Teddy (Death Angels t. 3) (French Edition)
Chapitre 7
Los Angeles, Santa Clarita, maison ayant appartenue à Élisabeth Stryker
Sous la douche, je repense à ce qu’il vient de se passer, à ce que j’ai appris malgré moi de la bouche de Sheila… D’affreuses images se fraient un chemin sous mon crâne, la rage monte en moi. Comment ce fils de pute a-t-il osé s’en prendre à elle ainsi ?!
J’abats mon poing sur le carrelage en poussant un hurlement. La colère obscurcit mon jugement, pourtant, cette fois je ne tente même pas de la réfréner. Je me doute que mis à part nos membres fondateurs, personne ne connaît l’ampleur de l’horreur qu’a subie Sheila aux mains de son mari…
Et je me fais la promesse de le faire payer pour tout ce qu’il lui a fait. Je ne sais pas encore quand ni comment, mais je finirai par mettre la main sur lui. Et je ne ferai alors pas dans la dentelle.
Je le tuerai. Après l’avoir fait souffrir encore et encore.
En représailles.
Je sais bien que je n’ai nullement le droit de réagir ainsi, que ce n’est pas mon rôle. Je ne dois pas m’impliquer davantage que je ne le suis déjà avec elle. Mais comment pourrais-je agir autrement ? Alors que je la réconfortais, que je séchais ses larmes, une sorte de connexion s’est établie entre nous, un accord tacite.
Nous avons franchi une limite. Et je l’ai fait sciemment puisqu’il m’était impossible de la regarder souffrir alors que je possédais le pouvoir d’apaiser un peu de ses tourments, de les faire miens…
Je suis tiré de mes réflexions par un vacarme de tous les diables qui retentit tout à coup dans la baraque.
Bordel de merde ! C’est quoi ça ?!
Ni une ni deux, je sors de la douche, en prenant tout juste le temps d’enrouler une serviette autour de mes hanches, et me rue dans le couloir d’où proviennent les cris.
Je me fige sur place en arrivant.
Si je m’attendais à ça.
Cullen est plaqué au mur par Méghane qui s’acharne purement et simplement contre lui. Elle lui hurle dessus, le passe à tabac, en pleurant à chaudes larmes. Et notre vice-président accuse le coup sans même essayer de se défendre. Il a l’air… mort de l’intérieur. Je ne l’ai jamais vu ainsi. Il tente d’expier des fautes qui ne sont même pas les siennes. Comment aurait-il pu protéger un enfant dont il ne connaissait pas l’existence ?
Pourtant le voilà prêt à accepter de se prendre en pleine gueule toutes les horreurs que Méghane lui balance. Ce qui est tout à son honneur mais tout bonnement injuste. Merde.
Pour compléter le tableau, Hunter, la mort dans l’âme, tente de retenir une Sheila hystérique d’intervenir.
Putain.
Je sais ce qu’il me reste à faire. J’inspire un bon coup, et me mets à hurler de toutes mes forces dans le but de tous les faire réagir :
— ÇA SUFFIT MAINTENANT ! ARRÊTEZ !
Toutes les têtes se tournent dans ma direction avec effroi. Tu parles d’une entrée en matière…
— Est-ce que vous vous êtes vus, putain ?!
Méghane se fige et baisse le regard en se rendant compte de ce qu’elle était en train de faire. Cullen pousse un soupir à fendre l’âme et enroule ses bras autour de son corps en lui murmurant à l’oreille. Je me crispe, prêt à intervenir au cas où ça déraperait à nouveau.
Et là, aussi doucement que possible, l’impensable se produit, Méghane étreint Cullen à son tour et se met à sangloter.
— Mon dieu… Je suis désolée… Je suis un monstre… Le bébé… Je n’ai pas pu…
Je vois sous mes yeux mon frangin déglutir et ravaler sa propre douleur pour devenir l’homme sur lequel notre princesse peut s’appuyer. Il prend tendrement son visage entre ses mains et lui dit :
— Mégh, ma puce, c’est moi qui suis désolé. J’aurais dû être là pour vous protéger.
Je m’apprête à intervenir, à clarifier les choses, à dire qu’aucun d’entre eux n’est responsable de quoi que ce soit, quand je croise le regard de Sheila. Elle secoue la tête à mon intention. Au bout de quelques secondes de silence, Cullen dépose un tendre baiser sur le front de la belle et lui demande :
— Et si on allait discuter un peu tous les deux ?
Méghane se contente de hocher la tête pour toute réponse, avant de conduire notre vice-président dans sa chambre, non sans avoir brièvement serrer la main de Hunter au passage. Bordel, la situation a failli dégénérer…
Parce que je suis le plus gros des crétins, toujours vêtu de ma serviette, je déclare :
— Bordel, Hunter, tu n’aurais pas pu passer un coup de fil ?
Mon préz éclate de rire.
— Tu voulais te mettre sur ton 31 pour nous recevoir ?
Je lève les yeux au ciel.
— Minimum, mon frère. Minimum. Attendez-moi deux secondes, je vais enfiler quelque chose de présentable.
Lorsque je dis ça, Sheila se lèche les lèvres en m’observant de haut en bas, me faisant ainsi comprendre que le spectacle lui plaît. C’est à mon tour de déglutir et de me barrer en direction de la salle de bain comme si j’avais le feu au cul, tout en m’agrippant comme un perdu à la serviette en espérant qu’elle restera en place et dissimulera mon début d’érection.
Je claque la porte derrière moi et m’affale contre.
Il était moins une.
Quelle putain de tentatrice !
Cette femme finira par causer ma perte.
Le pire ? C’est que je suis on ne peut plus consentant pour me laisser consumer par elle, quand bien même je sais que cela signe mon arrêt de mort.
Comme je le disais, quelque chose a évolué, a cédé, entre nous, quand je l’ai prise dans mes bras pour la consoler. Et puisque je ne suis qu’un homme, je suis trop faible pour faire machine arrière.
Alors soit.
Advienne que pourra…
***
Lorsque je reviens dans le salon, je constate que Méghane et Cullen sont toujours aux abonnés absents. Ce qui est à mon sens une très bonne chose, ils ont besoin de discuter et de mettre les choses à plat. La situation entre eux n’est déjà pas facile avec cette histoire de bébé, alors ajoutez à ça l’apparition de la régulière de Cullen…
J’espère que le gamin sait ce qu’il fait, et qu’il ne fera pas de mal à Méghane. Il a beau être mon frère, je n’hésiterai pas à lui casser les dents.
En parlant de sa tronche de beau gosse.
— Dis Hunt, c’est moi ou notre vice-président a un sublime cocard sur la gueule ?
Hunter lève les yeux au ciel.
— J’ai tenté de le retenir. J’ai échoué.
Je ricane.
— Sacré crochet du droit !
Sheila nous rejoint dans le salon avec un thermos rempli de café.
— Je ne devrais pas encourager la violence, mais merci d’avoir essayé de le retenir Hunter…
Notre président hausse les épaules.
— Je l’ai fait pour respecter ma promesse envers Méghane, même si je n’étais pas d’accord avec le fait de lui mentir.
Sheila s’avance et pose une main sur son épaule.
— C’est pour ça que tu es un bon président, Hunter. Tu penses à l’intérêt de tous.
Le gamin détourne les yeux. Il a beau être à la tête de l’un des clubs de marginaux les plus dangereux du pays, il n’en reste pas moins un gamin qui a été privé d’amour maternel et qui ne sait pas toujours comment réagir à la tendresse dont fait preuve Sheila. Comme beaucoup d’entre nous finalement, qui cachons notre maladresse émotionnelle derrière une attitude bourrue.
Hunter embrasse délicatement le poignet de sa mère de cœur avant de nous servir une tasse de café à tous.
— Alors Teddy comment se passe la convalescence ? Tu seras bientôt sur pied ? On a besoin de toi pour faire avancer cette guerre, mon frère.
Est-ce le moment d’annoncer la bombe ?
Puisque je ne sais absolument pas prendre de gants. Oui.
— J’t’ai pas dit ? J’ai buté un Russe hier. Crow s’est débarrassé du cadavre.
Hunter serre les poings et m’adresse le regard noir qui fait trembler nos esprits.
— Pardon ?! Tu as fait quoi ? Putain !
Comme le connard que je suis, je répète nonchalamment.
— J’ai buté un Russe. Hier soir.
— J’avais très bien entendu la première fois ! Merde !
Hunter se passe rageusement une main dans ses longs cheveux.
— Est-ce qu’il y a eu des témoins ?
— Honnêtement ? J’en sais foutre rien. J’étais… out.
Hunter comprend parfaitement de quoi il en retourne. Peu de nos frères d’armes sont au courant pour mon trouble dissociatif de l’identité. Lui le sait. J’ai préféré le lui avouer le jour où il m’a confirmé avoir entièrement confiance en moi en me nommant sergent d’armes des Death Angels.
— Est-ce que tu sais ce qui a déclenché cette crise ?
Je baisse les yeux. Honteux. Je ne peux pas lui avouer l’entière vérité. Il me tuerait. Et il en aurait tous les droits. Et s’il ne me finissait pas, Cullen s’en chargerait.
— Mégh… Elle a fait un cauchemar vraiment moche hier. Sa détresse a alimenté la mienne et bref… J’ai disjoncté.
Mon mensonge me brûle la gorge. Je croise brièvement le regard de Sheila, qui hoche imperceptiblement la tête pour m’assurer qu’elle se pliera à ma version des faits.
— Je n’aurais jamais dû te demander de gérer ça tout seul.
Sheila se redresse.
— C’est pour ça qu’il a fait appel à moi. C’est pour ça que je suis ici. Je l’ai aidé à veiller sur notre princesse.
Hunter hoche la tête.
— Comme toujours. Tu veilles sur chacun d’entre nous.
Sheila embrasse son front.
— Je vais voir comment ils vont. Je reviens.
Quand nous nous retrouvons seuls tous les deux, Hunter pousse un soupir.
— Tu crois que ton geste aura des conséquences ?
Je malmène mon Iroquoise.
— Mieux vaut prévenir que guérir. Je ne suis pas entièrement remis, mais je ne suis pas invalide. Je peux être utile. Autorise-nous à rentrer au QG, préz.
Hunter semble y réfléchir pendant un petit moment.
— Si Méghane se sent suffisamment forte pour y retourner…
Cette dernière arrive d’ailleurs à ce moment précis dans le salon.
— Je suis prête. Rester ici à me lamenter sur mon sort ne m’aidera pas à aller de l’avant. Et retenir Teddy ici avec moi et contre-productif. Vous avez besoin de lui pour faire progresser la guerre contre les Russes…
Mes yeux plongent dans ceux pétillants de rage de Méghane. Une bouffée de fierté me gagne en voyant sa force de caractère reprendre de la vigueur.
— Tu peux compter sur moi, princesse.
Cullen arrive sur ses entrefaites et glisse tendrement une main dans le bas du dos de Méghane qui s’affaisse légèrement contre lui. Elle n’ose pas regarder dans sa direction, peu importe, c’est déjà un putain de pas de géant en avant.
— Qu’est-ce que j’ai manqué ? nous demande le vice-président.
Nous le mettons au parfum et préparons notre retour au bercail.
Une petite partie de moi est déçue à l’idée que cette parenthèse hors du temps avec Sheila, loin des Death Angels, ne touche à sa fin.
Comme je le disais, ma loyauté se tourne vers mes frères.
Ils ont besoin de moi, de la machine tactique et à tuer que je suis.
Alors qu’il en soit ainsi…
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