Teddy (Death Angels t. 3) (French Edition)
Chapitre 15
Quartier de Compton, Los Angeles. Entrepôt désaffecté
Dans ce quartier de merde, personne ne viendra nous faire chier même si l’entrepôt n’est pas des plus isolés. Si cet enfoiré de Bolgarov se met à hurler (ce qu’il fera sans le moindre doute vu le triste sort qu’on lui réserve), personne ne bougera ne serait-ce que le petit doigt pour lui venir en aide. Pas même les flics.
Cet entrepôt est l’endroit parfait pour lui faire sa fête.
Et vu des expressions plaquées sur les visages de mes compagnons de soirée, je sais que le bougre va souffrir mille morts avant de pousser son dernier souffle.
Ce qu’il mérite entièrement ! Seulement, je sais que même si c’est notre façon de nous venger dans le milieu dans lequel nous évoluons, je sais de source sûre que le torturer n’apaisera pas nos tourments. Ça ne fera que nous plonger davantage dans la noirceur, abimant un peu plus notre âme au passage. Mais je comprends aussi ce besoin de faire couler le sang pour venger les nôtres. C’est ce que j’ai fait moi-même en poursuivant sans relâche l’assassin de mon jumeau et en le dépeçant vivant.
J’entends d’ailleurs toujours le moindre de ses cris dans mes cauchemars. Je déteste savoir qu’il en ira de même pour Hunter et Cullen après cette nuit-là. Pourtant, je ne leur refuserai en rien le droit d’obtenir réparation pour le tort que cet enfoiré a causé à Méghane. Je me tiendrai à leur côté, du début à la fin, sans faillir, quand bien même je sais que ce qui va se passer cette nuit ne quittera plus jamais mon esprit dérangé.
— Quand faut y aller, déclaré-je lorsqu’il ne reste plus que Cullen, Hunter, Roxie, Crow et moi.
Les anges de la mort. Les serviteurs de la Faucheuse.
Cullen arbore une expression sombre. Je ne l’ai jamais vu ainsi, et je redoute qu’il n’aille trop loin. Par respect pour lui et par amour pour sa mère, je jure d’intervenir avant qu’il ne soit trop tard. Je refuse que ce gosse soit hanté toute sa vie par l’assassin de son gosse. Je lui souhaite d’apaiser un peu de ses tourments ce soir, mais j’interviendrai si je constate qu’il perd les pédales. Je ne laisserai pas cet acte marquer son âme à jamais.
Je porterai ce fardeau pour nous deux.
— Tu es certaine de vouloir venir ? s’enquit Hunter auprès de Roxie.
Cette dernière lève la tête, croise tour à tour nos regards, et déclare :
— Ce monstre a anéanti ma famille. Le tuer ne me les ramènera pas, mais rien que l’idée de savoir qu’il va souffrir de la main de celle qu'il pensait avoir brisée… Putain je mouille !
Mes frères et moi grognons notre assentiment. Ce n’est pas dans nos habitudes de mêler les femmes à nos histoires, mais après tout, Roxie a gagné plus que quiconque le droit d’entrer dans cette pièce. Et puis… ce serait mentir que de renier le fait qu’elle est une vraie dure à cuire, une guerrière. Elle est plus costaude que certains mecs. Et rien que pour ça, elle a gagné notre respect à tous, sans parler du rôle qu’elle a joué dans cette guerre et qui nous aura permis de minimiser un maximum les pertes dans nos rangs tout en nous permettant de l’emporter.
Crow se racle la gorge, attirant ainsi l’attention sur sa personne. Son attitude est plus calme que jamais. Il ne s’agite pas, ne tremble pas. C’est comme s’il se réjouissait de ce que nous allons faire. Ce qui est sans doute le cas.
— Je n’ai rien contre ce type, perso. J’vous laisse vous en charger. Et je terminerai le taf.
Hunter s’avance et se poste face à lui. Il n’est cependant pas assez dingue pour le toucher. On sait tous qu’il ne vaut mieux pas empiéter dans son espace vital.
— Merci, Crow. T’es un vrai frère.
Il ricane.
— Comme quoi, c’est toujours utile un psychopathe comme moi.
Pour le coup, personne ne peut le contredire. Peu importe l’état dans lequel on laisse un corps ou une scène de meurtre, après le passage de Crow il ne reste plus rien qui pourrait conduire qui que ce soit à nous. C’est un psychopathe, certes. Mais un psychopathe méticuleux.
— Allez trêve de blabla, on y va ! s’excite Cullen en faisant craquer ses articulations.
Hunter croise le regard de son meilleur ami.
— Calme-toi.
Cullen fonce sur Hunter et abat son front contre le sien.
— Me calmer ? Tu veux que je me calme alors que le violeur de Méghane se trouve juste à côté ? L’assassin de mon gosse ?
Hunter agrippe la nuque de Cullen et plonge son regard dans le sien.
— Oui. Tu dois te calmer. Parce que sinon dès que tu entreras dans cette putain de pièce, tu vas le buter et toute cette guerre n’aura servi à rien. Nos frères seront morts pour rien. Mégh aura…
Cullen ferme rageusement les yeux en serrant les dents. Il inspire à plusieurs reprises avant de cligner des paupières.
— Ok.
— De toute façon, c’est moi d’abord. Il vous fait peut-être souffrir depuis quelques mois, par contre, pour ma part j’ai toute une vie à lui faire payer !
Personne ne trouve rien à redire à ça. Pas même Cullen.
Bien. Je crois qu’il est l’heure de passer à l’action.
Nous entrons dans la pièce sans plus tarder. Bolgarov se redresse tant bien que mal, sur le sol, en essayant d’y voir quelque chose. En effet, la pièce est plongée dans la pénombre à l’exception d’une seule ampoule au plafond.
Roxie s’avance dans la lumière.
— Priwét, Alekseï… (Salut…)
Le Russe se fige en apercevant celle qui lui fait face.
— Toi ! C’est toi qui m’as trahie, suka ! hurle-t-il en crachant dans sa direction.
Mauvaise idée.
Roxie ne lui laisse pas le temps de réagir qu’elle lui balance sa boots dans la tronche. Le sang gicle, Crow ricane en empoignant sa queue.
— Putain, ça va être jouissif !
En avisant sa gueule cabossée, Bolgarov se met à déglutir. Le pauvre, s’il savait que ce soir il n’est pas celui dont il doit se méfier…
***
J’ai envie de dégobiller tripes et boyaux.
Ma tête me lance, les acouphènes sont atroces.
Je n’aurais jamais imaginé que ce serait aussi difficile.
Je ne sais même pas comment je fais pour tenir le coup et être encore moi-même sans avoir cédé à mon alter ego.
Ce dont nous avons été témoins pendant plusieurs heures était tout bonnement insoutenable, même pour un homme comme moi qui a semé de nombreux cadavres sur sa route. Pourquoi ? Parce qu’au-delà de la vengeance et de l’horrible torture infligée à Bolgarov, ce sont les douleurs de Roxie et de Cullen qui nous ont été balancées en plein visage.
Et c’est ce qui a été le plus douloureux et difficile à encaisser. Même Crow s’est senti obligé de détourner le regard par moment. Pourquoi ? Parce que c’était trop dur de supporter de voir ces deux jeunes gens hurler leur douleur à cet enfoiré qui même aux portes de la mort ne semblait pas ressentir le moindre remord.
Au fur et à mesure, la détresse de Roxie et Cullen s’est transformée en hargne. Ils ont littéralement pété les plombs, à tel point qu’il ne restera plus beaucoup de taf à Crow pour finir de décapiter et démembrer notre ennemi.
Ils n’ont pas fait dans la dentelle, travaillant de concert comme s’il s’agissait là d’un spectacle macabre. Roxie n’a plus supporté d’entendre rire son bourreau et lui a taillé un sourire de l’ange tellement profond qu’il laissait entrapercevoir ses dents. Cullen lui a tout bonnement arraché la queue avant de lui enfoncer dans le derrière, en lui demandant s’il prenait autant son pied en étant violé que violeur, pour finir par la lui placer dans la gorge jusqu’à l’en étouffer. Après quoi ils ont tranché, lacéré, éviscéré… toutes les parties de son corps à disposition.
En hurlant, les larmes aux yeux, la rage au corps.
Pour tout dire, je suis littéralement estomaqué de voir qu’il a tenu le coup aussi longtemps avant de pousser son dernier soupir. Pas même le voile de mort qui recouvre actuellement le regard du pakhan de la Bratva ne parvient à bout de la folie vengeresse de ses victimes.
Je jette un regard en direction de mon préz. Il m’adresse un simple signe de tête. Je n’en ai pas besoin de plus pour agir. Je bande tous les muscles de mon corps en sachant pertinemment que Cullen va se débattre lorsque je vais tenter de l’écarter du cadavre. J’agirais après tout de la même manière à sa place.
Hunter croise mon regard une dernière fois. Il lève sa main en l’air et dès qu’il l’abaisse, je me jette sur Cullen.
— C’est fini, gamin !
Comme je m’y attendais, il rue comme un beau diable sous ma poigne. J’ancre mon poids au sol, glisse mes bras sous les siens et les enroulent autour de son torse. Je ne le lâcherai pas. Peu importe qu’il s’acharne sur moi à la place. En regardant Hunter, je constate que même si Roxie est plus petite et menue que lui, elle lui donne du fil à retordre.
— Il est mort ! C’est terminé ! hurle notre président.
Rien n’y fait. Cullen et Roxie sont incontrôlables.
Ou en tout cas, c’est le cas jusqu’à ce qu’un coup de feu retentisse dans la pièce. Nous nous figeons tous les quatre vers son origine. Crow nous adresse un regard jovial avant de déclarer :
— Vous avez fini vos conneries ? J’ai un cadavre à mettre en boite et à envoyer aux quatre coins de la Russie pour prévenir ses potes qu’on ne merde pas avec nous !
Cullen s’apprête à protester. Crow s’avance rapidement vers lui, et enfonce sa lame dans sa joue sans pour autant en faire couler le sang.
— T’as fait ta part du job, gamin. Et toi aussi, ajoute-t-il à l’intention de Roxie.
Il ferme alors les yeux et inspire un bon coup.
— Cassez-vous. Croyez-moi, personne veut voir c’que j’vais lui faire à ce fils de pute.
Son sourire annonce en effet que même si Bolgarov est mort, son corps n’est pas arrivé au terme de ses supplices. La folie qui brille dans les prunelles de notre croque-mort parvient à atteindre nos deux apprentis bouchers.
— Merci, déclarent-ils à l’unisson.
Hunter se racle la gorge.
— Allez, venez vous laver la gueule. Vous ne pouvez pas retrouver les autres dans cet état.
Cullen pousse un soupir à fendre l’âme, et se transforme en une poupée de chiffon entre mes bras.
— C’est fini ? demande-t-il d’une toute petite voix.
On ne peut être certain que l’acte que l’on vient de commettre restera impuni, mais je gage qu’au moins on sera tranquilles le temps que les Russes s’organisent pour savoir s’ils veulent ou non s’implanter à nouveau chez nous.
— Ouais. Dépêchons-nous de rentrer. Ta femme t’attend.
Cullen déglutit et s’agrippe à moi. Je sens alors son corps être pris de tremblements avant que ses sanglots ne déchirent le silence de la nuit.
Bordel.
Hunter relâche Roxie qui tient le coup comme elle peut et se précipite pour prendre ma place auprès de son meilleur ami, son frère. Cullen niche immédiatement son visage dans son cou et s’agrippe à lui comme si sa vie en dépendait.
Je détourne mon regard, désirant leur offrir l’intimité qu’ils méritent, et croise celui de Roxie.
— Tu vas bien ?
Elle hoche la tête.
— Je n’ai fait que lui rendre la monnaie de sa pièce.
— Tu es forte, gamine.
Elle déglutit et se passe une main ensanglantée sur le visage.
— Il m’a obligé à l’être.
Je m’avance et la tapote dans le dos.
— Non. C’est ta force de caractère qu’il n’a pas réussi à briser, peu importe à quel point il a essayé.
Une larme coule sur sa joue, je la chasse rapidement.
— C’pas bientôt fini vos embrassades ? J’ai les couilles bleues à force de me retenir !
Rien que d’imaginer ce à quoi fait référence Crow, je frissonne. Mais le fait est… qu’il n’y a pas meilleure méthode pour tous nous faire déguerpir sans demander notre reste.
Putain de soirée…
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