Teddy (Death Angels t. 3) (French Edition)

Manhon Tutin · Chapitre 17 sur 32

Pages du PDF

Teddy (Death Angels t. 3) (French Edition)

Chapitre 14

L’heure de la guerre a sonné

 

TEDDY

 

Les groupes se sont dispersés, l’assaut a été lancé simultanément.

La mort rôde aux alentours.

J’essaye de ne pas imaginer ce qu’il se passe dans les autres groupes. Je tente de me concentrer uniquement sur le mien, et rien que ça, c’est dur à gérer. Pourquoi ?

Parce qu’une fois de plus je suis aux commandes et la survie de nombreux hommes dépend des décisions que je vais prendre. Je déteste ça. Je déteste avoir autant de responsabilités. Je ne suis pas à la hauteur. Je…

Une balle qui siffle à proximité de mon oreille me fait réagir.

— Putain de merde sombre connard, concentre-toi ! C’est pas le moment de flancher, hurlé-je contre moi-même.

Comme convenu, je suis posté sur le toit d’un immeuble en face de l’entrepôt qui sert aux Russes à maintenir en captivités les pauvres âmes qui grossissent les rangs de leur trafic d’être humains. Rien que d’imaginer des femmes et des gosses entre ces murs me donne la gerbe. Putain de lie de l’humanité !

Moi et plusieurs autres snipers sommes chargés de garder les environs et de tirer à vue sur tout ce qui semble être un Russe. Nos hommes sur le terrain eux, doivent parvenir à entrer dans le bâtiment pour faire le ménage et faire sortir les victimes par l’arrière.

J’essaye de garder la tête froide, vraiment, mais c’est de moins en moins évident.

À mesure que les secondes passent, que les tirs de balles fusent, que de nombreux cris s’élèvent dans la nuit, je peine à distinguer la réalité de mes souvenirs.

Tout se mélange sous mon crâne.

La guerre en tant que soldat, et celle en tant que Death Angels.

J’ai du mal à différencier mes hommes de mes ennemis.

Tout ce que j’entends ce sont des cris de douleur, des hurlements de terreur, à mesure qu’un camp ou l’autre gagne du terrain à l’intérieur de l’entrepôt.

Je suis un putain de bon sniper, pourtant je me fais l’impression d’être inutile. Parce que je ne sers à rien tant que personne ne sort de ce foutu bâtiment. Je ne suis rien de plus qu’un spectateur impuissant.

C’est le cas, jusqu’à ce que j’aperçoive dans la lunette de mon fusil, un de mes frères d’armes tomber au sol.

Mort ou vif ?

Je n’en ai pas la moindre foutue idée, mais il ne m’en faut pas plus pour dégoupiller sévère.

Après ça, je ne peux pas vraiment dire ce qui s’est passé.

Je me souviens simplement avoir prévenu mes frères à travers nos oreillettes que je me jetais dans l’arène.

Armes au poing, j’ai descendu les escaliers quatre à quatre avant de foncer dans le bâtiment, et de faire feu sur tout ce qui bouge.

Du sang.

Des larmes.

Des cris.

Encore plus de sang.

Une douleur fugace.

Ma vision qui s’obscurcit.

Les acouphènes qui m’étourdissent.

Le noir complet.

Le chaos.

La mort.

***

Je mentirai en disant avoir conscience du nombre de minutes où j’ai été out, où mon autre moi a pris le dessus. Tout ce que je sais, c’est que lorsque je reviens à moi, le silence au sein de l’entrepôt est étourdissant.

Je réalise que je me trouve sur le sol. Je me redresse en grimaçant, et constate que mon corps est recouvert d’entailles et de nombreuses contusions. Plus ou moins importantes. Rien à foutre, je dois savoir comment vont mes hommes.

— Je dois savoir… si on a perdu quelqu’un.

Lorsque je suis sur pied, Skylar croise mon regard et s’avance dans ma direction, en claudiquant, le regard hanté.

— Putain, Teddy, mec, ça va ?

— Ouais, dis-je la voix rauque. On a des pertes ?

— Négatif. Et c’est entièrement grâce à toi. Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais dès l’instant où tu as mis un pied dans l’entrepôt la donne a changé en notre faveur.

Je me passe une main dans les cheveux, las.

— Ça a duré combien de temps ?

Le regard de mon frère d’armes s’agrandit.

— De quoi tu parles ?

— L’assaut ?

— Tu ne te souviens pas ?!

Absolument pas, bordel de merde !

Je me vois entrer dans le bâtiment et ensuite… Trou noir. Il ricane en posant sa main sur mon épaule.

— Mec, tu as dézingué tout le monde en même pas dix minutes. Je n’avais jamais vu ça de ma vie. Tu avançais vers nos ennemis, la rage au corps. Sans pitié. Nos ennemis se sont pissés dessus en te voyant arriver.

Je me racle la gorge.

— On les a tous eus ?

— Plutôt deux fois qu’une. Tu les as exterminés ! Un vrai travail de pro !

J’essaie de ne pas y penser. Je m’efforce de ne pas regarder en direction de mes mains. Elles sont poisseuses, et donc recouvertes de sang. Je ne veux pas savoir, je préfère occulter. L’important c’est que tout le monde aille bien.

Voyant que je garde le silence, Skylar demande :

— D’ailleurs qu’est-ce que tu fous là ? T’étais pas censé rester sur le toit ? Non pas que je m’en plaigne…

— J’ai vu un de nos frangins se manger une bastos.

Sky se passe une main sur la nuque.

— Floki. La balle n’a atteint aucun organe vital et est ressortie. Il va s’en tirer. Grâce à toi !

Je chasse sa répartie d’un geste de la main. Je ne souhaite pas être remercié pour ce que j’ai fait. Je préfère me concentrer sur ce qu’il nous reste à faire et oublier tous ces cadavres qui nous entourent.

— Les fossoyeurs sont en route ?

— Affirmatif.

— Et les victimes ?

— Ils sont à bord du convoi vers l’un de nos refuges. Floki et Kurt sont avec eux.

— On n’a plus rien à foutre ici dans ce cas ?

Sky secoue la tête.

— Non, j’attendais juste que tu reviennes à toi.

Je détourne le regard.

— Tu te sens capable de chevaucher ta bécane ?

— Ouais. On se casse. Allons retrouver les autres.

Sky n’ajoute rien et me colle au train alors que nous quittons l’entrepôt. Je m’efforce de regarder droit devant et de ne pas poser mon regard sur les nombreuses traces de sang qu’il y a partout et dont apparemment… je suis à l’origine.

Putain de merde.

Je suis lessivé.

Une fois dehors, j’inspire une grande goulée d’air en espérant que cela apaisera les tourments de mon esprit. Parce que j’ai conscience que même si notre mission en ces lieux est un succès, ce n’est peut-être pas le cas pour tout le monde.

Et je crains de partir en couilles en apprenant que la mort a frappé dans nos rangs.

Mon corps tremble encore. Mes oreilles bourdonnent. Mon cœur bat à tout rompre dans ma poitrine.

Il ne me faudrait qu’une petite étincelle pour basculer à nouveau…

Et vu l’état de nerf dans lequel je me trouve actuellement, j’ai peur de m’en prendre à un des miens.

***

En arrivant au point de rendez-vous, je constate que l’ambiance est plus que pesante. Merde. Sky et moi garons nos bécanes là où il reste de la place et entrons dans le bâtiment. C’est pire à l’intérieur. Peu importe où mon regard se pose, les visages de mes frères sont… hantés.

Je comprends immédiatement que les choses ne se sont pas passées comme prévu dans les autres groupes. Paniqué, mon regard erre à la recherche de Cullen et Hunter. Je sais que Sheila en crèvera s’il leur est arrivé quelque chose. Je soupire de soulagement en les apercevant. Ils ont la tronche cabossée, mais ils respirent. Tous les deux.

Dieu merci.

Je les rejoins en quelques enjambées.

— Alors ? demandé-je.

Je suis incapable de formuler ma question à haute voix. Je crains trop d’obtenir la confirmation de mes craintes. Hunter croise mon regard.

— Bolgarov est retenu prisonnier dans l’arrière-salle. Amoché mais vivant.

Je hoche la tête. Bien. Au moins toute cette merde n’aura pas été vaine.

— Et les autres ?

— Quelques Russes ont réussi à se tirer la queue entre les jambes, mais dans l’ensemble ils sont morts. Et puisqu’on retient leur chef… on ne devrait pas avoir trop de souci à se faire, enchaine Hunter.

— Ce qui ne nous empêchera pas de les traquer jusqu’au dernier, ajoute Cullen avec détermination.

Je hoche la tête avec conviction.

— Je t’aiderai à les traquer jusqu’en Russie s’il le faut.

Notre vice-président croise mon regard, un accord tacite passe entre nous. Il ne me reste plus que la question qui me brûle le bout de la langue, et que je suis incapable de formuler. Fort heureusement, Hunter semble à même de me comprendre puisqu’il dit :

— Nous comptons de nombreux blessés parmi nos membres.

Je déglutis et demande entre mes dents serrées :

— Des pertes ?

Le regard de notre président se fait soudain lugubre avant de se perdre dans le lointain. Non…

— Qui ?

Cullen choisit de prêter main-forte à son meilleur pote :

— Chunck et Lame. Chunck a été abattu le premier, et Lame est mort en essayant de l’atteindre.

— Putain de merde… hurlé-je en me frappant le front des deux mains.

Hunter m’empêche de me faire du mal en agrippant mes poignets et en plaquant rageusement son front contre le mien :

— Respire, Teddy, Reste avec nous…

Je tente de me concentrer sur sa voix, de faire refluer les acouphènes. J’inspire profondément par le nez et expire par la bouche. Plusieurs fois. Hunter fait de même, m’indiquant la marche à suivre.

Au bout d’un certain temps, les bourdonnements sous mon crâne refluent. Hunter ne me relâche pas pour autant. Cullen m’agrippe l’épaule.

— Mec, Sky nous a raconté ce que tu as fait à l’entrepôt. Si tu n’avais pas été là…

Je proteste.

— Je n’en ai pas fait assez. J’aurai dû…

Hunter me sermonne.

— Tu n’aurais rien pu faire de plus. Tu es humain, frangin. On a tous des failles.

Je déglutis difficilement. Cullen soupire en se passant une main dans les cheveux.

— On doit une fière chandelle à Roxie. Ses informations étaient exactes et nous ont permis d’avoir rapidement le dessus. Sans elle, le résultat aurait été tout autre. Cet enfoiré de Russe trop sûr de lui ne s’attendait pas à être trahi par celle qu’il pensait être sa marionnette. Maintenant, nous devons achever cette guerre en nous chargeant de Bolgarov. Nous le devons à nos morts.

Je me redresse.

— Qui ?

Hunter m’adresse le sourire de psychopathe qui l’a rendu aussi célèbre sur la côte ouest.

— Toi, Cullen, Crow, et moi.

C’est à cet instant précis que Roxie nous rejoint, les mains sur les hanches.

— J’en suis.

Elle croise le regard de notre vice-président.

— Je ne te volerai pas ta vengeance, le coup final t’appartient. Je veux simplement lui faire payer.

Hunter hoche la tête.

— Qu’il en soit ainsi.

OceanofPDF.com