Teddy (Death Angels t. 3) (French Edition)

Manhon Tutin · Chapitre 26 sur 32

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Teddy (Death Angels t. 3) (French Edition)

Chapitre 23

Prison de Corcoran, à 300 kilomètres de Los Angeles

 

Je dois bien avouer que je ne m’attendais pas à ce que ce soit si difficile d’être enfermé dans une cellule. J’aurais dû réfléchir avant de jouer à Jack l’Éventreur sur l’ex-mari de Sheila. Bien entendu, je ne regrette pas de l’avoir tué, j’en suis même heureux. Seulement, si j’avais fait les choses plus posément et plus proprement je ne croupirais pas dans cet endroit. Résultat ? Je ne serai pas seul avec ce qui ne tourne pas rond sous mon crâne, et ce sans le moindre dérivatif.

Il n’y a absolument aucun rempart entre ma folie et moi entre ses murs.

Ça fait à peine quelques jours que je me trouve ici, et pourtant, je me vois déjà contraint de serrer les dents. Le pire, ce n’est même pas les instants que je passe enfermé dans ma cellule. Non. Lorsque je suis seul, je trouve toujours un moyen de me faire suffisamment de mal, à l’abri des regards indiscrets, pour contenir ce qu’il y a de plus sombre en moi. 

Le pire c’est lors des moments où on nous force à nous mélanger. Que ce soit au réfectoire, dans la cour ou dans les douches. Il y a toujours quelqu’un pour me faire chier en jouant les caïds. Ici, personne n’ignore qui je suis puisque j’arbore fièrement sur mon avant-bras droit un tatouage du blason des Death Angels. Et même si aucune de leur tête de cul ne me dit quelque chose, ils se sont apparemment fait passer le mot pour me casser les couilles.

Pas plus tard que ce matin, un enfoiré de gringo a décidé de me renverser son verre dessus. Je suis parvenu à laisser courir sans lui faire bouffer ses dents. Toutefois, je sais que je ne pourrais pas continuer à me contenir indéfiniment. Il y a un moment ou un autre où la goutte d’eau fera déborder le vase… et quand ça arrivera je ne répondrai plus de rien.

Chose que j’essaye d’éviter au maximum. J’ai déjà été coffré pour un truc assez moche, je n’ai pas envie d’ajouter des preuves à charge ou de me retrouver au trou. Je m’efforce de tenir le coup jusqu’à demain.

Mercredi.

Le jour que Cullen et Hunter m’ont annoncé lorsqu’ils sont venus me voir au parloir en me disant de me tenir prêt. C’est avec cet objectif en tête que je trouve la force de laisser courir. J’ai conscience qu’au moindre agissement de ma part, mon transfert se verra annuler et donc ce que mes frères ont prévu… tombera à l’eau.

À chaque fois que ma vision s’obscurcit et que les acouphènes me gagnent, je m’efforce de visualiser le visage de Sheila, d’imaginer la tenir contre moi, être capable de humer son odeur, de sentir la douceur de sa peau sur mes doigts.

Jusqu’à maintenant, ça fonctionne.

Je contemple le plafond de ma cellule. Vingt-quatre heures. Il ne me reste plus qu’une putain de journée à tenir. J’espère de tout cœur que ce que les Death Angels ont prévu fonctionnera, peu importe ce que c’est, parce que j’ai conscience que le cas échéant… je finirai mes jours en taule. Je suis suffisamment lucide pour savoir que je finirai immanquablement par me retrouver pris dans une rixe quelconque qui causera ma mort.

Les enfoirés comme moi ne méritent pas mieux.

J’ai d’ailleurs songé plus d’une fois par le passé à mettre un terme à ma misérable existence, sans jamais parvenir à m’y résoudre. Et voilà que la vie m’offre une putain de bonne raison de rester en vie, seulement pour la tenir hors de ma portée. Karma de merde.

Le tintement d’une matraque glissée contre les barreaux de ma cellule me tire de mes rêveries.

— Hé, connard. C’est l’heure de la douche, lève ton cul.

— C’est demandé si gentiment, répliqué-je avec un sourire pince-sans-rire.

Le gardien me lance un regard noir.

— Tu préfères rester dans ta cellule ? Pour moi que tu chlingues ou non, ça change rien.

Las, je secoue la tête et ravale ma réplique acerbe.

— Non.

— Très bien. Alors passe devant, et si tu tentes quoi que ce soit… me menace-t-il en abattant sa matraque dans la paume de sa main.

Je ne réponds pas. Je ne pense pas que ça jouerait en ma faveur de lui dire qu’avec ou sans cette protection… je suis capable de le faire passer de vie à trépas en un clin d’œil, et sans même verser une goutte de sueur. Ce qui ne m’empêche pas d’imaginer la scène dans ma tête et de sourire comme le psychopathe que je suis.

J’avance tranquillement dans les couloirs menant aux douches, en faisant fi des commentaires que je reçois sur ma route. Si je les ignore, ils finiront peut-être par se lasser et même si ce n’est pas le cas, je suis transféré demain… et je ne les reverrai plus. Alors je peux bien prendre sur moi, non ?

En arrivant dans la salle de bain commune, je réalise que contrairement aux autres fois, nous ne sommes pas très nombreux. Il n’y a qu’un seul autre détenu déjà en train de prendre sa douche ; un grand black avec des piercings partout et des tatouages que je peine à distinguer de l’endroit où je me trouve.

Je hausse les épaules et me dirige dans un premier temps pour me laver les dents. Lorsque c’est fait, je retire mes fringues et plonge sous l’eau de la douche la plus éloignée de mon camarade. À peine l’eau effleure-t-elle le sommet de mon crâne qu’on me pousse violemment dans le dos. Puisque je n’ai pas vu venir l’attaque, je me ramasse la gueule contre le carrelage. Étant donné qu’il est défoncé et coupant, je finis avec une belle estafilade sur la tronche.

Ni une ni deux, je me redresse et pivote sur moi-même une lueur meurtrière dans le regard.

— Qu’est-ce qui te prend enfoiré ?!

Le grand black m’adresse un grand sourire.

— Ça fait quoi de ne pas avoir ton club pour assurer tes arrières ?

Je ricane et crache à ses pieds.

— Je n’ai pas besoin de mes frères pour te défoncer la gueule.

— C’est ce qu’on va voir, réplique-t-il en se plaçant en position de combat. Je me mords l’intérieur de la joue pour ne pas l’assassiner purement et simplement. J’ai d’abord besoin de comprendre de quoi il est question ici. Je ne suis pas le dernier des idiots, je me doute que si nous sommes seuls ici tous les deux, c’est que cette entrevue a été orchestrée de toute pièce. Et si j’en crois le peu de gardiens qui nous entoure, à savoir un seul, qui joue sur son téléphone sans jeter un coup d’œil dans ma direction, j’ai vu juste.

— Qu’est-ce que tu veux ?!

Il ne me répond pas tout de suite, me laissant le temps de l’observer plus en détail. Il a un putain de tatouage tribal sur l’arcade sourcilière et qui descend jusque sur sa joue. Là tout de suite, je ne parviens pas à faire le lien avec le gang auquel il appartient, mais je décide de garder cette information pour plus tard. Elle pourra m’être utile si les choses dégénèrent.

— Ce que je veux ? Que vous arrêtiez de vous prendre pour les rois de L.A.

Je lève les yeux au ciel.

— Et qui es-tu pour dire le contraire ?

— L’émissaire d’Aace.

— Qui ?

Il ricane.

Pour être honnête, je n’ai pas la moindre foutue idée de qui il s’agit. Je n’ai jamais entendu ce nom de toute ma chienne de vie. Ce doit être un nouveau caïd qui a des envies de grandeurs et qui rêve de prendre notre place de leader dans le trafic d’armes ou de drogue. Ce n’est pas le premier et ça ne sera certainement pas le dernier. Je mettrai ma main à couper que ce fameux Aace pense pouvoir s’en prendre à nous à cause des informations qui circulent au sujet de notre guerre contre les Russes.

Il n’a pas dû avoir entendu parler du résultat et de ce qu’on a fait subir au grand patron de la Bratva. Qu’il en soit ainsi. Je voulais me tenir à carreau ; seulement si cet enfoiré pense pouvoir nous menacer impunément mon club et moi, il se fourre le doigt dans l’œil.

Le guignol qui me fait face croise mon regard et affiche un grand sourire avant de dire :

— Ton MC et toi apprendrez bien assez tôt à le respecter. Mon boss a le bras long. Tu crois que cet abruti de Mason a découvert tout seul où vivait la douce petite chatte que tu te tapes ?

Je serre les poings à mesure que la colère monte en moi. Pourquoi faut-il qu’il vienne me faire chier maintenant ? Pourquoi faut-il qu’il appuie là où ça fait le plus mal ? Pourquoi au moment où je risque de tout perdre en jouant au con ?

J’inspire profondément. Je dois prendre sur moi pour ne pas frapper le premier quand bien même entendre que son gang est responsable du retour de Mason dans la vie de Sheila me fait disjoncter. Je dois la jouer fine. Je ne suis pas idiot. Je sais qu’il y a des caméras dans ces putains de douches, même si ça n’a absolument rien d’éthique. Si on ne me voit pas lancer cette baston, on ne pourra pas me la foutre sur le dos.

C’est fort de cette résolution que je prends position. J’ancre bien mes pieds au sol, et m’efforce de bander l’ensemble des muscles de mon corps pour parer son attaque. Je ne dois pas cogner en premier, mais rien ne m’empêche de l’énerver pour le pousser à le faire.

— Tu peux répéter ? Aace, qui ? Un petit caïd à la sauvette ? Un arriviste qui se pense au-dessus de tout ?

Bingo. Le regard de mon nouvel ami se fait incendiaire.

— Tu rigoleras moins quand je t’aurai fait bouffer tes dents.

Je ricane.

— Viens mon grand je t’attends.

Son premier coup m’atteint en pleine gueule. Fort heureusement, je l’avais pressenti, alors à part me faire légèrement reculer, je tiens bon. Je souris.

— C’est tout ce que t’as ?!

Bien entendu, il ne lui en faut pas plus pour se jeter sur moi avec rage. Et moi ? Je tire un malin plaisir de la douleur que je ressens à chacun de ses coups. Putain que c’est bon. C’est la première fois depuis que je me trouve dans cette foutue prison que je me sens seul sous mon crâne. C’est pour cette raison que je choisis de ne pas prendre le dessus. J’en suis plus que largement capable, mais c’est trop bon cette douleur qui me soulage enfin… Je suis recouvert de sang. Le sien. Il me cogne avec tellement de force que ses jointures ont éclaté. Et moi ? Je rigole à en perdre haleine en me contenant de rendre les coups pour ne pas finir six pieds sous terre en feignant ne pas parvenir à prendre le dessus. Je sais que je vais finir avec des bleus partout… mais c’est un faible prix à payer pour espérer revoir ma régulière dès le lendemain.

Au bout d’un certain temps, les cris de rage de mon adversaire finissent par attirer d’autres gardiens, qui ne doivent pas avoir été soudoyés eux, puisqu’ils finissent par nous séparer avant de nous conduire à l’infirmerie.

— C’est pas moi qui ai commencé, déclaré-je au toubib quand il me demande où j’ai mal.

Ce dernier hausse les épaules.

— Ça ne me regarde pas.

— C’est important pour moi de le préciser.

— Les caméras témoigneront ou non de votre supposée innocence. En attendant, laissez-moi faire mon boulot.

— Ok, doc.

En me reconduisant à ma cellule, une gardienne me glisse à l’oreille :

— On a tous conscience que tu aurais pu facilement buter cette petite frappe. Te retenir prouve que tu es intelligent.

Je laisse échapper un rire ironique.

— Tous les criminels ne sont pas stupides. La vie nous pousse parfois à prendre de mauvaises décisions. On n’est pas tous nés avec une bonne étoile.

— Une chose est sûre, tu peux dormir sur tes deux oreilles. Ton transfert aura bel et bien lieu demain.

— Un enfer pour un autre. Chouette j’ai hâte, répliqué-je amèrement.

Alors qu’au fond de moi je souris à pleine dent.

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