Teddy (Death Angels t. 3) (French Edition)

Manhon Tutin · Chapitre 20 sur 32

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Teddy (Death Angels t. 3) (French Edition)

Chapitre 17

Au Mexique, sur le territoire des mercenaires

 

Nos frères ont été enterrés dans le plus grand des respects, nos plaies ont été pansées, et désormais nous rejoignions nos familles. Nous traversons la frontière et entrons de notre plein gré en territoire mexicain pour rejoindre les terres des mercenaires. On ne peut pas oublier ce que nous venons de traverser, toutefois nous n’avons pas le temps de nous apitoyer sur notre sort.

Ce n’est pas comme ça que les choses fonctionnent dans notre monde. Chacun de nos frères en acceptant de rejoindre les Death Angels, a également accepté le fait de risquer un jour d’offrir sa vie pour préserver le club. C’est ce qui est arrivé à Chunck et Lame. Et c’est en leur mémoire, et en l’honneur de leur sacrifice, que nous nous devons de continuer à vivre.

C’est pour cette raison qu’Hunter a décidé d’organiser une grande virée à bécanes où tous nos alliés sont conviés. Il n’y a pas de meilleur moyen pour rendre hommage à nos morts que de vivre à cent à l’heure.

Après tout, nous avons remporté une guerre contre les Russes, il y a de quoi organiser une putain de célébration !

Toutes les motos sont alignées sur une espèce de grand parking au milieu du désert. Chacun est en train de briquer son bébé en vue du ride qui va s’ensuivre et qui va nous permettre de regagner notre QG tous ensemble. Moi le premier. Je m’applique à lustrer le réservoir d’essence de ma précieuse fat boy softail 1690.

Un beau bébé que je chéris comme la prunelle de mes yeux. Parce que c’est grâce à cette moto que j’ai franchi la porte d’un bar de biker, à l’intérieur duquel mon regard s’est posé sur le blason du blouson de Stryker père. Comme poussé par le destin, j’ai choisi de m’installer sur le tabouret à côté du sien, à l’inverse de toutes les autres personnes présentes qui s’évertuaient à rester à distance.

C’est à cet instant précis que ma vie a retrouvé un sens.

Si je n’étais pas entré dans ce bar, si je n’avais pas posé mon derche sur ce tabouret, je ne serais plus de ce monde… puisque mon intention cette nuit-là était de boire jusqu’à trouver le courage de me faire péter la cervelle.

Je m’en rappelle comme si c’était hier.

***

Johnny Stryker, avec son regard hargneux, m’a jaugé de la tête au pied, avant de me balancer sans tergiverser :

— Toi, tu as la tête de quelqu’un qui s’apprête à se faire éclater le caisson.

J’ai tourné la tête dans sa direction, avant de plonger mes yeux dans les siens.

— Qu’est-ce qui te fait dire ça ? ai-je grogné.

Johnny a tendu la main en direction du barman avant de brailler :

— Du whisky sec. La même chose pour lui. Tu peux laisser la bouteille.

— Ça ne répond pas à ma question, ducon.

Ouais, on peut dire que j’avais de sacrées tendances suicidaires à l’époque, mais à ma décharge, je n’avais pas la moindre idée de qui était Johnny. Et d’ailleurs, ce con, au lieu de me fracasser la gueule, s’est mis à rire à gorge déployée.

Après quoi sa grande main s’est abattue sur mon épaule :

— Je le sais, parce que je suis déjà passé par là.

Je me suis écarté de sa poigne, ne supportant pas déjà à l’époque d’être touché plus que de raison.

— Tu as bossé pour l’oncle Sam ?

Johnny s’est esclaffé de plus belle.

— Je ne suis pas vraiment du même côté de la loi, si tu vois ce que je veux dire. Et au vu du regard que tu me lances, ouais tu vois très bien de quoi je parle.

— Ça me fait une belle jambe.

— T’es toujours aussi aimable ?

— On est qu’au tour de chauffe.

— Mec, tu as de la chance, je crois que je t’apprécie.

J’ai haussé les épaules en poussant un soupir.

— Il me serait arrivé quoi le cas échéant ? Tu m’aurais buté ? Tu sais quoi, tu nous aurais rendu un grand service à tous les deux en le faisant !

Johnny m’a alors regardé, et m’a vu vraiment, pour ce que je suis. Je crois que c’est la première personne à avoir été capable de lire en moi avec autant de lucidité.

— Et si au lieu de céder à l’appel de la Faucheuse, tu rejoignais mon club ?

— Ton club ? J’ai une tronche à jouer aux billes ?

Johnny a éclaté de rire.

— Non, mais je t’ai vu arriver en bécane. Donc tu remplis la première condition pour faire partie des Death Angels, et à mon avis tu nous apporterais beaucoup.

— Quelles sont les autres conditions ? ai-je demandé, mon intérêt soudain piqué au vif.

— Ne plus rien avoir à perdre.

— Un groupe de marginaux ?

— Tous plus ravagés les uns que les autres, malmenés par la vie, inadaptés à la société.

— Et pourquoi penses-tu que j’ai ma place parmi les tiens ?

— Je suis doué pour cerner les gens. Et je suis certain que nous pouvons t’apporter autant que ce que tu as à nous offrir.

— Dis-m’en plus…

Nous avons discuté pendant ce qui m’a semblé être des heures. Après quoi, nous avons regagné nos Harley, et nous avons filé à travers la nuit, direction le QG des Death Angels, pour faire de moi l’un des leurs.

***

Je n’ai pas un jour regretté ma décision. Plus que des frères d’armes, les Death Angels sont devenus essentiels à mon existence, le fief de mon équilibre mental. Et depuis que Sheila a fait son apparition dans ma vie… j’ai également retrouvé le goût et l’envie de vivre.

Et tout ceci ne serait jamais arrivé si je n’avais pas accepté de faire confiance à cet enfoiré de Johnny Stryker. En vérité, je lui dois tellement. Je lui dois tout. C’est pour cette raison que je m’efforce de respecter notre code de conduite à la lettre, celui qu’il a lui-même établi lorsqu’il a bâti notre MC en versant son sang et ses larmes.

Il m’a sauvé du caniveau, je dévoue mon existence tout entière au club en retour.

C’était en tout cas le deal, jusqu’à ce que mon cœur décide d’entrer dans la danse et de me faire tomber en pâmoison devant le fruit défendu. Celui qui a le pouvoir de me faire chasser de ce semblant de jardin d’Eden qu’est notre QG.

C’est de plus en plus difficile de maintenir le cap et de rester discret.

Surtout dans un moment tel que celui-ci. Nous avons des codes et des règles qui régentent notre univers. Parmi eux, il y a la place de nos régulières. Dans notre monde, il n’y a pas plus important qu’une régulière aux yeux d’un biker. On les place sur un piédestal. Un homme amoureux fait tout pour marquer sa propriété sur sa femme… en lui offrant un blouson à son nom, en la faisant grimper à l’arrière de sa moto lors des évènements comme cette virée en bécane que nous préparons.

Dans mon esprit, Sheila est ma régulière.

Elle est la femme que j’aime, celle pour qui je mourrais s’il le fallait.

Malheureusement, m’afficher avec elle est contraire aux règles. L’aimer me fait encourir la peine capitale.

Pourtant…

J’en crève d’envie. Je rêve que les choses puissent être différentes.

Parce qu’en cet instant, malgré le respect que j’ai pour Johnny Stryker, j’ai envie de lui défoncer sa putain de tronche. Pourquoi ? Cet enfoiré a le privilège de faire grimper MA nana à l’arrière de sa Harley.

Elle devrait s’agripper à moi, pas à lui. Ses cuisses devraient s’enrouler autour des miennes, pas des siennes. Son souffle devrait effleurer ma nuque, pas la sienne.

PUTAIN.

Je vois rouge en apercevant Sheila ricaner avec ce connard. Je sais qu’elle ne pense pas à mal en agissant ainsi, elle s’entend de manière purement amicale avec notre ancien président. C’est un de ses amis les plus fidèles, en plus de celui qui lui a offert sa protection. J’ai également conscience que Stryker ne la regardera jamais comme moi je la regarde. Je sais tout ça mais ça n’empêche que ça me fait chier !

Pourtant je sais qu’il est primordial, pour nous deux, qu’elle maintienne les apparences. Si contrairement à d’habitude, elle se détournait de Johnny pour venir vers moi, ça mettrait la puce à l’oreille de nos frères.

Je ravale ma hargne, et détourne mon regard, non sans avoir croisé le sien une dernière fois. Elle a conscience du conflit qui règne sous mon crâne, et doit s’inquiéter que je ne pète les plombs d’une seconde à l’autre.

Ce qui après une crise n’est pas une possibilité à écarter.

Je déglutis et pivote vers Cullen et Genesis qui se bouffent du regard pour ne pas changer. Bordel, être témoin de leur amour vécu au grand jour ne fais rien pour m’aider à relativiser. Je me racle la gorge et aboie :

— Il est où Hunter ? On démarre quand ?

— Quand Connor aura terminé de le sucer, plaisante Genesis.

Je lève les yeux au ciel. On rigole, mais au final, ce n’est pas impossible. Les deux hommes sont comme des aimants quand ils se trouvent près l’un de l’autre. Et puisque nous venons de survivre à une guerre… je suppose qu’ils ont besoin de se retrouver charnellement pour se rappeler qu’ils sont en vie.

Alors que moi… La seule option que j’ai reste ma main.

Génial.

Hunter arrive sur ses entrefaites, débraillé, les cheveux en pétard. Le salaud.

— C’est bon t’as pris ton pied, on peut y aller ?

Hunter ricane et hoche la tête.

— Ouais ! En selle tout le monde ! hurle-t-il.

On ne se fait pas prier pour enfourcher nos bécanes et faire rugir leurs puissants moteurs. Comme à chaque fois, sentir les vibrations de ma moto sous moi, me file des frissons. C’est revigorant, libérateur. Et je sais qu’il en va de même pour chacun de mes frères.

Hunter s’avance avec sa Harley pour se poster face à nous et clame d’une voix forte :

— Mes frères, l’heure est venue de célébrer notre victoire. Nos ennemis ont péri. La Faucheuse nous a été clémente. Faisons un maximum de bruit pour lui faire part de notre révérence. Faites rugir vos moteurs, hurler à pleins poumons. Faites chauffer la gomme sur l’asphalte.

Il se tait un court instant, nous mettons les gaz de concert, avant de hurler comme un seul homme :

— Gloire à la Faucheuse !

Notre président se tourne alors vers Diablo et ses potes.

— Ça sera un honneur de rouler à vos côtés, mes frères.

— L’honneur est partagé, Cabron, réplique Diablo en faisant rugir sa bécane.

Des hurlements d’assentiment retentissent de toute part. Parce que oui, même si les mercenaires et le Free Rider ne font pas partie de notre MC, ils ont gagné notre respect et le droit d’être considérés comme nos frères. Ils n’avaient après tout aucune raison de se mettre en danger pour nous venir en aide, et encore moins de raisons de mettre nos proches en sécurité. Pourtant, ils l’ont fait. Ils ont répondu présents à l’appel de Crow, et leur geste ne sera jamais oublié.

Après quoi, nous nous mettons en route, chacun connaissant sa place dans le convoi, direction la maison. Fort heureusement, en temps que sergent d’armes je me trouve juste derrière Hunter, à la gauche de Cullen, ainsi m’est épargné la vision de Sheila et Johnny.

J’essaie de chasser ce genre de visions de mon crâne. J’ai envie de profiter de ce moment libérateur en communion avec ma bécane. J’inspire profondément à plusieurs reprises, et au fur et à mesure que les kilomètres défilent, je parviens petit à petit à me ressaisir.

Y’a pas à dire, il n’y a rien de meilleur qu’une virée à moto pour apaiser les esprits !

Et c’est encore meilleur quand on roule tous ensemble, comme un tout.

 

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