Teddy (Death Angels t. 3) (French Edition)

Manhon Tutin · Chapitre 10 sur 32

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Teddy (Death Angels t. 3) (French Edition)

Chapitre 8

Los Angeles, repaire des Death Angels

 

Ça fait à peine vingt-quatre heures que je suis de retour au QG et le moins que l’on puisse dire c’est que je suis directement plongé dans les emmerdes jusqu’au cou. Parce que mon geste irraisonné d’il y a quelques jours a eu des conséquences…

Œil pour œil.

C’est ce qui est écrit sur le carton qui a été déposé cette nuit, pendant que tout le monde dormait, devant les grilles de notre QG. Et à l’intérieur…

Je me balance de l’eau froide sur le visage pour tenter de me calmer, de garder les pieds sur terre. Ce n’est pas une mince affaire, pas après ce dont je viens d’être témoin. Les Russes ne reculent décidément devant rien.

Dans le carton, il y avait la tête énuclée de notre tout dernier prospect.

Un gamin à peine majeur.

Et au vu des nombreuses ecchymoses sur son visage, ils n’y ont pas été de main morte avec lui. Je mettrai d’ailleurs ma main à couper que le gosse a été décapité alors qu’il était encore conscient, vu l’expression d’horreur figée à tout jamais sur son visage.

PUTAIN DE BORDEL DE MERDE !

J’abats rageusement mon poing sur le miroir, face à moi, qui éclate en millier de petits morceaux et me fait pisser le sang. Rien à battre. Je mérite cette souffrance, j’aurais pu tout aussi bien le tuer moi-même, puisque sa disparition est la conséquence de mes actes.

Je suis responsable de sa mort.

J’ai failli à ma mission.

J’ai échoué.

Au lieu de protéger, je sème la mort et le chaos sur mon passage.

Je ne suis qu’un bon à rien.

Un foutu psychopathe.

Un imbécile qui agit sans penser aux conséquences.

Un…

J’abats encore et encore mon poing sur le mur, comme pour expier mes péchés avec mon sang versé. Les acouphènes se font abominables sous mon crâne et résonnent tels les bourdonnements rageurs d’un essaim meurtrier. J’en grince des dents tant la mélodie est affreuse, assourdissante. Mes mains se mettent à trembler. Ma vision s’obscurcit.

C’est ma faute.

Tout est ma putain de faute.

Je…

Je suis soustrait à mes pensées par une claque magistrale qui s’abat en plein sur ma tronche. Bien évidemment, non content de me désarçonner, cette intervention me fait littéralement péter une durite. Sans parvenir à discerner ce qui est réel de ce qui se passe sous mon crâne, je pousse un hurlement de rage et me jette à la tête de mon agresseur.

La vision floue, je ne sais même pas contre qui je suis en train de me battre. Ça pourrait être n’importe qui. Quand je suis enfoncé aussi loin dans mes névroses, que l’autre moi prend le dessus, tout bon sens me déserte. Je ne suis plus qu’instinct. Et en cet instant, mon instinct me pousse à rendre les coups.

Je heurte une montagne de muscles qui semble accuser mes attaques, sans pour autant me rendre la pareille. Ce qui ne m’aide en rien à faire refluer la rage qui est mienne. J’assène à la forme floue qui me fait face de nombreux coups de poing vicieux dans ce que je suppose être son estomac.

Mon adversaire ne plie pas. Il ne tressaille même pas.

Au contraire… Il ricane.

— Putain, c’est tout ce que t’as ?!

Cette phrase agit comme un catalyseur sur moi. Les bips dans ma tête résonnent plus intensément que jamais. Mon regard se pare d’un faisceau rouge sang. Tous les muscles de mon corps se contractent. Les battements de mon cœur se font erratiques.

Je lâche prise…

Je laisse ma folie et ma hargne déborder et s’abattre sur cet individu que je ne parviens même pas à identifier mais qui semble capable de le supporter sans chanceler.

Je perds toute notion de temps tandis que je m’acharne sur lui, je n’ai aucune conscience de la durée de cet épisode où je suis out, tout ce que je sais, c’est que lorsque je reviens à moi… Je me retrouve face au visage ensanglanté de Crow.

Ce foutu psychopathe se lèche goulument les lèvres pour récupérer le liquide ferreux comme s’il aimait ça. Puisque je le connais, je peux affirmer que c’est le cas.

— T’es de retour parmi nous ? me demande-t-il comme si de rien était.

— Je… Merde, mec. Je suis désolé. J’voulais pas.

— Me battre comme plâtre ?

Je me passe rageusement une main sur le crâne.

— J’ai complètement vrillé.

— T’en fais pas. Je sais encaisser ! réplique-t-il en agrippant son sexe bandé à travers son cuir.

Merde.

Je viens de le tabasser et ce cinglé à la trique.

Je détourne le regard.

Peu importe ce qu’il dit, peu importe qu’il soit réellement capable de gérer ce que je viens de lui faire, à mes yeux, rien ne va. Je ne devrais pas perdre le contrôle ainsi, et surtout pas ici… Il y a des femmes et des gosses dans l’enceinte du QG.

Si c’était l’un d’entre eux qui était entré ?

Crow abat sa grande main sur mon épaule.

— Te bile pas, ça arrive. C’est moche c’qu’ils ont fait au gosse.

Pour toute réponse, je me contente de hocher la tête en me mordant l’intérieur de la joue pour m’éviter de hurler. Comment peut-il rester aussi calme après ce qu’il vient de se produire ?

— Au fait, c’est le préz qui m’a demandé de venir te chercher. Réunion dans cinq minutes.

Je croise son regard.

— Je me passe un coup de flotte sur la gueule et j’arrive.

Crow fonce dans ma direction, abat son front contre le mien, m’agrippe par la nuque et dit :

— Si tu as besoin d’aide pour gérer c’qui va pas sous ton crâne, j’suis ton gars.

Sans me laisser le temps de répliquer quoi que ce soit, il s’écarte et s’apprête à sortir des chiottes.

— Frangin, ton visage ?

Il ricane.

— Il en a vu d’autres !

Il s’essuie sommairement d’un revers de manche et me laisse seul avec ma misère.

Putain.

Si le plus cinglé d’entre nous m’offre son… aide, c’est que je suis bien plus bousillé que je le pensais.

***

Lorsque j’entre dans la salle de réunion, tout le monde est déjà à sa place. Je garde le silence et vais m’installer à la gauche de notre président. Ce dernier m’adresse un geste du menton avant de se saisir du marteau. Il l’abat sur la table sans plus tarder.

— Mes très chers frères l’heure est grave. Nous ne pouvons plus laisser la Bratva se jouer de nous et s’en prendre à nos membres comme elle le fait.

Il se passe une main dans les cheveux.

— L’effectif seul du chapitre principal ne nous permettra pas de mettre à mort les hommes de Bolgarov. Il nous faut du renfort. Il nous faut faire appel à nos autres chapitres et aux MC qui nous ont juré allégeance.

Cullen tapote ses doigts sur la table, montrant ainsi son agitation. Il se redresse d’un coup et prend à son tour la parole :

— Mes frères, nous sommes en guerre. Et nous ne nous reposerons pas avant que l’intégralité de ces fils de putes n’ait rejoint les rangs de la Faucheuse.

Des grognements et des cris d’agitation résonnent dans la pièce. Partout où mon regard se pose, j’aperçois la même chose. Dans chacun de nos regards brille désormais la flamme de la vengeance.

Cullen abat rageusement son poing sur son torse.

— Une chose : Bolgarov est à moi. Vous avez le droit de le malmener en le kidnappant mais sa mise à mort m’appartient !

Nous hochons tous la tête de concert, Cullen a gagné le droit d’obtenir sa vengeance après ce qu’il a perdu. C’est à mon tour d’intervenir.

— Nous ne devons pas nous précipiter pour autant. Nous n’allons pas nous attaquer à un petit gang sans ambition, mais à une des branches de la Bratva. Je gage que nos actions ne seront pas sans conséquence. On peut abattre une de leur tête, une autre poussera. C’est pour ça que nous devons convenablement nous préparer.

— Qu’est-ce que tu proposes ? me questionne Hunter.

— Nous devons placer nos familles en sécurité. Mais pas dans une de nos planques habituelles. Nous devons les mettre à l’abri, entre les mains de personnes qui seront à même de les protéger.

— À qui penses-tu ?

Je croise le regard de Crow.

— Il me semble que Diablo nous en doit une. Est-ce que tu peux le contacter ?

Crow m’adresse un sourire sans équivoque.

— Il se fera un plaisir de protéger nos membres et de tuer à nos côtés avec les gars !

Johnny et Kurt se lèvent d’un même ensemble. Le fondateur de notre club déclare :

— Nous irons tous les deux avec nos familles pour veiller sur elles.

Skylar, ancien prospect, et désormais membre à part entière du club, intervient :

— Je connais des mecs. Ils ne sont membres d’aucun club, mais ils sont du même côté de la loi que nous et ils sont prêts à se battre. Je peux les contacter si tu veux, préz.

Hunter hoche la tête.

— D’autres propositions ? Des questions ?

Personne n’ajoute quoi que ce soit.

— Très bien. Préparez vos affaires, profitez de vos femmes et de vos gosses pendant qu’il en est encore temps. On ne sait pas combien d’entre nous périront dans cette guerre.

Il se racle la gorge.

— Je veux que tout le monde se pointe au QG demain, avec femmes et enfants. Nous en saurons plus à ce moment-là et pourrons organiser leur transfert avant de mettre au point un plan d’action. Compris ?

Nous hochons tous la tête.

— La réunion est terminée, conclut-il en abattant son marteau sur la table.

Un silence de mort règne dans la pièce. Tous ici, nous savons que les jours, les semaines, voir les mois à venir seront placés sous le courroux meurtrier de la Faucheuse.

J’espère de tout cœur qu’elle sera clémente avec nous, et qu’il n’y aura pas trop de pertes dans nos rangs.

Rien que d’y penser…

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