Sham & Lies (édition française): Opus 1 : La Valse des Prétendants (French Edition)

Chapitre 2

 

 

L’effervescence et la panique mettent à mal les nerfs du roi ainsi que de ses gardes. Pour ma part, c’est du pain béni, je me contente d’observer.

Une bonne heure est nécessaire aux soldats afin de nous conduire jusqu’à une calèche neuve susceptible de nous ramener au palais, car il est hors de question que Sa Majesté soit forcée de marcher.

Je perçois le visage de mon père rougir tandis qu’il fulmine, certainement déjà en train de comploter. Il ne reculera devant rien pour trouver les responsables.

Nous sommes à peine arrivés dans la cour du château qu’on me congédie dans mes appartements. Le roi organise un conseil afin de dénicher les rebelles dans le but de les punir. 

De retour dans ma chambre, j’effectue les cent pas. Il est indispensable que je rencontre ces personnes. Je veux les confronter, leur parler, les féliciter, mais avant tout, je désire les aider. Comment m’y prendre ? Là se trouve la vraie question. Je réfléchis, réfléchis encore. Il me faudrait me rendre au village d’abord, puis les chercher, poser des questions peut-être. Je finis par m’asseoir sur le rebord de ma fenêtre, le regard perdu de l’autre côté du réservoir Auclemont, m’imaginant découvrir des alliés, mettre en route leur vengeance.

J’ai la certitude qu’une fille appartenait à leur groupe, ce dont je suis convaincue également, c’est qu’ils n’accepteront pas la princesse dans leur rang. L’adrénaline déferle en moi, me forçant à m’activer, à tourner en rond.

La nuit qui suit est agitée, je ne trouve le sommeil qu’après m’être retournée maintes et maintes fois dans mon lit. C’est alors que la lune est encore haute dans le ciel que mes sens s’éveillent. J’ai peut-être un plan ! 

Le petit-déjeuner apporté par l’acariâtre Christin avalé en quatrième vitesse, j’enfile ma robe la plus simple, la plus confortable. Dans un sac de toile, je fourre la tenue d’homme que je cache sous mon matelas ainsi que la paire de vieilles godasses en cuir.

Le but est de ne pas être remarquée, car si on me demande d’ouvrir la besace, je serai obligée de montrer ce qu’elle contient. Je tremble d’appréhension, d’excitation à l’idée d’entreprendre une action contre mon père, de trouver des acolytes. Je n’ai plus qu’une chose en tête : sortir.

Traverser les couloirs sans qu’on me surprenne n’est pas un effort, personne ne distingue jamais ma présence, de toute façon. Un passage par les cuisines pour chaparder de quoi grignoter avant d’investir la cour. Prendre un cheval serait un gain de temps non négligeable, mais je serais repérée par les gardes. De plus, il ne serait pas crédible d’arriver au village vêtue d’une tenue de travailleur, sur une bête valant le double de la moindre chaumière.

Je me faufile donc vers le mur que j’ai l’habitude d’escalader. À sa base, cette barrière de briques comporte une faille qui permet à ma petite corpulence de s’immiscer vers l’extérieur. Je pourrais, bien sûr, sortir par l’entrée principale, pourtant, je refuse qu’on me suive.

Une fois à l’extérieur de l’enceinte du château, il me reste quelques mètres avant d’atteindre le bosquet le plus proche, c’est le moment le plus critique. Des rondes sont organisées sur les remparts du palais, encore plus actives depuis l’explosion.

J’attends de longues minutes avant de trouver une ouverture, pourtant, chaque fois que je pense pouvoir m’élancer, un garde surgit, manquant de peu une confrontation. Comprenant que je n’aurai pas d’autre chance si on m’arrête, un plan de secours me semble nécessaire.

Accroupie, collée contre les pierres de la paroi d’enceinte, entre les herbes folles, j’aperçois une bande de trois mètres de large, dont la pelouse rase contourne la bâtisse que j’habite. Juste après vient la forêt. Impossible de traverser cette bande sans être surprise. La seule possibilité qu’il me reste serait de longer le mur jusqu’à l’arrière du château. Si je reste invisible jusque là, il me faut emprunter le chemin de ronces qui constitue la dernière défense avant la frontière. Je pourrais ensuite atteindre la forêt par l’arrière. Malgré tout, l’entreprise reste risquée.

Rien n’empêche que je sois repérée par un soldat. Puis le chemin de ronces a la réputation d’être dangereux, assez pour former une barrière de protection que personne n’ose franchir. Enfin, il établit la limite avec les terres qui n’appartiennent pas à Andral, si je suis repérée par un garde du territoire voisin, je ne donne pas cher de ma peau. Mon père possède des rapports tendus avec les autres rois, pénétrer sur un sol étranger sans invitation ne serait alors pas bienvenu.

L’angoisse me tord le ventre, ma langue est aussi sèche qu’un bout de parchemin, la peur me sidère. Mais mon envie d’agir, de rencontrer ces rebelles est plus forte. J’inspire profondément avant d’initier le premier pas.

Il me faut rester collée au mur, maintenir la position accroupie ce qui ne me facilite pas la tâche, car je dois surtout demeurer le plus silencieuse possible. Il doit s’écouler une bonne demi-heure avant que je n’atteigne le sentier de ronces, quand j’y parviens, mon enthousiasme s’étiole. Marcher le long de cette barrière épineuse me cache autant que traverser devant le nez des gardes, pourtant si je passe par le sentier, je crains de ne jamais en ressortir. 

Je dois être partie du château depuis plus d’une heure, le temps s’échappe, la nécessité de prendre une décision s’impose. Tentant le tout pour le tout, je profite d’un espace entre deux ronces pour me faufiler. Si mon corps mince et musclé me permet de m’introduire un peu partout, ce n’est pas le cas de mes vêtements qui s’accrochent sans cesse aux branches. Je tire sur le tissu, déchire ainsi plusieurs morceaux de ma tenue. Un grognement m’échappe.

Je me débats à chaque pas, une brindille couverte d’épines semble m’attraper comme si elle désirait me blesser ou me piéger. Autant se rendre à l’évidence, à l’image de mes mains en sang, de ma robe en lambeaux : je n’y arriverai pas. 

Je claque la langue contre mon palais, agacée par mon échec. Je prends conscience qu’on ne peut pas partir à l’aventure avec un plan bancal. Il n’y a pas de problèmes, que des solutions, alors c’est ce qu’il me faut. En longeant le mur d’enceinte dans l’autre sens, afin d’éviter d’être repérée, je parviens au recoin où la pierre s’est effritée. Cela me permet de rejoindre la cour du château en toute discrétion.

Une fois à l’intérieur, plus besoin de me cacher. Je retourne en courant dans ma chambre poser mon sac de toile, me changer puis j’investis la bibliothèque.

Parmi tous les ouvrages que je dévore depuis que je réussis à en déchiffrer le contenu dans le plus grand secret, j’ai découvert des poésies, des livres d’histoire, ainsi que des romans.

S’ils m’ont permis de m’évader dans mes songes, ils m’ont aussi beaucoup appris, notamment dans les arts de la guerre, des sournois complots. J’ai toutes les chances d’y puiser une idée qui me permettra d’arriver à mes fins.

En parcourant les rayons de l’immense bibliothèque à la recherche d’un récit d’évasion, je décèle un recueil de botanique. La curiosité l’emporte sur la précipitation d’une solution, les plantes médicinales m’ont toujours fascinée. Je parcours les pages, subjuguée par les images de la végétation luxuriante qui pousse au sein de notre région. En feuilletant le volume, je tombe sur une page consacrée aux ronces. Comme chaque fois qu’un livre se retrouve entre mes mains, le monde autour de moi disparaît à la faveur de ce que je décèle. J’assimile toutes les vertus des épines, stupéfaite par tout ce que je pourrais concocter avec cette plante miraculeuse. Eurêka ! Couper les brindilles, pour me créer un passage, sera la solution la plus rapide, la plus efficace. Il faudra être prudente, rester invisible depuis les remparts, risqué, mais possible, c’est LA clé.

Je me rends dans les jardins du château, je prétends flâner près de la fontaine afin de m’assurer que le jardinier ne soit pas dans sa cabane.

Quand je l’aperçois à l’autre bout, en train de planter les futures fleurs qui viendront embellir le soubassement de la terrasse de la reine, je sais que j’ai le champ libre.

Je m’empresse d’ouvrir la petite porte vitrée, puis me glisse à l’intérieur du chalet. Tout le matériel nécessaire au jardinage est rangé, organisé de façon méticuleuse. Si cela facilite la recherche de l’objet qui m’intéresse, cela m’apprend que le pépiniériste est une personne ordonnée qui se rendra, sans doute, compte de la disparition d’un outil.

Outrepassant ma peur qu’un autre que moi soit puni par ma faute, je subtilise le petit sécateur à main, le cache sous mes jupes avant de ressortir précipitamment. 

Il est dorénavant trop tard pour me rendre au village et en revenir sans que mon absence ne se remarque. J’attends ce jour depuis six longues années, une de plus ou de moins ne réduira en rien ma détermination.

Le jardin étant un lieu où je me suis toujours sentie en sécurité, bien plus que partout ailleurs au sein du château, je flâne.

Je suis en chemin vers mes appartements quand je perçois, par la fenêtre ouverte du bureau de mon père, les éclats de voix d’une conversation concernant les rebelles. De façon nonchalante, je m’assois sur le carré d’herbe situé sous les carreaux dans le but d’épier la discussion. 

— Vous n’avez toujours rien ! Comment voulez-vous que je garde mon calme ? gronde Andral de Calligre, hors de lui. 

— Je suis désolé, Sire, il n’y a aucun indice, aucun témoin. Il ne reste rien de la calèche, pas un indice qui subsiste afin de nous permettre d’identifier les criminels, répond une voix que je ne parviens pas à reconnaître. 

— Référencez toutes les personnes qui étaient présentes lors de notre arrivée, puis toutes celles résidant au village, ensuite, obligez-les à parler ! 

— Nous avons essayé, Votre Majesté. Tous restent muets ou aveugles.

— Amenez-moi en quelques-uns au hasard, punissons-les pour les lâches qui agissent dans l’ombre. Peut-être les langues finiront-elles par se délier ! 

Mon sang ne fait qu’un tour lorsque j’entends les derniers mots de mon père. Tuer des innocents dans le but d’en façonner un exemple. Si représentatif du personnage qu’est mon paternel. C’est une douleur provoquée par mes ongles s’enfonçant dans ma peau qui me tire de ma torpeur. Il est nécessaire d’alerter les villageois, de tenter quelque chose et vite.

 

Le lendemain matin, je me lève aux aurores, avale mon petit-déjeuner, récupère mon sac de toile avant de prévenir de mon absence pour une balade en forêt.

Je vole jusqu’à la cloison abîmée, l’atteins sans être repérée. Armée de mon sécateur, je longe le mur d’enceinte, forcée de demeurer accroupie. Malgré tout, je parviens au chemin de ronces en moins de temps que prévu. Les premières branches resteront intactes afin que ma découpe ne se distingue pas depuis les remparts. L’excitation domine, dans mon empressement, j’oublie de me méfier jusqu’à ce qu’une épine griffe ma joue, d’autres s’accrochent à ma robe. Je peste de ne pouvoir me mouvoir à ma guise. Une fois au milieu de toutes ces épines, je coupe tout de façon à me laisser un espace confortable. Quand je peux tourner sur moi-même sans me blesser, je change de vêtements pour la tunique et le pantalon brun que j’ai pris soin d’emballer. La robe ainsi que les souliers ayant pris la place de ma tenue actuelle, je cache le sac parmi les brindilles acérées dans le but de ne pas m’en encombrer. La partie difficile débute : progresser en taillant les branches, juste assez pour permettre à mon corps d’atteindre la forêt.

Le travail est long, épuisant. J’avance le dos courbé afin de ne pas être découverte, d’éviter le toit de broussailles laissé là, comme une protection, les empêchant de m’apercevoir. La sueur s’écoule le long de ma colonne vertébrale, trempe mes tempes. Enfin, au bout de ce qui me semble une éternité, j’arrive au milieu du bois.

Je grimace en me redressant, j’aurai sans doute des courbatures, peu importe, j’y suis. Malheureusement, il m’a fallu beaucoup plus de temps que je ne le pensais, sans compter la route jusqu’au hameau. N’ayant pas l’envie de repousser mon périple au lendemain, je commence à trottiner. Mon regard s’envole sur les environs, cette impression de liberté semble irréelle. Seule, sans chaperon, je pourrais m’enfuir, errer au milieu des vastes prairies, trouver refuge… Je déglutis difficilement, la peur de ne pas être assez forte me nouant les entrailles face à l’immensité de notre monde et au vide de mes connaissances. En me secouant, j’avance sans m’arrêter.

Essoufflée, assoiffée, je déboule sur la place du village, à l’endroit où notre calèche a pris feu. Par chance, un puits gît en plein milieu, me permettant de me désaltérer. La cloche de l’église retentit m’indiquant que midi sonne déjà, tandis que mon repas gît dans le sac de toile. Bravo, Ava ! Je peste de mon oubli, au son de mon ventre qui gargouille semblant appuyer mon autoflagellation.

En pinçant les lèvres, je tourne sur moi-même. J’ignore par où débuter mes recherches. Personne ne semble me remarquer, ce qui est une bonne chose, mais je n’ai aucune idée de comment m’y prendre.

La curiosité l’emportant sur la mission que je me suis donnée, mes pas me portent naturellement au milieu des rues pavées du centre. Pour la première fois, l’évasion s’offre à moi. J’ai tant rêvé de fouler les dalles d’un village, me mêler aux habitants, vivre un bout de leur quotidien en leur compagnie. Promis, si un jour, je parviens à être la reine que j’envisage, c’est ce que j’entreprendrai. Descendre du piédestal sur lequel l’histoire pose les monarques, partager le quotidien de mon peuple. Émerveillée, j’observe avec avidité. Chacun à sa tâche : les marchands organisent leurs étals, crient à tout-va que leur marchandise est la meilleure. Les lingères frottent des draps dans le lavoir, des enfants courent dans les rues en bousculant tout le monde sur leur passage. Je suis absorbée par la vie, la joie que respirent ces gens. Ils discutent entre eux, prennent des nouvelles les uns des autres, rient.

Mon cœur se serre de jalousie, malgré moi. Ils pensent peut-être que nous sommes chanceux au château du fait de nos richesses, pourtant la vraie richesse, ce sont eux qui l’ont. Je surprends un père embrasser le dessus du crâne de sa fille. Elle doit avoir mon âge environ, de grands yeux clairs. Quand elle lève son visage vers lui pour lui sourire, je me fige. Une grande tresse blonde tombe de son épaule sur son dos me rappelant la raison de ma présence ici.

Je réajuste le béret sur ma tête, y camouflant mes cheveux, je baisse le menton afin de passer inaperçue. Je poursuis la jeune femme dans une rue, puis une autre et, quand elle disparaît à l’angle de la troisième, je la perds. Stoïque, au milieu de la ruelle, je tourne sur moi-même dans l’espoir de l’apercevoir à nouveau. Où a-t-elle bien pu aller ? 

— Qu’est-ce que tu veux ? 

Je sursaute, mon cœur s’emballe, me coupant le souffle. Quand je me retourne, elle est là. Aussi grande que moi, un petit nez retroussé, des yeux bleus lui donnent un air poupin adorable. Sa tresse pend sur son épaule et des mèches s’échappent tout autour de son visage. Je souris. 

— T’es amoureux ou quoi ? Pourquoi tu me suis ? Si tu cherches de l’argent, c’est que tu ne me connais pas. 

Soulagée, je comprends que mon déguisement cache mon identité et que la jeune femme me prend pour un garçon. Je soupire, heureuse qu’elle ne m’ait pas démasquée. J’entre dans le jeu, grâce à cette couverture confortable. 

— Je suis désolée de t’avoir suivie, je souhaitais juste te parler en aparté. Je t’ai reconnue. Tu appartiens au groupe qui a enflammé la calèche du roi.

— Chuuuut, t’es malade ou quoi ? 

Elle me tire par le bras, m’emmène dans une autre ruelle puis pousse une lourde porte en bois qu’elle ferme derrière nous. L’odeur nauséabonde me rappelle celle du purin de cheval puis quand j’entends gratter derrière moi, je recule, effrayée.

La jeune femme se moque de moi avant de me montrer du doigt une chèvre accompagnée de son petit. 

— Tu veux qu’on me tue ? T’es qui d’abord ? Je t’ai jamais vu au village ? J’ai rien à voir avec cette calèche ! 

— Je t’ai aperçue t’enfuir avec trois autres personnes, j’ai reconnu ta tresse. 

Je n’énonce que les faits, sans intonation, afin de ne pas risquer de l’énerver davantage. Elle râle, baragouine quelque chose à propos de ses cheveux, qu’elle les avait prévenus. 

— T’as intérêt à la fermer ! me menace-t-elle. 

— Je n’ai pas l’intention de vous vendre, je suis là, parce que j’aimerais vous aider. 

Elle rigole, me regarde de haut, comme si j’étais demeurée. 

— À quoi voudrais-tu nous aider ? 

— À punir le roi, à vous venger de toute la souffrance ; de l’injustice qu’il vous euh… qu’il nous inflige. 

Elle se rapproche de moi dans une attitude menaçante je suis mal à l’aise, peut-être en danger. Surtout si elle me reconnaît, je me force à rester de marbre afin qu’elle ne se méprenne pas. 

— T’es qui, toi ? balance-t-elle hargneuse, l’air mauvais.

Là, je panique. Impossible de lui donner ma véritable identité. Force est de constater que dans mon empressement, je n’ai pas eu la présence d’esprit d’inventer une histoire. Je ne pensais pas les trouver si vite, quelle idiote ! Alors, j’improvise en espérant que ça passera. 

— Je m’appelle Ben, j’ai seize ans et je vis au château. Ma mère est morte parce que le roi n’a pas jugé utile de lui payer des soins. Mon père travaille comme garde secondaire. Je hais Andral de Calligre autant que vous. Le seul avenir qui s’offre à moi, c’est de le servir à mon tour quand viendra le moment. Je refuse d’œuvrer pour un être aussi abject. Je désire vous venir en aide, je peux y parvenir. 

Je suis sidérée d’avoir trouvé un mensonge si convaincant sans avoir réfléchi avant, je perçois pourtant dans le regard de la jeune fille que j’ai titillé sa curiosité. 

Elle me scrute, s’éloigne, tourne sur elle-même, s’avance à nouveau vers moi, me pointant du doigt, me poussant à reculer vers le mur du fond. 

— Tu ne bouges pas d’ici, tu n’émets pas le moindre bruit. Si quelqu’un arrive, tu te caches. Je vais revenir avec les autres. Si tu n’écoutes pas, tu le regretteras ! 

Elle quitte la pièce, m’abandonnant en compagnie des deux chèvres. Je suis affamée, ça sent mauvais, j’ai peur, néanmoins je n’ai jamais été aussi heureuse de toute ma vie.

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