T2 Destinés

Amanda Hocking · Chapitre 6 sur 30

Pages du PDF

T2 Destinés

Chapitre 5

 

Même depuis le couloir, je sentais l’odeur de Peter et détestais l’effet qu’elle produisait sur moi. La douleur que je tentais de refouler me rongeait de manière intolérable, et mon cœur s’emballa à tel point que je me sentis défaillir.

Heureusement, Jack était en bas. Il lavait mon linge pour réparer ses torts. En temps normal, Mae aurait été ravie de s’en charger mais l’état de Milo, qui nécessitait une surveillance constante, la préoccupait.

Au bout de trois jours passés chez eux, je ne l’avais presque pas vue, tout comme mon frère que j’évitais, conformément au conseil d’Ezra.

Cette situation me laissait beaucoup de temps pour errer dans la maison, perdue et désorientée. Jack essayait à la fois de me consoler et de garder ses distances, ce qui n’aidait pas à me remonter le moral.

Il dormait sur le canapé du salon et m’avait laissé sa chambre. J’avais fouillé dans ses tiroirs afin de dénicher quelque chose de compromettant, en vain. Dans son dressing, il avait une malle pleine de bandes dessinées. Je les avais feuilletées, mais j’avais du mal à me concentrer.

Désormais, je n’étais plus obligée d’abandonner Milo, et je me rendais compte que cela aurait dû me réconforter. Ça aurait peut-être été le cas si j’avais déjà été une vampire, sachant ce qui l’attendait. Or je devais me contenter de la vague garantie de Jack qui m’avait affirmé que c’était génial.

Et si cela avait un effet horrible sur Milo ? S’il tombait malade, si cela le tuait ou le changeait en une créature ignoble ? S’il n’était plus Milo, le geek timide et surprotecteur que j’adorais, mais devenait un suceur de sang trop zélé ?

Ou si sa transformation se déroulait bien, mais qu’ensuite il me détestait d’avoir fait ce choix pour lui ? et de lui avoir menti à propos des vampires ? Et si je devais passer l’éternité à supporter sa haine ?

Une fois lassée de mes recherches dans la chambre de Jack et de me rendre folle d’inquiétude, j’avais fini par céder à la tentation de Peter. Je demeurai dans le couloir un long moment, humant le parfum enivrant et acidulé qu’il laissait dans son sillage.

Depuis que Peter était parti au printemps après avoir failli me tuer, Mae avait simplement fermé la porte de sa chambre. Personne n’évoquait son éventuel retour, même s’il n’avait emballé aucune de ses affaires.

Le consensus tacite était le suivant : Ezra trouverait une solution, et la vie reprendrait son cours normal. Même si je ne savais plus où se situait la normalité désormais.

J’ouvris la porte de la chambre de Peter après avoir pris soin de regarder de chaque côté du couloir pour m’assurer que Jack n’était pas dans les parages. Personne ne m’avait interdit d’entrer dans cette pièce. À mon avis, cela ne dérangerait pas du tout Mae et Ezra, mais Jack pourrait s’en offenser.

Il se crispait dès qu’on mentionnait le nom de son frère et j’espérais qu’un jour il serait capable de dépasser ce stade. J’avais commencé à croire que Jack ne voulait plus jamais avoir affaire à Peter, quelle que soit l’évolution de nos relations.

La chambre était telle qu’il l’avait laissée, mais je le remarquai à peine. Je fermai les yeux et inspirai plus profondément. Une merveilleuse vague de chaleur m’envahit. J’étais physiquement attirée dans ce lieu, comme par un fil invisible.

Peter était parti depuis des mois, et mon corps réclamait encore de profiter de son odeur jusqu’au bout.

Au sol, devant les impressionnantes bibliothèques de Peter, quelques gouttes de mon sang avaient taché un tapis blanc. Je me remémorai l’extase incroyable que j’avais éprouvée quand Peter m’avait mordue, et la manière dont la vie m’avait quittée, dans une quiétude très agréable. Je n’avais jamais rien ressenti d’aussi beau, pas même le baiser magique que j’avais partagé avec Jack.

Même à présent, dans ma situation et consciente des conséquences de ma décision, je savais que si Peter proposait de me mordre en échange de ma vie, j’accepterais volontiers. Mes sentiments pour lui étaient totalement suicidaires.

Je fis le tour de la pièce, admirant sa collection d’objets hétéroclites. La plupart des meubles, tous en bois blanc ou naturel, semblaient anciens. Son exquis parfum embaumait le lit, et j’évitai sciemment de m’approcher des draps blancs.

Des ouvrages de toutes les époques garnissaient les rayon nages, et je laissai mes doigts s’attarder sur leurs reliures usées. Puis j’aperçus des volumes qui me coupèrent le souffle, que j’avais déjà court.

Peter possédait de nombreux livres consacrés aux vampires, et pas des romans de Bram Stoker ou d’Anne Rice : des titres tels que Dictionnaire des vampires et Brève Histoire des vampires.

Je pris ce dernier et soulevai avec prudence la couverture, dévoilant les pages jaunies. L’odeur de renfermé me monta aux narines et me fit éternuer.

Je m’installai dans le fauteuil à côté de la bibliothèque pour le feuilleter. Il était dépourvu de table des matières mais, visiblement, une page manquait. Il débutait par un avant-propos :

« Je ne suis pas le plus vieux de mon espèce, et je ne prétends pas être expert dans ce domaine. Cependant, au cours de mes nombreuses années d’existence, j’ai trouvé bien peu d’ouvrages au sujet des vampires, en dehors de ceux traitant d’un folklore discutable. J’ai décidé d’écrire ce livre pour distinguer mythes et réalité, et rédiger un guide pour les nouveaux vampires. En aucun cas il ne doit être considéré comme une « bible » pour mes semblables mais plutôt, comme le suggère son titre, comme un aperçu de l’histoire des vampires, rédigé à partir de mes connaissances. »

Mes doigts se mirent à trembler, et j’eus peur d’arracher les pages fragilisées par le temps. J’étais troublée d’apprendre que les vampires avaient une histoire propre.

Je savais qu’ils existaient, mais je ne connaissais que Jack et les membres de sa famille, et ils n’étaient pas particulièrement terrifiants ou inquiétants. Envisager les vampires dans leur globa lité, comme une espèce entière de créatures qui se nourrissaient d’humains depuis un millénaire… cela me donnait des frissons.

Le premier chapitre était sobrement intitulé « Au commencement ».

« Ce qui est peut-être le plus inhabituel chez les vampires est que, malgré notre ressemblance sur nombre de points avec les humains, nous ne disposons pas d’une histoire de notre création. Certains vampires restent attachés à leur religion de mortels, tandis que d’autres la rejettent, affirmant être la preuve que Dieu n’existe pas.

Ce que j’ai constaté pour ma part est bien plus prosaïque qu’on pourrait le croire. Nous ne descendons pas en ligne directe de Dieu ou du diable. Nous ne sommes pas plus proches de connaître le sens de la vie que les humains.

Les vampires sont apparus après les humains, selon nos meilleures estimations, mais je n’ai rien trouvé concernant le premier vampire. Plus précisément, aucun de ceux que j’ai rencontrés n’a avoué l’être ou l’avoir rencontré.

Notre première apparition attestée a coïncidé avec une épidémie, ce qui me porte à croire que nous sommes nous-mêmes une sorte de fléau. »

— Je vois que tu as trouvé une lecture divertissante, m’inter rompit Ezra.

Surprise, je sursautai si violemment que je bondis du fauteuil et que le livre tomba par terre.

— Je… je… j’étais simplement curieuse, bafouillai-je, sentant mes joues s’empourprer.

— Il n’y a pas de mal à ça, dit-il en balayant mes excuses d’un geste avant de s’approcher de moi.

Il ramassa l’ouvrage et me le tendit. J’hésitai un instant, craignant que ce soit un piège, même si Ezra ne semblait pas du genre à faire des blagues.

— Je ne sais pas grand-chose sur vous.

Je lui pris le livre des mains, baissai les yeux et le tins contre moi.

— Tu aurais souhaité plus de transparence de notre part ?

Il arqua un sourcil, et je me demandai s’il était sceptique ou sincère.

— Non, ce n’est pas ça, me ravisai-je à la hâte. C’est seule ment que…

Qu’est-ce que c’était, d’ailleurs ? Ils s’étaient montrés très ouverts avec moi. Lorsque j’avais des questions, Jack y répondait de son mieux mais, d’une certaine façon, cela ne me suffisait pas. Même si j’en connaissais déjà un rayon, cela ne représentait même pas la moitié de ce que je ne savais pas.

— C’est parce que, dorénavant, tu es concernée personnel lement, dit Ezra en hochant la tête d’un air entendu. Avant, nous n’étions guère plus que des objets de curiosité pour toi, ou une possibilité.

— Non, pas du tout ! niai-je farouchement. Je ne vous considère pas comme des phénomènes de cirque !

— Non, je le sais. Je me suis mal exprimé, admit-il pour me calmer. Je suis conscient que nous comptons beaucoup pour toi. Mais… tu nous as toujours connus en tant que vampires, et ça n’avait pas d’importance que tu nous comprennes complètement, poursuivit-il. Tu as constaté que nous étions heureux et bien portants. Cependant, maintenant que Milo se trouve impliqué, tu ne peux plus te contenter de la certitude que nous sommes satisfaits de notre sort. Il faut que tu saches tout à notre sujet.

— En effet, acquiesçai-je. Donc ?

— Donc… tu as envie que je te raconte tout, répondit-il avec un sourire triste.

— Oui, plus ou moins.

— J’ai une mauvaise nouvelle, soupira-t-il. Il n’y a pas grand-chose à ajouter.

— Comment est-ce possible ? répliquai-je d’une voix tremblante d’incrédulité. Tu veux dire que le peu d’éléments que vous m’avez révélés au cours des derniers mois couvre l’intégralité de votre histoire ?

— Non, bien sûr que non. (Ma ferveur le fit rire.) Nous avons une longue histoire, et l’ouvrage que tu tiens en ce moment même t’en offre un excellent aperçu. Mais il ressemble beaucoup à un livre d’histoire classique. Un ouvrage de biologie t’intéresserait plus.

— Est-ce qu’il en existe ? demandai-je, pleine d’espoir.

— Quelques-uns.

Il haussa les épaules, comme si aucun n’était très bon.

— Peter en possède certains, j’en suis sûr, précisa-t-il. Mais les livres sur la biologie des vampires soulèvent de nombreuses questions. On ne peut pas pratiquer d’autopsies, puisque ce qui tue un vampire a tendance à tout détruire à l’intérieur, ce qui rend une dissection impossible pour voir ce qui le différencie d’un humain. Mais ce n’est qu’une partie du problème.

— C’est quoi le reste ?

— As-tu déjà entendu parler de la théorie du bourdon ?

Ezra s’adossa à l’un des montants du lit à baldaquin de Peter et croisa les pieds.

— Que veux-tu dire ? rétorquai-je, désarçonnée par ce brusque changement de sujet.

— Selon une étude en aérodynamique menée au xxe siècle, le bourdon a un corps trop volumineux par rapport à ses ailes, et ces dernières, bien trop petites, ne battent pas assez vite pour lui permettre de voler, expliqua-t-il.

— Quoi ? (Je fronçai les sourcils, pensant qu’il s’agissait d’une devinette.) Et alors… quoi ? Comment il se déplace dans ce cas ?

— Il vole, bien entendu, m’indiqua-t-il en souriant.

— Mais tu viens de dire que… (Je soupirai et secouai la tête.) Quel est le rapport avec la biologie des vampires ?

— Aucun. (Il haussa les épaules.) En dépit des preuves contraires, le bourdon existe, tout comme moi. Les scientifiques ont fini par découvrir qu’ils n’examinaient pas les ailes de la bonne façon, et ont percé la magie du vol du bourdon. Malheureusement, la nôtre demeure un mystère, conclut Ezra, l’air contrit.

— Donc, tu es en train de m’expliquer que personne n’a la réponse à mes questions ? demandai-je.

— Oui et non, dit-il en se redressant. Tu trouveras des éléments, mais cela ne te suffira pas. Feuillette les livres de Peter et regarde si tu tombes sur quelque chose susceptible de t’aider.

— Merci.

Sur ce, il m’adressa un signe de tête et sortit de la chambre à grandes enjambées. Je poussai un soupir et guettai le bruit de ses pas, mais je n’entendis rien excepté la musique en provenance de la chambre de Milo. On aurait dit du Mozart.

Je me calai dans le fauteuil et rouvris le livre là où je m’étais arrêtée. Au fil de ma lecture, je m’aperçus que, comme l’avait indiqué Ezra, les mots en italique à demi effacés n’offraient pas les réponses escomptées.

Mais ils n’étaient pas dénués d’intérêt. C’était l’histoire d’un narrateur inconnu qui racontait sa transformation. Il qualifiait le processus d’atroce mais, finalement, le jugeait très bref et difficile à décrire. Il mentionnait juste la douleur, suivie d’une soif insatiable.

J’appris en revanche l’existence de différents degrés de transformation. Si la plupart des vampires conservaient un sentiment d’humanité, certains le perdaient complètement. Ils devenaient des monstres incontrôlables, avides de sang, et ne vivaient pas longtemps, car les mortels comme les vampires ne pouvaient pas tolérer une telle créature.

Je venais de terminer le passage qui expliquait cela quand j’entendis un petit son moqueur et dégoûté à la porte, qui m’arracha un glapissement de terreur. Je m’attendais presque à voir Milo, doté de nouveaux crocs brillants et du regard bestial que le livre décrivait.

Mais ce n’était que Jack. Il se tenait sur le seuil et me faisait les gros yeux.

— Tu m’as fait peur ! lui signalai-je pour tenter de l’adoucir.

— Qu’est-ce que tu fais dans la chambre de Peter ?

Il essayait de conserver une voix calme, en vain. La dernière fois que je m’étais trouvée dans cette pièce, j’avais failli mourir, et il s’efforçait de ne pas poser les yeux sur mon sang séché qui décorait le tapis.

— Je lis, répondis-je en levant le livre, mais son expression resta la même. C’est un bouquin sur les vampires. Je me suis dit que je ferais bien de potasser le sujet puisque, visiblement, tous les membres de mon entourage en sont.

— Pourquoi tu ne vas pas le lire ailleurs ?

Il avait voulu formuler sa remarque comme une question, mais son intonation trahissait plutôt un ordre.

J’aurais pu discuter, et j’aurais eu raison d’argumenter. Mais cela me parut exiger trop de force et, de toute façon, l’odeur de Peter m’empêchait de me concentrer. Je ne cessais pas de penser à lui et mon esprit s’embrumait.

Jack se tenait sur le seuil, refusant de pénétrer dans la chambre. Lorsque je franchis la porte et passai devant lui pour sortir, il se détendit enfin un peu.

— Fais-moi voir ça.

Il toucha le livre et le déplaça pour en lire le titre, puis le lâcha sur-le-champ et leva les yeux au ciel.

— Quoi ?

J’examinai la couverture, essayant de comprendre ce qui lui déplaisait. Elle était banale, son titre inscrit dans le cuir.

— C’est juste un bouquin, poursuivis-je.

— C’est celui de Peter, grommela Jack.

— Oui, mais tu étais déjà au courant, puisque je me trouvais dans sa chambre, dis-je en indiquant les rayonnages à l’intérieur avant de lui lancer un regard intrigué. Ce n’est pas parce que Peter possède un objet que…

— Il n’en est pas seulement propriétaire, rectifia Jack. Il l’a écrit. C’est son autobiographie.

— De quoi parles-tu ?

J’ouvris le livre pour chercher le nom de l’auteur, et tombai sur un passage qui démentait les affirmations de Jack.

— C’est faux, repris-je, on nous explique qu’au moment de la rédaction l’auteur était très âgé, et que l’ouvrage lui-même est très ancien, alors que Peter n’a pas encore deux cents ans.

— Oui, il l’a écrit une vingtaine d’années après sa trans formation, mais il pensait que personne ne le prendrait au sérieux en apprenant qu’il était aussi jeune. C’est pourquoi il ne mentionne ni son identité ni son âge exact.

— Mais…

Je tentai de trouver quelque chose pour riposter, sans pour autant savoir pour quelle raison j’avais tellement envie de le contredire.

— C’est le premier livre qui t’est tombé sous la main ?

Son ton était complètement différent, et il me dévisagea, les sourcils froncés.

Il était vaguement jaloux, mais c’était surtout cette histoire de lien avec Peter qui l’écœurait. Mon sang et celui de Peter ne semblaient exister que pour rendre Jack fou.

Je ressentais les mêmes émotions que lui. Je détestais lorsque mon rythme cardiaque s’accélérait à la simple évocation de Peter, ou le fait d’avoir été machinalement attirée vers cet ouvrage. Tout ce qui me rapprochait de Peter m’apparaissait comme une trahison, et je n’arrivais plus à le supporter.

— C’est seulement un livre !

— Si tu le dis.

Jack secoua la tête et ferma la porte de la chambre. Lorsqu’il posa de nouveau les yeux sur moi, il grimaça.

— Tu portes son odeur, me fit-il remarquer.

— Désolée.

Il changea brusquement de sujet et adopta une voix plus douce :

— Est-ce que tu as mangé aujourd’hui ? Je peux te commander une pizza ou autre chose.

— Ça va, refusai-je d’un mouvement de tête. J’ai pris un bagel tout à l’heure.

— Bien. (Il resta devant moi un moment, mal à l’aise, puis s’éloigna.) Je vais aller voir comment va ton frère.

— Bonne idée. Passe-lui le bonjour de ma part.

Il acquiesça et marcha jusqu’au bout du couloir avant d’entrer dans la chambre qui m’était interdite. Je restai seule, le livre à la main, incapable de déterminer si je voulais poursuivre ma lecture ou non.

D’un côté, j’en avais encore plus envie, à présent que je savais qu’il s’agissait de la vie de Peter. C’était une formidable occasion de mieux le comprendre.

Mais j’avais également conscience que c’était une voie que je ne souhaitais plus emprunter. Je n’avais plus le choix : comme Peter avait failli me tuer, il n’était plus envisageable de vivre avec lui.

Même si Jack ne me l’avait pas demandé, il valait mieux que je prenne une douche. Je me rendis dans sa chambre et posai le livre sur son lit avant de choisir mes vêtements. Me laver et m’inquiéter de l’état de Milo, c’était déjà bien assez. Je me préoccuperais du livre plus tard.

Les rideaux qui habillaient les fenêtres étaient si épais que le soleil ne risquait pas de filtrer. À toute heure de la journée, la maison demeurait plongée dans le noir. Comme ma vue n’était pas aussi développée que la leur, Jack avait installé une veilleuse dans la salle de bains attenante à sa chambre.

 

J’entendis un bruit. Ce son avait dû me tirer de mon sommeil. Le réveil sur la table de nuit indiquait à peine 14 heures. En principe, tout le monde dormait. Je ne m’étais pas couchée avant 7 heures, alors que Jack jouait encore à la console.

Je me retournai dans le lit et m’enfouis sous l’édredon moelleux de Jack.

Lorsqu’un nouveau bruit survint, je ne bougeai presque pas, pensant qu’il s’agissait sûrement de la chienne. J’avais hérité de la chambre de son maître, ce qui avait dû semer la confusion dans l’esprit de Matilda. Elle avait pour habitude de dormir au pied du lit de Jack, mais ce dernier se trouvait sur le canapé. Elle n’avait probablement pas pu décider si sa loyauté allait au lit ou à lui.

— Retourne te coucher, Matilda, marmonnai-je.

J’étais désormais suffisamment réveillée pour percevoir du mouvement. En réalité, ce n’était pas le son qui m’avait tirée de mon sommeil, puisqu’il était presque inaudible, mais plutôt quelque chose qui se déplaçait dans la chambre, comme un souffle électrique.

Je n’étais pas seule, malgré le silence. Je sentais une présence floue et mystérieuse.

— Matilda ? chuchotai-je.

Je savais à présent que ce n’était pas elle, mais j’avais envie de jouer le jeu. Mon cœur s’emballa, mais peut-être que Jack ne le remarquerait pas s’il dormait.

Je me redressai et scrutai l’obscurité. J’espérais voir l’imposante silhouette blanche du chien tapie quelque part, mais la lumière en provenance de la salle de bains était trop faible. Soudain, j’aperçus une ombre furtive passer à toute vitesse.

Je n’eus pas le temps de pousser un cri : le lit bougea sous le poids de quelqu’un qui venait de m’y rejoindre. J’aurais pu hurler mais, quand on m’entendrait, il serait trop tard pour que les autres interviennent. Aussi je restai assise dans le noir et attendis la suite des événements.

OceanofPDF.com