Sham & Lies (édition française): Opus 1 : La Valse des Prétendants (French Edition)

Chapitre 6

 

 

C’est dans un état second que je me prépare. Que vient-il de se dérouler ? Martin cache bien son jeu, soit avec moi, soit avec mon père. Je suis transie de terreur à l’idée qu’il partage ce qu’il connaît sur mes manigances. Parce que je suis certaine qu’il est au courant. Que serait la signification de son discours auprès des prisonniers, sinon ?

Pourquoi ne pas m’avoir dénoncée ? Se pourrait-il qu’il n’approuve pas les agissements de son roi ? Que son amitié soit feinte depuis toujours ? J’ai le fol espoir qu’il désire changer les choses, comme moi.

Je sursaute lorsque la porte de ma chambre vient taper contre le mur de derrière, Christin m’apparaît, rouge de colère. 

— Vous êtes encore en retard pour le souper, petite sotte ! Vous n’apprenez donc jamais rien ?

Mince, dix minutes de retard cette fois-ci, j’ai rêvassé un peu trop longtemps devant ma coiffeuse. Christin m’attrape par le bras pour me forcer à avancer plus vite. Je ne sais pas qui, d’elle ou de moi, est la plus surprise alors que je me dégage fermement de sa poigne, le regard noir. Christin, ma gouvernante depuis mes premiers souvenirs, ne m’a témoigné que méchanceté ainsi que violence, à l’instar de mon père.

En bonne petite fille que j’étais, je n’ai jamais haussé le ton, j’ai toujours courbé l’échine. Il faut croire que grandir me donne du courage ou alors suis-je trop lasse de subir cette hostilité ?

Malgré les yeux écarquillés de ma nourrice, je ne suis pas fière. Mes poings, serrés contre ma longue robe, frémissent de rage et de peur contenues. Rester de marbre face à elle, lui cacher la faiblesse de ma nouvelle assurance est indispensable.

— Ne me touchez plus jamais, Christin ! 

Au moment où je reprends la direction de la salle à manger, cette dernière amorce un pas dans le but de me suivre avant que je ne l’arrête d’une main levée, lui affirmant connaître le chemin. Ils veulent assister à ma prise de responsabilités ? Certains seront surpris.

J’ignore si c’est la quasi-assurance d’avoir Martin et Riley de mon côté qui me permet d’oser, néanmoins, j’espère ne pas me tromper.

Sachant déjà que je vais subir les foudres de mon père à cause de mon retard, je ne presse pas plus le pas, entre nonchalamment là où l’on m’attend. Lorsque j’avance auprès du roi qui m’interpelle afin de me punir de mon insolence, mes mains ne s’agitent plus, mon aplomb, lui, est robuste. Il se passe quelque chose en moi, comme une mue, j’abandonne l’Ava faible, soumise afin de faire place neuve à une version plus solide de moi-même.

Je n’ai à l’esprit que mon entretien avec Martin, après le repas. Une multitude d’émotions se bousculent : l’appréhension, l’impatience. Je me concentre sur ma stature, sur le moment présent, mes pieds ancrés dans le carrelage, mes épaules bien dégagées, à mon port de tête princier. Le silence joue en ma faveur, j’assois ma nouvelle identité. Tout à ma stature, je reste hermétique à ce qui se déroule autour de moi, je n’anticipe alors pas la main qui s’élève sur ma joue.

La première gifle n’est pas assez puissante pour m’envoyer au sol. Ma tête est balancée sur le côté. Lorsque je relève le visage dans le but d’affronter l’homme devant moi, j’y lis une rage incommensurable. Mon attitude à elle seule doit exprimer l’impassibilité, j’ai l’habitude des heurts. Ce qu’il décèle en moi ne paraît pas lui convenir. Je l’observe serrer les lèvres de fureur puis déposer sa serviette de table et se lever. Visant plus fort, c’est un coup de poing que ma pommette gauche accueille, me plongeant, cette fois-ci, dans les abîmes.

Lorsque je reprends connaissance, j’ouvre les paupières sur le rideau blanc du lit à baldaquin de ma chambre, prenant douloureusement conscience du côté meurtri de mon visage. Mon œil semble bloqué en position fermée, j’ai l’impression que mon cœur bat dans ma joue tant le calvaire est intense. Il ne m’a pas ratée cette fois. Aussitôt, la panique me submerge, j’ai loupé l’entretien avec Martin ! Il est indispensable que je le rencontre ! La luminosité qui filtre à travers les lourds rideaux de velours beiges ornant les fenêtres m’indique que le jour est déjà levé.

J’entreprends alors de me mettre debout afin de me préparer. Je me rends compte que, si on m’a portée jusque dans mon lit, je suis toujours accoutrée de ma robe de la veille. Après m’être contorsionnée afin d’ôter mes vêtements, je prends un bain brûlant réconfortant. En revanche, je bondis en surprenant mon reflet dans le miroir. Impossible de camoufler mon image, malgré tout le maquillage du monde, je resterai dévisagée. Tant pis, ce n’est pas à moi d’avoir honte.

Je ne réalise aucun effort dans le but d’améliorer mon apparence. Ma peau d’origine pâle apparaît violacée sur la moitié de ma face, mon œil difforme demeure fermé, ma lèvre est fendue. Je décide de laisser mes longs cheveux bruns libres, enfile une robe marron confortable. Mon estomac gronde. Ayant sauté le dîner la veille, mon dernier repas remonte à celui pris au village, à savoir un morceau de pain et une pomme. Je me précipite dans les couloirs du château, descends quatre à quatre les marches de l’imposant escalier de marbre avant de me rendre dans les cuisines.

Les employés, qui d’habitude ne remarquent pas mon passage, se figent en apercevant l’état de ma figure. Personne ne parle, que pourraient-ils prononcer ? Ils seraient au mieux battus, au pire, tués. Je les ignore donc, cherche de quoi me sustenter quand le chef m’invite à prendre place sur l’une des assises entourant la table de ferme. Je ne comprends pas, pose mon œil valide sur la chaise, observe à nouveau le cuisinier.

— Asseyez-vous, Princesse, je vous en prie, murmure-t-il en me tendant une assiette garnie d’un morceau de tarte aux pommes encore fumante.

Je n’en reviens pas. Tout le château reste spectateur des coups que je reçois depuis ma plus tendre enfance, personne n’a pourtant jamais relevé, ne m’a jamais témoigné la moindre compassion.

Est-ce pire cette fois-ci ? Peut-être éprouvent-ils un peu de pitié ? Peut-être prennent-ils enfin conscience que le peuple n’est pas l’unique victime de ce roi fou à lier ?

Je n’hésite pas, picore ma tarte, intimidée par les observateurs qui m’entourent, cependant, elle est si délicieuse que je la dévore en quelques secondes à peine.

C’est d’un sourire que le cuisinier me salue. Si j’osais, j’en demanderais plus, ce que j’ai reçu n’a suffit qu’à m’ouvrir l’appétit, pourtant malgré ce qu’en j’en pense, l’embarras me gagne. Je n’ai plus qu’une idée en tête : sortir de cette pièce où chacun me scrute avec tristesse. J’ai à peine esquissé un mouvement, qu’un des commis me tend une tasse de thé fumante, un scone à la confiture encore tiède. Je retiens du mieux que je peux les larmes qui inondent mon unique œil valide devant la gentillesse que me témoignent les employés de mon père.

Jamais, pas même lors de mes anniversaires, je n’ai eu droit à un tel petit-déjeuner. Les pâtisseries sont réservées aux repas du midi auxquels je ne suis jamais conviée, car des invités sont présents chaque jour.

Je remercie d’un hochement de tête la jeune femme qui m’apprend s’appeler Brie en terminant mon en-cas. Cette sensation étrange d’avoir un échange consenti, presque amical, me perturbe. J’y songerai plus tard, il y a plus pressant.

Le ventre enfin plein, j’arpente à nouveau les couloirs, dans l’optique de trouver le bras droit de mon père. En général, le matin est dédié aux réunions, aux rencontres avec les paysans ou certains nobles, dans le doute, je cherche quand même.

Je débute par son bureau, tambourine à la porte avec toute l’urgence de mon impatience. 

— Arrête donc un peu ce boucan ! Tu aspires aux problèmes, Ava ! 

D’un bond, je me trouve face à Riley, une main sur le cœur. Lui exerce un pas en arrière à la découverte de mes blessures. Sans l’expérience étrange vécue en sa compagnie la veille, le tic secouant sa paupière droite serait sans doute passé inaperçu. Je n’aurais peut-être pas bien interprété son pincement de lèvres. Pourtant, aucune hésitation, Riley n’apprécie pas la violence subie par mon père. C’est la journée des premières ! 

— La raison ? m’interroge-t-il.

— Je suis arrivée en retard au dîner. La première gifle n’a pas suffi à me briser, cette fois-ci. 

— Tâche d’être à l’heure.

— C’est mon problème !

Il a beau tenter de me le cacher, j’aperçois son rictus.

— Ne cherche pas Martin en dehors des moments où il te convie. Le roi pourrait devenir suspicieux.

— Il sait que son bras droit est mon enseignant.

— Il pourrait sembler étrange que tu désires la compagnie d’un membre de la cour étant donné que personne n’est autorisé à te témoigner de la sympathie. Professeur ou pas.

Il ne se trompe pas... Me raisonner devient nécessaire, pourtant le besoin de réponses est intense. 

— Peux-tu m’expliquer, Riley ? Que s’est-il passé hier dans les cachots ? 

— C’est à Martin de tout t’apprendre, je suis désolé. Il ne sera sûrement pas disponible avant un moment. Prends sur toi. 

Sur ces derniers mots, il retourne à son travail, me laissant désœuvrée. Mon nouveau rendez-vous avec le groupe de rebelles du village approche. Ils attendent des informations que je n’obtiendrai jamais sans une entrevue avec Martin.

J’enrage de toujours devoir patienter, dépendre des autres. Dans le but de dompter mon exaspération, après avoir fourni les couvertures promises au prisonnier, je passe un moment dans la bibliothèque. Il doit bien s’y trouver un ouvrage sur les plantes médicinales dont je pourrai me servir afin de dégonfler mon visage. J’aimerais autant ne pas montrer ces hématomes aux villageois.

— Ah, le voilà !

Le livre entre les mains, je décide de profiter des dernières lueurs d’octobre avant que le froid ne soit trop ardu pour arpenter les espaces verts. Le reste de ma journée est consacré à admirer le travail des jardiniers. Les extérieurs du palais sont splendides, tout y est arrangé comme dans un conte de fées. Des formes sont sculptées dans les buissons, de petites fontaines coulent çà et là, toutes sortes de fleurs sont disposées en harmonie.

Bien que la température ne soit pas favorable, le jardin n’est jamais aussi saisissant qu’en automne, à mes yeux. C’est ma saison préférée, les couleurs y sont si profondes, les potagers si mystérieux. Discrètement, je cueille un bouquet de camomille, nécessaire à la concoction dont j’ai besoin pour mes blessures, quand un mouvement m’interpelle. Si les sentiers appellent à la balade, je suis souvent la seule à l’arpenter en dehors des employés. En tant que membre quasi invisible du château, je ne m’inquiète jamais de qui passe à mes côtés. Or, l’endroit où je me trouve est surplombé par la terrasse de ma mère. Cléo se tient droite, les bras croisés sur son giron, face à ce havre de paix qu’elle ne visite jamais, elle n’a pas d’autre choix que de m’apercevoir.

Je détecte le moment exact où elle prend conscience de l’état de mon visage à son sourcil délicat s’élevant lentement. Aucune tendresse, aucune tristesse, aucun mot. Sans l’ecchymose qui maquille ma pommette, ma mère est mon miroir presque parfait. Sa peau est aussi pâle que la mienne, ses cheveux aussi bruns que les miens, pourtant son regard… reste vide. Malgré moi, malgré l’habitude, mon âme d’enfant se permet d’espérer une réaction, pourtant, elle se contente de regagner sa prison dorée avant de verrouiller la fenêtre, de tirer les rideaux.

Je croyais m’être endurcie à son sujet, je pensais que son mutisme ne me touchait plus. A priori, la distance parvient encore à atteindre mon cœur. Je ne comprendrai jamais comment on peut manifester autant d’indifférence envers un être qu’on a porté à l’intérieur de soi pendant des mois. Ressentir une émotion à son égard me dégoûte, c’est pourquoi je n’autorise qu’une unique larme à glisser du seul œil en capacité de pleurer. Un jour, je tenterai de la confronter, de réclamer des explications. 

Il reste quelques heures avant le dîner auquel je compte bien me rendre. Espoir vain de provoquer une réaction chez mon père suite à l’étendue des dégâts établis sur mon visage. En route pour regagner ma chambre, je croise Martin en pleine discussion avec le roi. L’envie de m’arrêter, de l’attendre est puissante. Cependant, malgré mon impatience, je me fie aux conseils de Riley, baisse la tête et continue mon chemin. Une fois dans mes appartements, je bous. J’arpente la distance entre la fenêtre et ma coiffeuse avec hargne. Si on ne vient pas vite me donner du grain à moudre, j’ai peur d’en abîmer les tapis.

Les bras croisés, rongeant la peau fine de mon pouce, je réfléchis. Soit Martin a l’occasion de me parler avant le repas et dans ce cas, il nous reste peu de temps. Soit je vais devoir patienter encore alors que le stress ne cesse d’augmenter. J’attaque les ongles de ma deuxième main quand l’évidence me rattrape : il ne se montrera pas.

Je me prépare donc en vue du dîner afin d’être à l’heure, cette fois-ci. En soupirant, je brosse mes cheveux, que mon père trouve plus distingué d’avoir attachés. C’est la raison pour laquelle ma mère les porte en permanence serrés sur le haut du crâne. Par défi et parce que me coiffer ne m’intéresse pas, je laisse ma tignasse œuvrer comme bon lui semble. Pas ce soir. Je veux que mon visage soit dégagé.

Je prends le temps nécessaire afin de parfaire l’ensemble. Ainsi, lorsque je sors de ma chambre, j’ai les traits tirés par un imposant chignon sophistiqué identique à celui de la reine. 

Je pénètre dans la salle à manger en même temps que Cléo qui m’ignore comme à son habitude. Le roi est déjà installé, occupé à siroter son verre de vin en lisant un journal. Figée sur le seuil, je l’observe plier son document, le poser sur l’imposante table. Un signe de tête poli à son épouse manque de me soutirer un gloussement. Je reste de marbre tandis qu’il agit comme si je n’existais pas.

J’ignore d’où me vient le courage de le fixer ainsi, m’asseoir n’est autorisé qu’une fois ma révérence effectuée. Je ne peux décemment pas la réaliser sans qu’on m’accorde un peu d’attention, si ? Agacé de me voir debout dans son champ de vision, le roi finit par tourner son visage vers le mien. Son regard s’attarde sur les hématomes. J’attends de le remarquer ciller, réagir, il arrive encore à me surprendre dans sa cruauté en esquissant un sourire satisfait.

Je fulmine à l’intérieur. Sa folie a-t-elle une limite ? Si je n’avais pas hérité de ses yeux couleur ardoise, j’en viendrais à douter de notre lien génétique. Je reste impassible, moi aussi, je refuse de lui accorder la moindre satisfaction supplémentaire.

Rester exemplaire durant l’interminable repas est plus difficile que d’habitude. Je tente de me confondre dans le décor dans l’espoir qu’on me laisse en paix. Je picore à peine ce qu’on nous sert, tant mon écœurement est important, et dispose à la seconde où on me l’y autorise.

Je gagne le couloir, essoufflée de colère, de rancœur, je dois l’avouer, de peine aussi. Il a beau être ce qu’il est, il reste mon père. L’enfant au fond de moi attend encore qu’il l’aime, ne serait-ce qu’un peu. Il est temps que les chimères soient enterrées avec mes autres espérances. Alors qu’il me semble respirer pour la première fois depuis l’entrée dans cette salle à manger, une main puissante se pose sur mon épaule, m’arrachant un petit cri de surprise. 

— Chuuut, ce n’est que moi ! Martin t’attend dans son bureau, chuchote Riley. 

Je hoche la tête en guise de remerciement et, soulagée, me rue vers l’antre de l’ami de mon père. J’ai le palpitant qui cavale, les paumes moites tant je suis impatiente, excitée. La douleur de mon visage s’efface dans la seconde à l’idée des éclaircissements qui vont m’être transmis. Parvenue devant la porte, je chancelle. J’inspire, expire afin de calmer les battements de mon cœur, de reprendre un souffle normal puis, frappe deux coups.

Lorsque Martin m’ouvre, il a d’abord un léger sourire avant de reculer de deux pas sous la surprise. Ah oui ! Il est le seul à ne pas avoir aperçu mon visage aujourd’hui. 

— Entre vite ! m’ordonne-t-il. 

Je n’hésite pas, j’observe autour de moi, maintenant que j’y suis autorisée. La pièce est identique à la dernière fois où je m’y suis rendue, confortable. Les bibliothèques ornent deux murs entiers. Face à la porte, l’immense baie vitrée. Le bureau est, ce coup-ci, ordonné. 

— Si tu cherches à subtiliser un nouveau document, il te faudra être plus maline que la première fois. 

— Je n’ai rien volé ! 

— Parfait, débutons par ça. Règle numéro un : aucun mensonge, jamais. Si tu me mens, je le saurai, je ne pourrai alors croire en toi. Or, nous avons besoin d’être confiants l’un envers l’autre pour ce qui va suivre. Comment as-tu appris à lire ? interroge Martin. 

Je suis sous le choc, comment peut-il l’avoir découvert ? Puis-je vraiment croire en lui ? Si je lui avoue tout ce soir et qu’il me trahit en informant mon père, je vais au-devant de soucis plus gros que moi. Je suis tentée de lui mentir une dernière fois concernant mon aptitude à la lecture, puis je me secoue. Ose, Ava, mets-toi à l’épreuve afin de transformer leur vie !

Que pourrait-il advenir de toute façon ? Une punition ? Une nouvelle restriction ? J’ai des ressources, l’interdit ne m’a jamais empêchée de me divertir. J’assume. Martin me laisse réfléchir, décider de ma réponse. Non sans appréhension, je prends le risque de me tromper, d’être honnête, désirant le même traitement de faveur en retour. 

— Depuis que je le peux, je me cache dans les salles de classe des précepteurs pendant leurs cours. 

Martin sourit, mon cœur bondit en retour. C’est un rictus chaleureux, un de ceux qui signifient « Bien joué ». L’espoir déferle en moi telle une vague. Tout un tas d’émotions me terrasse, des sentiments évoqués dans mes romans, jamais ressentis. La joie, le plaisir d’être écoutée. C’est agréable, trop agréable.

— Je savais que tu étais intelligente... c’est bien, ça va nous permettre d’avancer vite. Je suis sur le point d’éclater toutes tes certitudes, Ava. Je suis désolé d’avoir attendu si longtemps. Il nous fallait être sûrs de la personne que tu deviendrais en grandissant, convaincus que tu serais différente.

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