Return of Emeth

Michel Honaker · Chapitre 6 sur 20

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Return of Emeth

Chapitre V

 

 

— Rabbi, un grand malheur ! Un très grand malheur…

Curieusement, Aaron Blaustein s’était réveillé quelques secondes à peine avant que le téléphone ne retentisse, comme alerté par un pressentiment. Avant même que la voix saccadée de Khemal ne poursuive, il comprit que le pire était arrivé.

— Rabbi, c’est Lehmann… Il… il est mort… dans sa chambre.

— Mon Dieu ! Comment ? Que s’est-il passé ?

— Je ne sais pas, je ne sais pas, rabbi !

Le Libanais avait des sanglots dans la gorge.

— Le coffret, Khemal ! Qu’est-il advenu du coffret ?

— Je n’en sais rien. La police vient d’arriver. Je n’ai pas pu entrer.

— J’arrive. Ne bouge pas.

— Rabbi, ce n’est pas ma faute ! Je…

— Bien sûr, Khemal.

Il ne mit guère plus de cinq minutes pour gagner le Via Dolorosa au pas de course. La place était bouclée. Ambulance et voitures de police cinglaient les vieux murs de leurs gyrophares. Les alentours de l’hôtel grouillaient d’agents et de militaires. Toujours la crainte de l’attentat terroriste. Blaustein se faufila sous les rubans de protection. Deux types en uniforme s’élancèrent aussitôt sur lui, prêts à le refouler à coups de crosse. Nerveux. Par chance, ils le reconnurent avant de commencer leur geste. Blaustein les foudroya du regard. Là-bas, Khemal lui faisait désespérément signe, entouré d’inspecteurs en civil. Il le rejoignit à grands pas et, l’attrapant par le bras, le poussa à l’intérieur.

Les hommes du groupe d’intervention s’effacèrent avec déférence sur leur passage.

— Ils t’ont posé des questions ?

— Oui. Mais je n’ai rien dit. Je vous assure, rabbi, ce n’est pas ma faute. Personne n’est entré ou sorti après votre départ, j’en mettrais ma tête à couper. Je ne sais pas ce qui a pu se passer…

— Et les hassidim n’ont rien entendu ?

— Rien du tout. C’est l’hôtelier qui a trouvé la porte ouverte et…

— Tu n’as rien remarqué d’anormal, pendant que tu surveillais en bas ?

— Vraiment, non. Il y avait beaucoup de monde sur la place, ce soir. Une bonne ambiance. Un forain s’était installé pour jouer une pièce.

— Un forain ? Ici, près du Mur ? On l’a laissé faire ?

— Enfin, ce n’était pas exactement un forain, plutôt un montreur de marionnettes. Et son numéro était si drôle que… Est-ce que c’est important ?

— Je n’en sais rien. Ils ont emmené le corps ?

— Pas encore. Les policiers viennent juste de déballer leur attirail. Je vous ai appelé tout de suite. Oh, rabbi, je ne comprends pas ce qui a pu arriver, c’est si terrible…

Au dernier étage régnait une étrange agitation. Au fond du couloir, les hassidim étaient en pleurs et se frappaient la poitrine. À leurs gémissements répondaient en écho les sanglots de la femme du patron, victime d’une crise de nerfs. Les enquêteurs posaient une multitude de questions, indifférents à ces démonstrations d’affliction. Khemal sur ses talons, le rabbi força le passage jusqu’au seuil de la chambre.

En découvrant le spectacle, il ne put s’empêcher de se mordre les lèvres. Assi Lehmann était étendu sur le lit, parmi les draps noyés de sang, tournant vers eux son visage en partie dévoré. Il n’avait plus ni bouche, ni menton, ni nez. En dessous de ses pommettes, la chair déchirée pendait dans le vide. Ses yeux noirs, démesurément agrandis, reflétaient une épouvante sans nom. Ses vêtements étaient lacérés. On aurait juré qu’il avait été attaqué par un animal sauvage. Machinalement, Blaustein nota qu’il était nu sous la ceinture, et il se demanda quelle perversité avilissante le tueur lui avait fait subir avant de le mettre en pièces.

Surmontant sa répulsion, il s’approcha de la couche. La paire de menottes pendait au bras du mort.

— Les empreintes, rabbi ! prévint l’un des préposés au laboratoire.

Ignorant l’avertissement, Blaustein souleva légèrement le drap. Le coffret était bien là, au bout de la chaîne, mais son couvercle était arraché. Et son contenu parti. Disparu. Un inspecteur arriva, tout en s’épongeant vigoureusement le front avec un mouchoir bon à essorer.

— Vous êtes le rabbi Blaustein, n’est-ce pas ? Confirmez-vous l’identité de la victime ? Est-ce que c’est vraiment… le grand rabbin de New York ?

— Oui, répondit Blaustein dans un souffle. Il était en visite privée. Il voyageait incognito.

— Pas la moindre idée sur celui qui a pu faire ça ?

— Non.

— Il y a des traces de morsures. On dirait qu’on lui a arraché la chair à coups de dents… C’est atroce, sans compter les complications diplomatiques. Et en plus, les hassidim qui dormaient à côté n’ont rien entendu. Incroyable…

— Excusez-moi, coupa Blaustein, préférant abandonner le fonctionnaire à ses problèmes.

Ceux dans lesquels il se débattait à présent étaient déjà bien suffisants. Il allait devoir annoncer le drame à ses supérieurs, et la disparition du Verbe de Vie, la veille de la cérémonie… Lourde et pénible tâche. Il était sur le point de se retirer, lorsque Khemal le retint par la manche. Depuis qu’il était entré dans la chambre, une impression bizarre s’était emparée du Libanais. Et il avait mis un certain temps avant d’en comprendre la signification : un détail manquait. Du regard, il fit à nouveau le tour de la pièce où crépitaient les flashes du préposé à l’identification. Maintenant, il était sûr.

— La gargouille, rabbi… Où est passée la gargouille ?

Blaustein revint sur ses pas, intrigué. L’espace entre le mur et l’armoire, où trônait précédemment l’affreuse sculpture, était vide.

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