of Emeth

Chapitre III

 

Aaron Blaustein regagna son appartement à pied. Il n’était situé qu’à quelques rues de là, un peu plus au nord de Méa Chéarim. L’air retrouvait son habituelle douceur caressante et tandis qu’il marchait d’un bon pas, il s’en remplissait les poumons comme on s’enivre du bouquet d’un jeune vin. Cela lui fit du bien, après la conversation qu’il venait d’avoir avec Lehmann. Elle avait jeté un certain trouble dans son esprit. Il connaissait mieux que personne la puissance du Mal, car en étudiant les chemins de la vertu et de la justice, on côtoie fatalement ceux de la perversité et du vice, et Blaustein était de ces rabbis qui avaient déjà senti le parfum du soufre se mêler à celui de l’encens.

Il avait un peu minimisé son érudition, tout à l’heure, ainsi qu’il convenait devant un supérieur hiérarchique. Car durant ses études, il avait compulsé ces textes informels, retranscrits au IXe siècle par des mains anonymes, d’après la tradition orale. Ce faisant, il s’était sciemment éloigné de l’approfondissement talmudique pour se livrer à des recherches touchant davantage à la démonologie. C’est ainsi qu’il avait découvert les étranges rites pratiqués par les anciens magiciens juifs dont tous les rois d’Israël s’étaient entourés au fil des âges, à la fois conseillers politiques et meneurs de complots. Et parmi ces rites, celui dit « d’argile et de sang » était évoqué. Le charme qui peut créer une forme vivante toute dévouée à son maître ; le charme qui donne à l’humain le pouvoir de Dieu lui-même. Il n’était que succinctement décrit, car les détails se perdaient dans la nuit des temps. Mais cette lecture l’avait profondément troublé.

Il y avait souvent repensé depuis. C’était pourquoi, mieux que personne, il comprenait la véritable valeur du fragment rapporté par Lehmann. Et aussi l’importance du combat millénaire qui s’était renoué par-delà les âges, au cœur même de la civilisation. Il y avait eu du sang, et des morts. Fischer, Eisenbaum, d’autres sans doute y avaient laissé la vie.

Préoccupé par ses réflexions, Blaustein ne fut pas fâché de retrouver l’intimité de son modeste appartement. Sans prendre le temps de se déshabiller, il s’étendit sur son lit. Il sentit qu’il ne pourrait pas s’endormir immédiatement, malgré la fatigue qui étirait ses membres. Aussi approcha-t-il une lampe de son chevet et se mit-il à lire. Le Cantique des Cantiques. Le plus fabuleux, le plus poétique des apocryphes. Ce soir, il éprouvait un besoin de réconfort, de protection. Mais très vite, les lignes se brouillèrent devant ses yeux, et dans le flou brumeux, il crut distinguer des silhouettes cauchemardesques qui s’agitaient, se formant, se dissolvant puis rejaillissant telles des éclaboussures d’encre.

Puis la somnolence le gagna sans qu’il s’en rende compte. L’ouvrage glissa sur la couverture. Son menton tomba sur sa poitrine. Et les ombres inquiétantes le poursuivirent dans le creux de ses rêves…

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