Teddy (Death Angels t. 3) (French Edition)

Manhon Tutin · Chapitre 22 sur 32

Pages du PDF

Teddy (Death Angels t. 3) (French Edition)

Chapitre 19

Los Angeles, repère des Death Angels, dans l’arrière-cour

 

Bien évidemment, après ça, j’ai tout juste le temps de tourner mon visage vers Sheila pour lui dire :

— Pousse-toi. Ne te mêle pas de ça.

Elle secoue la tête, refusant de me lâcher. Cullen s’avance rageusement dans notre direction et essaye d’attirer sa mère au loin.

— Maman, écarte-toi, grogne-t-il entre ses dents serrées.

— Pourquoi ? Pour que tu puisses le tabasser ?

— Il a enfreint les règles !

— Parce que toi, non, peut-être ?!

C’est un putain de coup bas que la mère vient d’assener à son rejeton, mais putain c’est sacrément bandant de la voir se battre comme une tigresse pour prendre ma défense. Au vu de la trahison que j’ai commise, peu importe ce qu’elle dira, la sentence ne changera pas. Pourtant, ça me réchauffe le cœur de savoir qu’elle est prête à essayer.

Faisant fi du regard incendiaire que me balance mon vice-président, je pivote en direction de Sheila et plonge mon regard dans le sien au bord des larmes.

— Je savais ce que j’encourais en tombant amoureux de toi.

— Teddy…

— Je dois payer le prix de ma trahison.

Elle secoue la tête.

— Je t’en prie. Tu sais que malgré l’amour interdit que je te porte, ma loyauté envers le club est tout ce qu’il me reste.

Je la vois déglutir et sais pertinemment qu’elle se retient d’argumenter quelque chose. Nous avons à plusieurs reprises discuté de certaines règles du club nous paraissant archaïque, seulement nous ne sommes tous deux que des maillons de la chaine et n’avons aucun pouvoir pour en changer.

J’ai agi en conséquence. Je sais ce que je risque. Peu importe.

Si je dois mourir aujourd’hui, au moins j’aurai eu la chance de connaître la saveur des lèvres de Sheila, la douceur de sa peau, et la douce mélodie de ses soupirs passionnés.

Si je dois rendre mon dernier souffle ce soir, au moins je partirai le cœur léger d’avoir été aimé… malgré l’homme que je suis.

Et c’est sur ça que je décide de me concentrer. Je prends délicatement son visage entre mes mains et tente le diable en posant ma bouche, sans doute pour la dernière fois, sur les siennes.

— Je t’aime. Maintenant, laisse-moi agir comme un homme droit.

Elle caresse tendrement ma joue avant de s’écarter sans plus croiser mon regard. Cullen fait un geste dans sa direction, elle s’écarte en lui hurlant dessus. Je ne sais pas où elle va ensuite. Je ne veux pas le savoir. J’espère simplement que quelqu’un lui apportera le réconfort qu’elle mérite et que je ne suis plus en droit de lui offrir moi-même.

Putain de vie.

J’ai dû être un sacré enfoiré dans une autre vie pour souffrir d’un karma aussi merdique.

Je réalise alors que l’ensemble de mes frères me jaugent avec des expressions allant du dégoût, à la haine en passant par la pitié. Le visage de Johnny Stryker est insondable, à l’image de celui d’Hunter. Crow sourit comme un abruti parce qu’il savoure à l’avance l’effusion d’hémoglobine qui va suivre.

Et Cullen ? Si un regard avait le pouvoir de tuer, je serais mort sur le champ. Toutefois, je sais que je ne mérite pas un tel honneur. Pas après avoir osé poser mes sales pattes sur sa mère.

On ne touche pas à une femme de la famille d’un membre.

Cette règle que j’ai accepté de suivre en m’engageant parmi les Death Angels passe en boucle sous mon crâne, en écho avec les battements erratiques de mon cœur que j’entends résonner jusque dans mes oreilles.

— Tu voulais souffrir ? Ton vœu va être exaucé, fils de pute ! hurle Cullen à mon intention.

Je me tiens bien droit, face à lui, sans bouger.

— Tu ne vas vraiment rien dire pour te défendre ? aboie-t-il.

En réalité, j’ai des tas de choses à dire. Je pourrais choisir d’ouvrir ma gueule et de balancer tout ce que j’ai sur le cœur. Je ne le fais pas. Ça ne rimerait à rien, je vois dans son regard qu’il m’a d’ores et déjà condamné.

Alors à la place, je balance cette phrase, qui, je le sais, signera mon arrêt de mort :

— Tout ce que j’ai à dire, c’est que je ne regrette aucunement d’aimer ta mère comme elle mérite de l’être.

— Et ton serment ?!

J’ai envie de lui retourner la faveur, après tout, il a lui aussi choisi une femme hors d’atteinte, risquant de mettre en péril tout le club. Et il a bien été pardonné, non ?

Seulement, je comprends qu’il vaut mieux pour moi fermer ma gueule et accepter mon destin.

— Si tu n’as plus rien à dire…

Cullen jette un coup d’œil en direction d’Hunter alors qu’il fait craquer ses jointures. Notre président semble le cul entre deux chaises. Pourtant, même ainsi, je sais qu’il choisira de prendre le parti de son meilleur ami. C’est pour cette raison que je ne suis pas le moins du monde étonné lorsqu’il se contente de hocher la tête.

C’est parti.

J’ai juste le temps d’inspirer profondément et de me tendre pour me préparer au choc, que Cullen se jette rageusement sur moi. Son premier coup s’abat violemment sur ma tempe, je dois prendre sur moi pour rester debout et ne pas m’effondrer au sol sous l’impact.

Bordel. Il n’y va vraiment pas de main morte.

Il semble pris de frénésie alors que ses poings s’abattent sans relâche sur chaque parcelle de mon corps qu’il peut atteindre. Je sens l’os de mon nez se briser, à un moment ou l’autre, je peux percevoir le goût de mon sang exploser dans ma bouche, avec un tel flux qu’il me faut me forcer à avaler pour ne pas m’étouffer.

Je réalise que mon corps s’abat sur le sol, quand le côté gauche de celui-ci me lance de part en part. Je pourrai choisir de me placer en position fœtale pour amortir ses coups, je n’en fais rien. Pas plus que je ne riposte.

Je reste immobile, à accepter la violence de son courroux, en signe de repentance puisque je le mérite.

Et même si je souffre le martyre à chacun de ses coups, je me sens aussi étrangement… bien.

En paix.

Comme si ce passage à tabac me permettait d’expier toutes mes erreurs passées. Et si j’en viens à rencontrer la Faucheuse, cette nuit, je le ferai l’esprit enfin apaisé.

J’en suis là dans mes pensées, lorsque tout se fige autour de moi. Il n’y a plus aucun bruit, à l’exception de nos souffles erratiques à Cullen et moi. Même si pour le coup ma respiration est sifflante à travers mon pif défoncé.

Je reste le plus immobile possible. De toute manière, je ne suis pas certain d’arriver à bouger, ou en tout cas pas grand-chose.

— J’espère que ça t’aura servi de leçon, enfoiré !

— Cullen, arrête !

Là, au milieu du silence, retentit une voix qui me donne envie de me redresser, de vivre. Je le fais, et constate que mon corps est bien moins meurtri que ce à quoi je m’attendais. À l’exception de mon visage, je n’ai pas l’impression qu’il est allé jusqu’à me briser les os. Je serai recouvert d’ecchymoses, ça oui, mais… il n’y a pas été aussi violemment avec moi que je ne l’en sais capable.

Assis sur le sol, j’ouvre précautionneusement les yeux. Enfin, un seul. L’autre est trop tuméfié pour que je puisse y parvenir.

Sheila, les larmes aux yeux, se met à taper rageusement sur le torse de son fils.

— N’as-tu donc aucun cœur ?

Cullen ne regarde pas sa mère, ses yeux sont fixés sur moi. Il crache à mes pieds en disant :

— Ne la touche plus jamais ! Dernier avertissement !

Trop hébété pour comprendre ce qu’il sous-entend par là, je reste comme un con à même le sol. C’est cet instant que choisit Sheila pour se transformer en une véritable harpie. Elle attrape son fils par la nuque, le forçant ainsi à la contempler droit dans les yeux et hurle :

— Qui es-tu pour exiger ça ?!

Elle relâche ensuite Cullen en lui assenant une magistrale claque sur la gueule avant de se poster devant moi, comme pour me protéger, et pour faire comprendre aux membres de mon club que s’ils désirent m’atteindre il faudra lui passer sur le corps.

Elle se passe ensuite rageusement une main sur le visage pour essuyer ses larmes, et pointe mes frères du doigt, un à un.

— Personne ne prendra plus de décision à ma place. JAMAIS ! Vous m’entendez ?

— Sheila, tente d’intervenir Johnny.

— Et toi, s’époumone-t-elle. Toi ! Dégage de ma vue, ce sont tes putains de règles à la con qui nous pourrissent la vie !

Elle le bouscule violemment, le faisant tanguer sur ses pieds, avant de contourner l’amas de mes frères et se dirige comme une furie vers la sortie, sans plus un regard en arrière. Seule la portière de sa voiture qui claque contre ses gonds et son moteur vrombissant nous indique qu’elle vient de quitter le parking du QG.

À nouveau, le silence se fait. Personne n’ose dire quoi que ce soit. C’est tout juste si on ose respirer. Merde.

— Est-ce j’dois prendre une serpillère pour le sang ? demande Lenny d’une toute petite voix.

— C’est une sacrée bonne idée, mon pote ! clamé-je avant d’éclater de rire comme le cinglé que je suis.

Crow tend une main dans ma direction pour m’aider à me relever. Je m’en empare en lui étant reconnaissant.

— T’as sacrément bien accusé l’frangin.

Je lui adresse un sourire un coin.

— C’est un miracle que je respire encore. À quoi bon me défendre ?

Il m’assène une grande claque dans le dos.

— T’es un bon !

Suite à quoi il s’écarte de moi et s’empare d’une bière comme si de rien était. Cullen et Hunter viennent rapidement prendre sa place. Mon président me balance un torchon.

— Essuie ta gueule, tu fais peine à voir.

— Merci…

Je m’exécute sommairement sans demander mon reste. Cullen ne regarde pas dans ma direction, il se contente de fixer le mur derrière nous. Je m’apprête à lui dire quelque chose quand je le vois inspirer profondément. Il me balance ensuite entre ses dents serrées :

— Ça me tue de dire ça, mais va retrouver ma mère.

Je me fige sur place, les yeux grands ouverts, façon de parler vu le cocard que je me paye.

— T’es sérieux ?

— Tu l’as entendu ?! Personne ne décidera plus jamais pour elle, intervient Hunter.

— Pas même moi, murmure rageusement Cullen.

— Mais… et les règles ? demandai-je comme un putain d’abruti au lieu de filer sans demander mon reste.

Hunter soupire.

— Tu tiens vraiment à ce qu’on t’en foute une dans le citron ? Putain ! Réunion demain matin. Juste nous trois. On décidera de ton sort à ce moment-là.

Je hoche la tête.

— Bien.

— Maintenant, dégage avant que l’envie de te buter ne me reprenne, réplique Cullen.

— Je…

Je me racle la gorge pour me donner contenance.

— Je sais que ce n’est pas ce que tu aurais voulu pour elle. Crois-moi, j’ai essayé de combattre ce que je ressens pour elle…

J’abats mon poing sur mon torse.

— Quoi qu’il en soit, sache que je ne lui ferai jamais de mal. Je donnerai ma vie pour elle.

— T’as plutôt intérêt, siffle-t-il.

— Sinon on te butera, quoi qu’elle en dise, conclut Hunter avec un regard carnassier.

Je hoche la tête. C’est tout à fait légitime. Après tout même si Sheila n’est pas la mère biologique d’Hunter, elle l’a élevé et il l’aime comme si c’était le cas.

— Si je ne me fais pas sauter le caisson d’abord.

Mon président et son meilleur ami hochent la tête de concert comme pour sceller un accord tacite entre nous.

— Allez, barre-toi, enculé.

Je ne me le fais pas dire deux fois, même si ma démarche est vacillante après le passage à tabac que je viens de subir. Je décide de faire un rapide passage dans les chiottes du QG pour me passer un coup de flotte sur la tronche.

Après ça, je grimpe sur ma Harley et pose mes mains sur le guidon en sifflant de douleur lorsque mes côtes protestent.

Rien à foutre, ce n’est pas une petite douleur qui me tiendra éloigné de Sheila.

 

OceanofPDF.com