Sham & Lies (édition française): Opus 1 : La Valse des Prétendants (French Edition)

Chapitre 17

 

Voilà des heures que la force de mes émotions m’a poussée à me rasseoir au milieu de ces champs brûlés. Lorsque j’essaye de me lever, mes membres sont engourdis par le froid et l’immobilité. Je daigne poser mes yeux sur le ciel d’encre. Il semblerait que la nuit soit tombée. La fête est-elle terminée ? Le mariage est-il déjà consommé ? J’encercle mon estomac torturé de mes deux bras, en une mince tentative d’apaisement.

Pour couronner le tout, la luminosité qui m’entoure ne m’apprend qu’une chose : je suis en retard, vraiment en retard.

Mes pensées sont si sombres que je n’ai pas la présence d’esprit de redouter mon retour au château, d’assumer les conséquences de mon arrivée tardive.

J’avais beau savoir que Artus ne m’était pas destiné, qu’il avait besoin de créer sa vie avec des gens de son rang, la chute n’en est pas moins douloureuse. J’ignore si je me voilais la face afin d’avoir quelque chose à quoi me raccrocher ou bien si je croyais avoir plus de temps. Les épreuves qui m’attendent me paraissent dorénavant insurmontables tellement le vide en moi est grand.

Je doute même de trouver la force de revenir au village visiter à nouveau mes amis... Je ne perds pas que Artus ce soir, je perds aussi le groupe auquel j’appartiens depuis des mois.

 Le froid ayant raison de moi, je décide, enfin, de me mettre en route pour le château. Non pas que je veuille me presser dans le but de limiter la fureur de mon père, elle doit sans doute déjà être à son apogée. En chemin vers la forêt dans laquelle sont déposés mes vêtements, je laisse de nouvelles larmes de déception, de solitude humidifier mon visage gelé sans chercher à les retenir. Je me promets que ce sont les dernières, je jure que plus aucun homme ne sera responsable d’une seule de mes perles salées.

Au pied de l’arbre creux, je me change sans hâte, ma température corporelle descend encore un peu. Mes pieds, mes mains sont engourdis.

Lorsque je parviens devant l’entrée principale du château, la grande porte est fermée, je dois frapper, frapper à nouveau, afin que quelqu’un m’entende. Un soldat finit par m’ouvrir et le soulagement que je devine sur le visage de l’homme me surprend. Mes parents se seraient-ils inquiétés pour moi ?

Non. Bien sûr que non. Si l’on m’attend, c’est dans l’unique but de recevoir les invités à venir. Le vide se creuse un peu plus en moi à ce constat, au rappel de mon extrême solitude. Je n’adresse la parole à personne, me dirige sans détour vers ma chambre afin d’y prendre un bain qui, je l’espère, réchauffera mon cœur figé dans la glace.

Rien ne me perturbe. Pas même la porte qui claque derrière moi ni les pas précipités qui se rapprochent petit à petit. Lorsqu’un coup de pied dans le bas du dos me pousse à m’effondrer au sol, je n’objecte pas. J’essaye de me relever, néanmoins plusieurs chocs successifs dans le ventre m’en empêchent, je ne lutte plus. Qu’on en finisse...

Mon assaillant ne doit pas apprécier mon absence de réaction, car malgré les protestations de Martin, il m’attrape par les cheveux, m’envoie plusieurs gifles si fortes que mes oreilles en bourdonnent. J’entends pourtant son intonation menaçante de façon tout à fait limpide. 

— N’essaye même pas en rêve d’anéantir ce que je suis sur le point d’accomplir. Tu ne sortiras plus du château jusqu’à ce que je te marie. Si tu tentes quoi que ce soit qui pourrait nuire à mes plans, j’ordonnerai qu’on tue cette servante qui semblait avoir ta préférence ! Si ce n’est pas suffisant, j’irai jusqu’à éliminer ta mère. Crois-moi, je ne serai pas celui qu’on tiendra pour responsable de ces deux cadavres ! 

Sa tirade terminée, il relâche ma tête qui s’effondre sur le sol de marbre, glacé. Je n’ai ni la force physique ni la puissance mentale d’émettre un mouvement, cependant, je sens que des bras me soulèvent. On me pose sur ce que je devine être mon lit, j’entends la porte se refermer. Je reste de longues minutes sans bouger, m’interrogeant sur la mission que l’univers m’impose. Peut-être suis-je, à l’instar de ma mère, vouée à subir le courroux des hommes toute ma vie.

Je doute de ma capacité à supporter cette existence à endurer un mari comme mon père. Artus aurait été un bon époux, il aurait été doux, compréhensif. Nous aurions pu rire devant le feu avant d’aller nous coucher. Il doit être uni à Céleste à l’heure où je me morfonds. Ils doivent se sourire avec tendresse. Pense-t-il à moi lorsqu’il dépose des baisers sur les lèvres de sa femme ? Le souvenir de nos soupirs viendra-t-il hanter leurs ébats ? 

Demain, le roi des collines oubliées ainsi que sa famille arrivent. Si j’écoute les rumeurs, il ressemble beaucoup à mon père, si j’en crois ce que m’a confié Martin, Adrian pourrait s’y apparenter lui aussi.

 

Mon sommeil est lourd de tristesse, d’avoir tant pleuré. Je suis réveillée par la douleur qu’entraîne chacun de mes mouvements. Mon abdomen, mon dos me provoquent d’atroces souffrances, chaque inspiration est un rappel des menaces de mon père. 

Je m’efforce de me lever, d’aller prendre ce bain que je n’ai pu avoir la veille. Il me faut me préparer avant l’arrivée de nos invités. Un hématome est en train de prendre forme sur ma pommette gauche, personne n’y prendra garde. Même si c’était le cas, convoquer un médecin reste inenvisageable selon les consignes habituelles d’Andral. Je hausse les épaules, il n’est rien en comparaison de ceux qui noircissent mon dos, mes côtes.

J’essaye tant bien que mal d’enfiler une jolie robe aux couleurs de notre maison, néanmoins je suis limitée par mes mouvements. Je laisse mes cheveux libres, n’ajoute qu’un discret diadème orné d’une pomme rouge transpercée par un poignard noir afin de tenir mon visage dégagé. 

En chemin pour les cuisines, je croise Martin. Son air peiné ne m’apporte aucun réconfort. Aussi je choisis de l’ignorer, de continuer sans lui adresser un mot.

Les serviteurs sont en effervescence, ils courent dans tous les sens, munis de chariots, de carafes, de vaisselle. Je patiente dans un coin afin de ne gêner personne, puis avance et cherche de quoi grignoter.

Avisant un plateau débordant de scones encore fumants, je suis sur le point de chaparder l’un d’eux lorsque je suis surprise par une tape sur le dos de ma main. Par réflexe, je recule avant de me rendre compte que la personne me tend une soucoupe remplie. J’observe son regard sur ma joue, prends conscience que la marque est plus visible que je ne le croyais. D’un sourire, j’attrape l’assiette avant de m’asseoir à la table de la cuisine. L’attitude des employés à mon égard a changé depuis quelques semaines, peut-être savent-ils ce que je complote lorsque je me rends au village ?

Je me régale des douceurs du pâtissier, savoure le breuvage qu’on vient de poser devant moi. C’est un mince réconfort, pourtant la gentillesse de ces deux petits gestes me réchauffe un petit peu.

La tranquillité est malheureusement de courte durée. Une main énergique secoue mon épaule, du café brûlant s’écoule le long de mon avant-bras, éclaboussant la table immaculée.

— Dépêchez-vous, le roi vous cherche partout, les convives arrivent ! 

Préférant éviter une humiliation devant l’illustre famille invitée, je délaisse mon succulent petit-déjeuner et file retrouver mes parents. Le regard noir de mon père m’indiffère, je suis présente, c’est tout ce qui compte.

Suivant le protocole identique à la fois précédente, nous sommes assis sur nos trônes respectifs, au sein même de la salle de réception, attendant que les nouveaux venus se présentent à nous. 

Les six personnes de la famille royale des collines oubliées se montrent, toutes vêtues aux couleurs de leur blason. Du blanc et du bleu roi, un arc et une flèche brodés sur l’épaule, ou sur l’ourlet d’une robe. On pourrait se méprendre, croire à la douceur qu’évoquent ces jolies couleurs pâles, pourtant quand on croise chacun des membres, on comprend qu’il n’en est rien. Toutes les personnes de cette famille ont l’air de meurtriers, toutes sauf Hayley, la dernière née du couple et l’unique fille. J’ai un élan de compassion pour cette pauvre enfant. Il est évident qu’elle est écrasée par l’aura de ses trois frères. J’espère me tromper. Je n’écoute pas les préjugés que s’échangent les adultes depuis leur arrivée, afin de me concentrer sur les trois fils. Jorge de Tritt ne semble de toute façon pas se préoccuper de ma présence.

Si je me fie à mon instinct, Matthew, le benjamin, doit être celui à l’apparence d’un poupon. D’après mes souvenirs, il est le jumeau de Hayley, il lui ressemble d’ailleurs comme deux gouttes d’eau, ils ont douze ans. Luke, quinze ans, est le suivant. Il porte les cheveux mi-longs, le portrait craché de sa mère. Ainsi, le plus âgé, le dernier des fils, qui a toute mon attention, doit être Adrian. Étant donné la façon dont il me scrute, j’en déduis que j’ai visé juste. Il a dix-sept ans, comme moi. Il est beau garçon. Mon cœur saigne en prenant conscience qu’il ressemble un peu à Artus. Ses cheveux blond cendré, attachés en catogan, lui donnent le même aspect que son père et son regard est glaçant.

Gênée par son introspection, je détourne les yeux afin de me concentrer sur le couple. Je retiens de justesse un sursaut devant la façon dont m’observe Loretta de Tritt. Elle pourrait me tuer sur place d’un seul coup d’œil. Néanmoins, si m’effrayer reste son but, il faudra qu’elle se lève de bonne heure, car j’ai un bon professeur.

Ne voulant pas paraître impolie, mais désirant qu’elle comprenne que, malgré mon âge, je ne plierai pas, je soutiens son affront quelques minutes avant d’esquisser un léger sourire puis de me concentrer sur son fils aîné. Que le message soit clair, mon seul but à présent est de sauver mon peuple. Je me battrai. Jamais personne ne pourra me comparer à ma mère. 

Après ce qui me semble durer une éternité, nous laissons les invités investir leurs appartements. Un rendez-vous est donné, comme d’habitude, pour le dîner.

Soulagée que l’inspection se termine vite, j’esquisse un pas vers le couloir quand une poigne de fer se referme sur mon bras déjà meurtri. 

— Attention, Ava, mesure tes jeux de regards envers nos obligés. Ce sont les princes que tu dois manipuler ! menace mon père. 

D’un coup sec, il me lâche en me poussant vers la sortie. Peu m’importe ce qu’il croit. J’écarterai quiconque se mettra en travers de mon but.

Bien décidée à me reposer avant de participer à cette mascarade, je prends le chemin de ma chambre, par malchance, c’est sans compter sur l’aîné des De Tritt. N’est-il pas fatigué de son voyage ? 

— Ava, me hèle-t-il en courant vers moi. Accepteriez-vous d’effectuer quelques pas avec moi ? J’ai besoin de me dégourdir les jambes après ce long voyage. 

Rattrapée par le protocole, je n’ai aucun moyen de fuir cette entrevue et me pare donc d’un sourire enjôleur avant d’acquiescer.

— Avec grand plaisir. Laissez-moi récupérer un manteau afin de vous montrer la partie la plus intéressante de ce château. 

— Préférez-vous les discussions au grand air ? 

— Je me méfie des oreilles qui traînent, réponds-je. 

Il rit et je me surprends à apprécier ce son. C’est un son… franc. Dieu sait que j’ai besoin d’honnêteté. Il est joli garçon, vraiment agréable à observer, pourtant je comprends vite que je ne suis pas la seule à jouer un rôle aujourd’hui. 

— J’étais ravi de venir vous rencontrer ! J’ai entendu de merveilleuses choses sur la cité de Slore. Sur vous, tout particulièrement.

— Je suis curieuse de savoir ce que vous en avez retenu…

— Oh, j’ignore par où commencer ! Votre beauté, déjà. Il se chuchote dans le monde entier que la princesse de Slore pousserait à pâlir d’envie la moindre demoiselle. Je ne peux que confirmer, bien que mon sentiment soit loin de la jalousie.

— C’est ce qui se murmure aux collines oubliées ?

— C’est plus que ça. On vous dit rusée, proche de votre père que vous admirez, de votre peuple qui vous le rend bien.

Je pouffe, submergée par le ridicule de son monologue. Adrian se méprend, me pense flattée.

— Je sais que d’autres princes se bousculent à vos portes, chère Ava. Pourtant, je serais comblé si une union pouvait se conclure entre nous. 

Un vrai discours appris par cœur. J’ai tant envie de contrer chacune de ses paroles et de le démolir, néanmoins je dois être plus intelligente alors je rentre dans son jeu, le complimente, moi aussi.

Je mets en pratique tout ce que m’a enseigné Martin, prétextant trébucher sur une motte de terre, je me rattrape de façon maladroite à mon invité, en profite pour poser mes mains sur son épaule. Cette mascarade me rappelle à l’ordre, mon dos ainsi que mon ventre m’incommodent atrocement, mais le regard d’Adrian ne ment pas : il est troublé. J’en rajoute des tonnes en m’excusant mille fois. 

— Vous sentez si bon Adrian !

Il se fige, un demi-sourire bloqué entre gêne et flatterie. La main toujours posée sur son corps, je ferme les paupières, vérifiant bien entendu qu’il soit témoin de mon manège.

— Même après toutes ces heures de route, vous restez attirant, poursuis-je.

Son torse bombé s’exprime pour lui-même, conforté dans son rôle, sa masculinité, il exulte sans s’en cacher. Il doit croire que tout est dans la poche, malgré moi, je prends plaisir à jouer la comédie, pour atteindre mon but. Cette mise en scène me demandant beaucoup d’énergie, je prétexte une migraine afin d’aller me reposer avant le dîner. 

Comme lors des repas partagés avec la famille Acévédo du royaume des Lunes, les adultes sont installés d’un côté de la table tandis que nous cinq sommes un peu à l’écart. Hayley s’est assise juste à côté de moi. Elle a du mal à cacher son malaise. J’ai de la compassion pour cette jeune fille qui semble à l’opposé de ses frères, de ses parents. Je tente, comme je le peux de la détendre avec des compliments sur sa coiffure, la couleur de ses cheveux. Ravie de constater que mes qualités ne s’arrêtent pas à la séduction envers la gent masculine, je sens Hayley souffler un peu.

Les fils de Tritt, d’humeur taquine, ne cessent d’essayer de me déstabiliser depuis le début du repas. Hayley a remis la tête dans son giron, sans doute gênée, mais l’Ava qu’ils ont devant eux n’a pas encore usé de toutes ses armes. Alors que Luke me sort une remarque désagréable pour la troisième fois depuis que nous sommes assis, je décide enfin de lui répondre. Frustré que ses propos ne m’aient pas heurtée, il augmente le niveau, frôle l’insulte en sous-entendant un ragot sur mes capacités sexuelles.

— Oh ! vous savez Luke, certaines rumeurs sont vraies, j’en suis le premier témoin vous concernant ce soir !

— Qu’insinuez-vous par là ? s’insurge-t-il en pâlissant.

— Non, laissez tomber, je refuse de m’abaisser à colporter des injures aussi basses.

Luke, vexé, sort de table, plein de rage à moitié contenue en jetant sa serviette sur sa chaise sous l’œil indifférent des monarques dont la conversation paraît plus importante. Je ne peux retenir l’esquisse d’un sourire à son absence. Un sur trois, à qui le tour ?

Si j’ai toujours été une gentille fille, les derniers événements m’ont appris qu’il fallait se démener pour chaque centimètre de vie. Je me battrai donc, néanmoins il y aura des victimes. Matthew, pourtant influencé par Luke, s’est apaisé depuis le départ de son frère, le repas se termine dans un calme appréciable. 

Adrian ne me laisse aucun répit. Alors que je soupirais d’aise à l’idée de me retrancher dans ma chambre, j’ai à peine eu le temps de pousser la porte de la salle à manger.

— Ava, j’aimerais beaucoup prolonger cette soirée en votre compagnie.

J’étouffe un bâillement, deux entrevues dans la même journée… Il semblerait que le prince des collines oubliées soit un adversaire à ma taille en termes de détermination. Malgré la fatigue, j’accepte sa requête en l’entraînant vers la bibliothèque dans laquelle nous pouvons, au moins, nous asseoir de façon confortable. 

— Je suis épatée par votre calme devant mon frère. Personne n’avait tenu aussi longtemps !

— Certaines personnes peuvent me croire faible lorsque je ne réponds pas à leurs attaques, le fait de se contenir demande une force qui les dépasse. J’ai les armes, mais je suis la seule à décider du moment de les sortir. 

— Je saurai m’en souvenir. Je dois être honnête avec vous, Ava. Vous n’êtes pas comme les autres. Différente des femmes que je connais ainsi que des rumeurs qui courent à votre sujet. 

— Ce n’était pourtant pas votre discours cet après-midi. 

— Je m’en excuse… Vous savez ce que c’est... le protocole. Je dois avouer être surpris de la plus exquise des façons. Vous êtes fascinante, loin du portrait qu’on façonne de vous ailleurs. 

— Les gens sensés vérifient la véracité d’une rumeur. Seuls les idiots croient sur parole les envieux qui les inventent. Je suis ravie de vous être agréable. Oublions les sujets d’usage, avez-vous des projets pour votre peuple ? 

Adrian cache mal sa surprise. Je le choque ? Tant pis, je n’ai pas de temps à perdre. J’ai besoin de savoir, de pouvoir effectuer un choix. J’observe son visage passer par diverses émotions. Quels sont les rapports homme-femme sur ses terres ?

— C’est un sujet dont on ne traite qu’entre hommes, rois, princes... J’ai bien peur de ne pas pouvoir vous partager ce genre de débat.

À mon tour, je suis persuadée de laisser entrevoir la frustration que m’évoque sa réponse. Oui, tout est combat…

— Très bien, je vais donc vous abandonner là pour vous souhaiter une bonne nuit, Adrian. 

Malgré son air éberlué, je prends la direction de la sortie. Consciente que la partie n’est pas terminée. Une main sur son épaule, je me penche vers son oreille. 

— Si vous changez d’avis, je serai honorée de pouvoir tenir une conversation avec une personne cultivée telle que vous, susurré-je. 

Sa bouche bée ne m’apporte aucun réconfort. Adrian est comme la plupart des hommes que je connais : étouffé par son ego. L’impression de perdre mon temps m’agace au plus haut point. D’un pas rageur, je parcours les couloirs de marbre à toute vitesse. Vite, me retrouver seule !

Je rêve d’enlever cette robe dont le corset m’a broyé les côtes toute la journée. Enfin à l’abri dans ma chambre, je verrouille la porte, rajoute une chaise sous la poignée. Nous ne sommes jamais trop prudents, je n’ai donc aucune confiance en la famille de Tritt. Mes gestes saccadés par la colère rendent laborieux mon changement de tenue pour la nuit. La rage de devoir supporter tous ces idiots assoiffés de pouvoir, celle de me découvrir changer… 

Quelque chose en moi enfle, m’effraie. Je commence à prendre goût à ce jeu.

Une envie de vengeance tapie tout au fond de mon cœur se réveille au contact de tous les vils personnages que je suis forcée de côtoyer. 

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